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Qui est Jordan Hemingway, l’artiste qui affole la mode et collabore avec FKA twigs ?
Natif du New Jersey, le photographe et réalisateur Jordan Hemingway s’est récemment imposé comme l’un des créateurs visuels les plus influents de sa génération. De ses collaborations avec FKA twigs (également sa compagne) à sa première exposition parisienne, focus sur cet artiste qui repense les codes de la mode, de la musique et de l’art.
© Aeon/GC Images.
par Alexis Thibault,
modifié par La rédaction.
Publié le 16 janvier 2026. Modifié le 22 janvier 2026.
Jordan Hemingway, l’œil qui fascine la mode et l’industrie musicale
Mais pourquoi le photographe et réalisateur Jordan Hemingway fascine-t-il tant la mode et l’industrie musicale ? Né dans le New Jersey, d’un père jazzman et d’une mère médecin, le jeune homme de 33 ans, aujourd’hui basé à Londres, produit des images qui semblent vous suivre du regard à mesure que vous les contemplez. Son secret ? Un sens aigu de l’étrangeté belle, une façon de propulser le spectateur dans des atmosphères où la sensualité flirte avec l’inquiétude…
Pourtant, rien ne le prédestinait à ce parcours. “J’ai grandi dans une ville agricole endormie près de Princeton, dans le New Jersey, où il n’y avait rien à faire à part prendre de la drogue ou faire du sport”, confie-t-il au magazine 032c. Et de poursuivre : “Le skateboard m’a sauvé. J’ai longtemps pensé que j’en ferais mon métier…”
Comme bon nombre de ses homologues, c’est une blessure qui mettra un coup d’arrêt à son plan de carrière. En pleine convalescence, il s’empare d’un appareil photo et apprend en autodidacte, via des forums internet. Ses premiers sujets, ses amis skateurs évidemment.
Cette école de la rue s’avère formatrice. Représenté par la prestigieuse agence MA World Group, il parvient à convaincre les maisons les plus exigeantes. Et dire que son portfolio impressionne est un euphémisme. Parmi ses collaborateurs : Prada, Valentino, Alexander McQueen, Bottega Veneta, Mugler ou encore Vivienne Westwood. Un CV qui en dit long sur sa capacité à séduire autant le luxe que l’avant-garde éditoriale. Et toujours ce jeu avec les textures, les fluides, l’obscurité surgissantes et le mouvement des corps, parfois jusqu’à l’excès narquois…
La rencontre explosive avec FKA twigs
Impossible de raconter Jordan Hemingway sans évoquer sa complicité artistique (et personnelle) avec FKA twigs. Une musicienne et performeuse britannique hors pair dont le clip Striptease (2025) a justement été signé par l’Américain. Elle s’y contorsionne et poursuit l’odyssée extraterrestre de son album Eusexua (2025) dans le tunnel d’une autoroute de Marseille. Projection minimaliste de son œuvre techno radicale, prolongée quelques mois plus tard par l’opus Eusexua Afterglow(2025).
Deux ans plus tôt, leur relation amoureuse avait été révélée par la presse. En mars 2023, le Daily Mail publie une série de photos du couple quittant une after-party Louis Vuitton. Sur les réseaux sociaux, la chanteuse prend les devants : “Toute ma carrière, j’ai été traquée pour savoir qui je fréquentais. Cette fois, je prends le contrôle de la situation. Son nom est Jordan Hemingway, un artiste magnifique dont le cœur a restauré ma foi en l’amour.”

Entre performance et œuvre ultra-référencée
Entre le photographe et la performeuse, c’est avant tout une affaire de vision artistique. Car tous deux se situent sur un même territoire où l’on ne distingue plus la danse de l’image, le clip de la performance. Le résultat ? Des collaborations qui marquent, à commencer par le clip de Perfect Stranger (2025), objet visuel dense où les corps se tendent et où la lumière sculpte.
Ensemble, ils iront jusqu’à réinterpréter les provocations d’Allen Jones, figure du pop art britannique dont les sculptures transformaient le corps féminin en mobilier troublant. Sa Green Table Sculpture (1972), réinterprétée dans la vidéo citée ci-dessus, interrogeait déjà cette frontière poreuse entre l’humain et l’objet, entre le désir et le malaise. Jordan Hemingway hérite visiblement de cette lignée. Chez lui aussi, le corps devient design, support d’une beauté évidente qui ne rassure jamais tout à fait…
Une campagne avant-gardiste pour Gentle Monster
Alors que 2026 est à peine entamée que l’on retrouve le couple pour un nouveau projet créatif. Jordan Hemingway co-réalise avec FKA twigs la campagne de la Bouquet Collection pour Gentle Monster, la marque sud-coréenne fondée en 2011 par Kim Hankook.
Fidèle à son esthétique expérimentale, sa dernière collection s’inspire directement de l’architecture délicate des tiges végétales et propose une ligne de lunettes ornées de boucles, d’entrelacs et de nœuds évoquant des structures botaniques.
Le film, porté par un titre inédit de FKA twigs dévoilé spécialement pour l’occasion, suit la métamorphose d’un bourgeon en fleur. Une métaphore à peine voilée d’une énergie qui transcende. Un entre-deux onirique où la nature se fait électrique et la performance organique.
En parallèle, des pop-up immersifs fleurissent dans six métropoles mondiales. Au programme : sculptures florales monumentales aux teintes saturées, textures dramatiques et statue chromée. En somme, du Jordan Hemingway en trois dimensions.

Une première exposition à Paris chez Acne Paper
En cette fin du mois de janvier 2026, alors que la Fashion Week bat son plein, Jordan Hemingway expose pour la première fois son travail à Paris. Au sein de l’espace Acne Paper, “Angels With Dirty Faces” explore le beau et le macabre à travers une série de portraits de personnalités et artistes singuliers. Parmi eux, Marina Abramović, Yves Tumor et Mariacarla Boscono.
“Ce sont des créatures de culture, ivres de désir et de liberté. Poings serrés, yeux insomniaques, elles débordent de vie. Nées des ténèbres, elles incarnent collectivement les dichotomies qui nous habitent tous : force et résistance, vulnérabilité et beauté,” explique-t-il dans les notes qui accompagnent l’exposition.
Une exploration majoritairement monochrome du beau et du macabre, où chaque œuvre propose une analyse minutieuse d’icônes et de rituels ancestraux, et de la manière dont ceux-ci se vivent et s’éprouvent à travers le mouvement et le corps. Collectivement et individuellement, elles révèlent les multiples contrastes qui animent notre humanité et notre spiritualité.
Un voyage théâtral à travers le sacré et le profane, qui s’inscrit dans une démarche artistique d’exploration et de confrontation héritée d’artistes aussi divers qu’Andy Warhol et Joel-Peter Witkin.
“Angels with Dirty Faces”, de Jordan Hemingway. Jusqu’au 15 mars 2026 chez Acne Pape Royal, au 124 galerie de Valois, Paris 1er.