1
1
Joris Laarman, le designer surdoué qui mixe nature et technologie
Joris Laarman, designer néerlandais surdoué, utilise les techniques et les matériaux les plus novateurs de son époque. Depuis plus de vingt ans, il repousse les limites du possible en créant des objets pleinement respectueux de la planète. Ses pièces sont déjà entrées dans les collections du Victoria and Albert Museum de Londres, du Centre Pompidou à Paris et du MoMA de New York, et sont exposées jusqu’au 24 juillet 2026 à la galerie Friedman Benda de New York.
Par Thibaut Wychowanok.

Joris Laarman, une figure singulière du design
Depuis plus de vingt ans, le designer néerlandais Joris Laarman s’impose comme l’une des figures les plus singulières de sa génération : un auteur au sens plein, dont la pratique dépasse largement les catégories traditionnelles du design.
En 2003, il sort diplômé de la Design Academy Eindhoven, et, un an plus tard, il fonde son studio – qui se transforme aussitôt en un laboratoire hybride où se croisent ingénieurs, codeurs et artisans – et engage un dialogue inédit entre calcul algorithmique, savoir‑faire et expérimentation.
Très tôt, ses pièces deviennent des jalons. Heatwave (2003), son projet de fin d’études, rejoue la question de l’ornement en le rendant fonctionnel à travers un radiateur se développant comme une plante sur un mur.
Puis vient la Bone Chair (2006), générée à partir d’un logiciel simulant la croissance osseuse : une icône instantanée, entrée dans les collections du MoMA dès 2008. Suivront les Maker Chairs (2014) ou encore ses recherches pionnières en impression 3D, jusqu’au spectaculaire pont métallique imprimé à Amsterdam. À chaque étape, Joris Laarman ne dessine pas seulement des objets, il invente en effet des systèmes.

Sa nouvelle exposition à la galerie Friedman Benda
Cette trajectoire lui vaut une reconnaissance institutionnelle rare pour un designer de sa génération. Ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans les plus grandes collections internationales (du Centre Pompidou au Victoria and Albert Museum, du Rijksmuseum au MoMA) consacrant ainsi une pratique à la fois expérimentale et profondément inscrite dans l’histoire du design.
Longtemps, son travail s’est construit autour d’une tension entre nature et technologie, entre logique computationnelle et intuition formelle. Une tension aujourd’hui poussée à son point critique avec “Symbio”, sa nouvelle exposition à la galerie Friedman Benda à New York, qui présente deux ensembles inédits prolongeant – et déplaçant – les recherches de son studio. D’un côté Ply Loop, une série de chaises, de consoles et d’étagères qui sont autant de structures en bois aux courbes presque impossibles, formées grâce à une superposition de feuilles de placage découpées avec une précision algorithmique.
Mais la véritable révolution est invisible : une résine biosourcée remplace les colles toxiques traditionnelles, rendant ces pièces entièrement biodégradables. À travers ces formes spiralées, Joris Laarman rejoue un siècle d’histoire du contreplaqué (des Eames à Alvar Aalto) tout en projetant une version régénérative. Le matériau n’est plus seulement optimisé, il est donc pensé pour disparaître, pour retourner à son environnement d’origine. Une esthétique de la boucle, où le design cesse d’être un aboutissement pour devenir un moment dans un cycle plus large.

Une réflexion sur le “symbiocène”
Face à cette légèreté calculée, les bancs Symbio introduisent une temporalité radicalement différente. Massifs, presque archaïques, ils sont imprimés en 3D à partir de bétons recyclés capables de capturer le carbone. Leurs surfaces, creusées de motifs inspirés des modèles de réaction-diffusion d’Alan Turing, sont conçues pour accueillir mousses et lichens.
Ici, l’objet ne se contente plus d’exister, il évolue. Il devient un habitat, un support de croissance, un fragment d’écosystème. Joris Laarman imagine ces pièces comme des organismes lents, susceptibles de se transformer pendant des années, voire des décennies. Une manière d’introduire ainsi dans le design une durée qui excède celle de l’usage humain.
Ainsi, le travail de Joris Laarman s’inscrit dans une réflexion élargie sur le “Symbiocène”, cette ère spéculative où les relations entre humains, technologies et nature seraient fondées sur la réciprocité plutôt que sur l’exploitation. Loin du geste purement formel, “Symbio” propose donc une hypothèse : et si le design pouvait devenir un agent actif de régénération ?
“Symbio”, exposition jusqu’au 24 juillet 2026 à la galerie Friedman Benda, New York.