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À Arles, Charlotte Gainsbourg photographie les fantômes de son père
Par sa voix comme par son jeu, l’actrice et chanteuse française Charlotte Gainsbourg fascine depuis près de quatre décennies. Alors, quand elle présente une exposition de photographies à Arles, jusqu’au 6 septembre 2026, l’esprit curieux de Numéro ne peut s’empêcher de s’y faufiler…
par Camille Bois-Martin.

Rencontres d’Arles : Charlotte Gainsbourg sur les traces de son père
Dans une étroite ruelle d’Arles, à l’occasion des Rencontres, non loin du Théâtre antique, une porte est restée entrouverte. On s’y faufile sans savoir où elle mène, empruntant un chemin qui nous semble presque interdit. Derrière cette entrée, une petite salle se déploie, plongée dans le noir.
Les volets sont à moitié fermés, laissant ainsi à peine entrer quelques filets de lumière pour éclairer les photographies accrochées sur les murs. Celles-ci sont signées de Charlotte Gainsbourg. Un bidet, un fauteuil en cuir abimé, une poignée de portes, des scripts, un disque encadré, un buste en bronze, un paquet de Gitanes entamé…
Sur les cimaises, le quotidien de Serge Gainsbourg se révèle au fil des salles de son appartement du 5bis rue de Verneuil, à Paris. Comme s’il était resté intact depuis sa disparition en 1991, que personne n’avait jamais osé y entrer. Jusqu’à sa fille, Charlotte, qui pénètre en effet, il y a quelques années ce mausolée parisien, avant qu’il ne devienne un musée en 2023.

Naviguer parmi les souvenirs
L’idée est née alors que la chanteuse et actrice se préparait donc à dire au revoir à ces pièces où, il y a encore plusieurs décennies, elle vivait encore avec ses parents. Dans le catalogue, édité par Saint Laurent (qui co-produit également cette exposition curatée par Matthieu Humery), on découvre au fil de ses notes manuscrites les souvenirs de son enfance.
Les discussions tardives de Jane Birkin et de son époux dans la cuisine. Le réveil à 14h de son père, marchant pieds nus dans les couloirs avant de s’isoler avec son café et sa cigarette… Un témoignage profondément personnel, qui s’inscrit donc dans l’univers intime et familial façonné par Charlotte Gainsbourg au fil de ses compositions musicales comme de ses projets cinématographiques. On pense notamment au documentaire émouvant sur sa mère, Jane par Charlotte, sorti deux ans avant la disparition de cette dernière en 2023.

L’appartement de Serge Gainsbourg, de mausolée à musée
Armée de son Hasselblad, Charlotte Gainsbourg passe ainsi, le cœur lourd, le pas de la porte de cet appartement du 6e arrondissement, chargé de réminiscences et de vestiges de la vie de son paternel. Son appareil photo, dont le large capteur permet de capturer davantage de détails, de nuances et de textures, impose d’ailleurs à l’artiste une pratique contemplative. Elle observe, allonge les temps des poses.
Son geste est lent, précis, voire cérémoniel, face à ce lieu chargé de mémoire. “Je sors les outils de mes sacs à dos” écrit-elle alors dans le cartel de l’exposition présentée à Arles dans le cadre des Rencontres d’Arles. “J’ai l’air d’une cambrioleuse. Parfois, il fait jour. Parfois, c’est la nuit. La solitude.”
Seule, elle arpente les couloirs et les escaliers à pas feutrés, telle une voleuse, capturant les objets et les décors qui peuplent sa mémoire, mais aussi la maison de Serge Gainsbourg. Elle croise ainsi des clichés d’elle enfant, d’autres de sa mère. Une araignée figée dans un bloc de verre ou plusieurs paires des incontournables chaussures Zizi de Repetto usées par son père.


Les clichés cathartiques de Charlotte Gainsbourg
Non loin, elle s’arrête sur des lunettes de vue posées là, probablement par Serge Gainsbourg avant sa mort, qui n’y a plus jamais retouché. D’ailleurs, elle non plus ne touche à rien. “Je choisis. Sans toucher. Sans déplacer.” peut-on lire sur les murs. “Juste du regard. Je vole. […] Je vole avant que vous tous, vous n’entriez. Dans mon antre. Dans ma planque. C’est une nouvelle étape. Un nouvel adieu.”
À la recherche du fantôme de son père, Charlotte Gainsbourg hante ainsi cet appartement avant qu’il ne devienne le très fréquenté musée dit Maison Gainsbourg. Elle profite d’un espace resté intact et privé, aujourd’hui devenu un lieu public où afflue chaque jour un large public.
Dans la pénombre de cette salle d’exposition à Arles, on ne sait plus très bien si on se trouve dans l’antre de Gainsbarre ou dans la tête de Charlotte. On quitte alors l’obscurité, déboussolé, frappé par la chaleur et par le soleil qui abondent les rues de la ville provençale, avant de reprendre notre chemin parmi les nombreux accrochages du festival de photographie.
“Charlotte Gainsbourg. 5 Bis”, exposition jusqu’au 6 septembre 2026 à la galerie du Cloître, Arles. L’exposition voyagera à partir du 24 septembre 2026 à la boutique Saint Laurent Rive Droite, 213 Rue Saint-Honoré, Paris 1er.