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Christopher Barraja nous raconte les secrets de 3 photos exposées chez Saint Laurent Babylone
Jusqu’au 13 septembre 2026, le photographe Christopher Barraja investit la boutique Saint Laurent Babylone, dans le 7e arrondissement de Paris, avec “Daydreaming of Him”, une exposition personnelle conçue en étroite collaboration avec Anthony Vaccarello. Accrochées aux murs bruts du lieu, une sélection d’images issues de ses archives met en regard le corps masculin, le désir et les paysages de la Côte d’Azur, dans une tension à la fois douce et sensuelle. Pour Numéro, l’artiste revient sur la genèse de trois clichés accrochés sur les cimaises de cette belle exposition.
propose receuillis par Nathan Merchadier.

Les clichés sensuels de Christopher Barraja exposés chez Saint Laurent Babylone
Cela fait déjà plusieurs années que les photographies de Christopher Barraja nous fascinent. Révélé en 2022 lorsqu’il remporte le Prix Picto de la photographie de mode, l’artiste franco-australien de 30 ans s’est imposé grâce à une œuvre sensuelle et solaire, nourrie de souvenirs personnels, de désirs et d’un certain regard porté sur la jeunesse.
Né à Nice et désormais installé entre Paris et la Côte d’Azur, Christopher Barraja puise dans son histoire intime pour façonner des images où les corps masculins se dévoilent avec une rare délicatesse. Une pomme d’adam saillante, la courbe d’une cuisse ou une peau chauffée par le soleil suffisent à faire surgir des émotions vives.
À travers ses photographies, il documente autant ses rencontres que certains lieux emblématiques de la sociabilité gay contemporaine, des plages discrètes aux espaces de cruising (ces territoires de liberté où se nouent, souvent furtivement, des relations entre hommes). Revendiquant son homosexualité comme l’un des fondements de sa pratique, le photographe développe une œuvre où l’intime documente une jeunesse en quête de liberté. Des préoccupations déjà omniprésentes dans son premier livre, De Chlore et de Rosé, publié en 2022 chez Fisheye Éditions.
À l’approche d’un été qui s’annonce brûlant, Christopher Barraja investit aujourd’hui la boutique Saint Laurent Babylone, dans le 7e arrondissement de Paris, avec une exposition baptisée “Daydreaming of Him”, conçue en étroite collaboration avec Anthony Vaccarello.
Au gré d’une sélection de photographies issues de ses archives personnelles, il célèbre les multiples facettes du corps masculin autant que les paysages majestueux de la Côte d’Azur. À l’occasion de l’inauguration de cette exposition, ouverte jusqu’au 13 septembre 2026, Numéro a rencontré le photographe afin qu’il revienne sur la genèse de trois images particulièrement importantes de ce rendez-vous artistique à ne manquer sous aucun prétexte.

1. Une fleur… évocatrice
“Cette fleur s’appelle, je crois, une Étamine. J’aime beaucoup l’ambivalence qu’elle dégage. Il y a quelque chose de très pudique dans sa forme, mais aussi quelque chose de presque visqueux. C’est une fleur qui coule souvent, et j’ai toujours été fasciné par cette espèce de pointe, cette langue de serpent qui attire autant qu’elle repousse. On retrouve là des thèmes qui traversent une grande partie de mon travail. À savoir le désir, le danger, l’attirance pour quelque chose dont on sait qu’il pourrait nous faire du mal. Il y a plusieurs niveaux de lecture possibles. J’ai réalisé cette photographie à Nice, dans un jardin en bord de mer.
À l’origine, la fleur était orientée différemment, mais je l’ai retournée lors du travail d’édition. Verticale, elle me semblait plus frontale, plus agressive presque, comme si elle était en train de surgir vers nous. Je suis très attaché aux détails. J’aime me rapprocher des sujets jusqu’à en faire disparaître le contexte. Ce qui m’intéresse, c’est de les isoler, de les extraire de leur environnement pour les regarder autrement. D’une certaine manière, j’essaie de les présenter comme un scientifique rapporterait un spécimen inconnu, débarrassé de tout ce qui les entoure afin de révéler quelque chose de plus étrange, de plus mystérieux.”

2. Sensualité sur le canapé
“J’ai pris cette photo sur mon canapé, un lieu qui est souvent le point de départ de mes images, mais aussi de nombreuses rencontres. Ce jour-là, je photographiais un garçon qui pratiquait le judo. Je n’avais jamais vu un corps comme le sien. Il avait une présence physique incroyable, très différente de ce que j’avais l’habitude de photographier. Je l’avais déjà rencontré auparavant, mais cette fois-ci son apparence avait changé car il s’était rasé. Plus tard, j’ai découvert qu’il m’avait transmis une IST. Une anecdote assez inattendue qui ajoute une dimension supplémentaire à cette image et à l’histoire qu’elle raconte.
Ce que j’aime dans la composition de cette photo, c’est qu’elle crée une forme de confusion. Un jour, quelqu’un m’a dit qu’il ne la comprenait pas. Il était persuadé de regarder le corps d’une femme. Il voyait une jambe, une hanche, une silhouette allongée. En réalité, il s’agit simplement d’un bras. Cette réaction m’a beaucoup intéressé. Elle raconte la manière dont chacun projette ses propres références sur une image. Face à une forme ambiguë, on cherche instinctivement à lui donner un sens, à la remettre dans un cadre familier. J’aime quand une photographie résiste un peu à cette lecture immédiate et nous oblige à ralentir notre regard.”

3. Le baisé salé
“Cette photographie a été prise au bout du phare de Nice, un endroit très particulier pour moi. C’est un lieu un peu à l’écart, loin des touristes, où je retourne régulièrement depuis que j’ai quitté la ville pour m’installer à Paris. J’y vais pour regarder la mer, suivre l’horizon, observer les ferries qui entrent et sortent du port. C’est un endroit qui nourrit beaucoup mon imaginaire. Ce jour-là, j’y ai retrouvé quelqu’un que j’avais connu plusieurs années auparavant. Nous ne nous étions pas revus depuis longtemps et ces retrouvailles avaient quelque chose de très doux. La photographie s’intitule Sapore di sale — “saveur du sel” en italien — en référence à la célèbre chanson de Gino Paoli.
Le titre vient d’un détail très simple, en sortant de l’eau, le sel de la Méditerranée s’était cristallisé sur ma peau et mes poils. J’aimais l’idée que cette trace presque invisible devienne le véritable sujet de l’image. La photographie est volontairement floue. Quand on la regarde de loin, on distingue surtout une silhouette et un paysage. Mais en s’approchant, on découvre que les seuls éléments parfaitement nets sont ces petits cristaux de sel. Tout se joue dans ce détail. J’aime les images qui suggèrent plus qu’elles ne montrent. De manière générale, je me méfie de la beauté trop évidente.
Une personne très belle photographiée frontalement ne m’intéresse pas forcément. Ce qui m’attire, ce sont les détours, les zones d’ombre, les fragments. Je photographie rarement les visages de face. Je préfère les profils, les corps qui se dérobent, les instants saisis presque par accident. J’aime avoir l’impression de montrer l’envers de la carte postale plutôt que son image parfaite.”
“Daydreaming of Him” exposition jusqu’au 13 septembre 2026, chez Saint Laurent Babylone, 9 Rue de Grenelle, Paris 7e.