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13 livres de photographie à découvrir absolument
Des clichés inédits de Jean Gaumy à l’histoire d’amour entre Yves Saint Laurent et la photographie, en passant par les plus célèbres portraits d’Annie Leibovitz et le nouvel ouvrage de Kalk Hab, Numéro dévoile sa sélection des beaux livres photos à découvrir.
Par Matthieu Jacquet,
Publié le 1 août 2025. Modifié le 18 juin 2026.

La pop-star vue par Petra Collins
Photographe incontournable de la scène contemporaine, Petra Collins s’impose comme la curatrice d’une esthétique éthérée, dont l’influence se ressent aussi bien dans la mode, la musique ou le cinéma. Si sa vision de l’image influençait les premières saisons de la série à succès Euphoria (2019), Petra Collins insuffle également son approche singulière de l’image aux campagnes des plus grandes maisons et clips d’artistes tels que Selena Gomez ou Olivia Rodrigo. Une écriture photographique qui s’articule autour de la féminité et de la douceur comme outils de pouvoir, explorant les expériences et moments de vie traversés par les jeunes femmes.
Cette signature visuelle se retrouve donc dans son tout nouvel ouvrage, “Star”, pensé comme un voyage cinématographique sur papier. Ici, la photographe américaine met en scène des performeuses et pop-stars fictives au travers du regard de leurs fans, mais également de leurs stalkers.
Une narration visuelle ponctuée de lettres et d’extraits de journaux intimes, venant questionner la frontière entre amour et obsession, sur fond de paillettes et de musique pop. À l’occasion de la sortie de “Star”, Petra Collins s’associe également à Dover Street Market afin de proposer une collection de merchandising inédite. Parmi les t-shirts et les porte-clés proposés, on retrouve aussi un CD exclusif, gravé d’une bande-son pour prolonger l’expérience aérienne et immersive de l’ouvrage.
“Star”, Petra Collins. éd. Rizzoli International Publications.

La House of Love de Shelby Duncan
Nous sommes en 2009 lorsque la photographe Shelby Duncan emménage dans la House of Love avec sa meilleure amie, Saraï Fiszel. Ensemble, les deux jeunes femmes font de cette bâtisse hollywoodienne le repère de plus de 500 artistes. Peu à peu, une communauté engagée et bienveillante y voit le jour, dans ce lieu où la liberté d’expression est érigée en un principe fondamental.
Au fil du temps, naissent des projets artistiques toujours plus audacieux tandis que Shelby Duncan se consacre à sa passion, la photographie. Et c’est dans cet ouvrage de 456 pages que l’on retrouve ces moments précieux de partage. Structuré comme une journée type en 24h, House of Love nous plonge dans le quotidien vibrant de ce lieu à travers un riche florilège de photographies, cartes postales et notes manuscrites d’invités. Parmi eux, figurent notamment Louis Garrel, Léa Seydoux, Tessa Thompson ou encore Gaspard Ulliel. Autant d’artistes que l’on (re)découvre dans toute leur spontanéité, une dimension essentielle de la démarche artistique de la photographe qui précise “Je capturais les moments qui m’avaient émue, les liens et les amitiés qui m’avaient inspirée, les moments de vie et du quotidien.”
“House of Love”, Shelby Duncan. éd 37.2.

Les natures mortes picturales de Coppi Barbieri
Dès leur rencontre à l’Istituto Europeo di Design, à la fin des années 1980, Lucilla Barbieri et Fabrizio Coppi développent une pratique artistique étroitement liée à leur histoire personnelle. Duo à la ville comme à la scène, ils construisent à quatre mains un langage photographique fondé sur l’expérimentation et le dialogue.
Dans leur appartement milanais aménagé en studio, ils optent très tôt pour le grand format, propice à une approche méditative de l’image. Nourri par les œuvres d’André Kertész et de Giorgio Morandi, leur travail évolue progressivement vers la nature morte, dont le caractère pictural n’est pas sans rappeler la photographie de mode de Paolo Roversi ou Sarah Moon. Sous leur objectif, les objets du quotidien — verres, carafes, vaisselle, couverts ou vases — se transforment en formes presque abstraites.
Avec Early Works 1992–1997, Lucilla Barbieri et Fabrizio Coppi reviennent sur ces années fondatrices, entre Milan et New York, au cours desquelles le duo affine son regard. Ces images racontent à la fois la naissance d’une écriture photographique singulière et celle d’un dialogue amoureux.
“Early Works 99-997”, de Lucilla Barbieri et Fabrizio Coppi . éd Damiani.

La lune sous toutes ses facettes par Assouline
Pendant des siècles, la lune incarnait le mystère, un inconnu fascinant. Progressivement, l’humanité l’a étudiée, puis atteinte, transformant l’énigme en découverte, puis en possibilité. Satellite constant de la Terre, elle relie tous les humains, passés et présents, comme un phénomène rare et universel. Elle dépasse langues, continents et disciplines, tout en demeurant une source d’inspiration. Son influence ne se limite pas à la science, mais irrigue la mode, l’art, l’architecture et le cinéma. Une sélection d’images, de la mode au voyage spatial, accompagne un texte de Sarah Cruddas, explorant la Lune comme symbole scientifique et culturel, phare d’espoir et d’ambition.
“Moon Paradise”, éd. Assouline. Du 21 au 25 avril 2026, à l’occasion du World Book Day, les frais de livraison sont offerts sur Assouline.com.

Inès Dieleman : la fragilité du vivant en Polaroid
Photographe autodidacte, Inès Dieleman a fait de la nature morte un territoire d’expérimentation profondément sensible. Son travail explore le temps qui passe, la transformation de la matière et la fragilité du vivant, à travers un regard singulier. Loin d’une photographie florale décorative, son œuvre s’attache à révéler ce qui se modifie sous nos yeux, dans un équilibre subtil entre contrôle et intuition.
Avec Polaroids, l’artiste prolonge cette recherche de manière plus intime et libre. En s’approchant au plus près du végétal — pétale, étamine, fragment organique — elle développe un langage visuel à la croisée de l’étude botanique, de l’abstraction picturale et de l’évocation du corps. Le végétal devient ici une matière charnelle, presque troublante, et invite à une lecture sensorielle de l’image.
Réalisées à partir de Polaroids périmés, les photographies jouent avec la dégradation de l’émulsion, la fugacité de la lumière et l’imprévu du support. Chaque image naît d’une observation minutieuse autant que sur les aléas de la transformation de la feuille. Une manière, pour Inès Dieleman, de rappeler que regarder, c’est déjà interpréter.
“Ines Dieleman : Polaroids”, éd. 37.2.


24H Los Angeles : la déclaration d’amour de Karl Hab à la Cité des Anges
Il y a dix ans, le photographe Karl Hab publiait 24H Los Angeles, un ouvrage devenu culte qui racontait sa fascination pour la Cité des Anges. Des palmiers baignés de lumière aux autoroutes infinies, des levers de soleil roses aux crépuscules orangés, il y capturait ce qui fait le mythe de Los Angeles. À savoir, une énergie insaisissable, des couleurs presque irréelles et ce sentiment d’un été éternel qui semble suspendre le temps.
À l’occasion du dixième anniversaire du livre, Karl Hab en dévoile une nouvelle édition enrichie de photographies inédites, réalisées au fil de ses déambulations dans la mégalopole californienne. Bien plus qu’une simple réédition, cet ouvrage prend la forme d’une véritable déclaration d’amour à la ville.
L’artiste américain Alex Israel, le tatoueur Dr Woo, la photographe new-yorkaise Shaniqwa Jarvis, l’entrepreneur Chris Gibbs, la coach Kirsty Godso ou encore le pilote d’hélicoptère Fred North y partagent également leur propre vision de Los Angeles. Une manière de rappeler qu’au-delà des clichés hollywoodiens, la ville demeure l’un des plus grands terrains de jeu créatifs au monde.
“24H Los Angeles – 10 Year Anniversary Edition”, éd. 24H Books, disponible sur 24hbooks.com.

Cammie Toloui : quand une strip-teaseuse renverse le male gaze
San Francisco, 1990. Étudiante en photojournaliste à l’université, mais aussi membre d’un groupe de punk féministe, Cammie Toloui est de cette nouvelle génération d’Américains post-hippie qui a grandi imprégnée par les sous-cultures et la libération des mœurs, notamment sexuelles. Pour financer ses études, elle postule au Lusty Lady Theatre, club de striptease de la ville. Depuis l’enceinte des cabines de peep shows où elle se dénude pour satisfaire les fantasmes de ses clients, la jeune femme voit se succéder de nombreux types de profils qui lui offrent un aperçu très varié de la société de l’époque.
Un jour, elle décide de renverser la focale en photographiant, à son tour, ceux qui viennent l’observer. Le marché est clair : 10 dollars de réduction pour chaque anonyme qui acceptera d’être immortalisé par la jeune étudiante de l’autre côté de la vitre. Publié aujourd’hui aux éditions Void, ce projet particulièrement précurseur, renversant le fameux male gaze, permet aussi de constater les différentes attitudes des voyeurs. Dans un texte retraçant les origines du projet, la photographe offre même une description de quelques habitués et de leurs comportements, comme les personnages d’une pièce d’un théâtre ultra confidentielle sur laquelle elle choisit de lever le rideau.
“Cammie Toloui : 5 Dollars for 3 Minutes”, éd. Void.

Yves Saint Laurent et la photographie : un amour indéfectible
Si Yves Saint Laurent (1936-2008) est entré dans la légende, c’est bien sûr grâce à ses talents de couturier exceptionnels, mais aussi grâce à son image, abondamment relayée dans le monde entier. S’imposant comme l’un des créateurs stars de la seconde moitié du 20e siècle, le Français a notamment fait appel à de nombreux photographes, d’Irving Penn à Patrick Demarchelier en passant par Jeanloup Sieff, pour tirer son propre portrait à travers des clichés devenus emblématiques, qui ont rendu son apparence aussi célèbre que ses créations.
L’été dernier, on découvrait ces photos et bien d’autres lors du festival Les Rencontres d’Arles, à la Mécanique générale, dans une exposition retraçant l’histoire de sa maison (créée en 1961) à travers ses images phares, entre campagnes publicitaires signées Peter Knapp et Jean-Paul Goude, clichés de défilés et autres archives personnelles. Une riche proposition doublée d’une publication aux éditions Phaidon, où des textes signés Elsa Janssen, Simon Baker ou encore Alice Morin éclairent et analysent la relation indéfectible du créateur et de sa maison avec l’art de la prise de vue, mais aussi avec ses plus grands virtuoses du domaine, de Richard Avedon à Sarah Moon.
“Yves Saint Laurent et la photographie”, éd. Phaidon.


Séoul à travers l’œil impressionniste de Jonathan Bertin
De la Normandie à New York en passant par le Maroc, Jonathan Bertin parcourt le monde avec son appareil photo en quête de saisir le mouvement, la lumière et les couleurs des régions qu’il visite. Plus récemment, cette curiosité l’a amené vers la ville de Séoul, dont il a passé des jours à capturer l’intensité autant que les contrastes. Dévoilé dans une exposition du photographe français la Galerie Porte B en janvier prochain, à Paris, ce nouveau corpus d’images fait aussi l’objet d’une publication dédiée.
Baptisée Seoul Impressionism, la série cherche, dans l’esprit du mouvement pictural français, à capturer “l’impression” et la sensation de la ville plutôt qu’en proposer une représentation réaliste. L’artiste utilise volontiers le flou et la déformation de l’image pour dépeindre ses sujets, jouant de la rencontre entre la lumière naturelle, la végétation et les montagnes, très présentes dans la capitale sud-coréenne, avec l’ultra modernité de son architecture, de ses enseignes, de ses véhicules colorés, dans laquelle se fondent les passants.
En résultent des images parfois aux portes de l’abstraction qui évoquent également l’histoire de la street photography – on pense à Saul Leiter ou Joel Meyerowitz. L’un des clichés fait même directement référence aux fameux Nymphéas de Monet, nous rappelant que la singularité d’un paysage est avant tout histoire de perception.
Jonathan Bertin, “Seoul Impressionism”. Série présentée dans l’exposition “Impressionism Résonance”, du 7 au 17 janvier 2026 à la Galerie Porte B, Paris 10e.

Le plus grand recueil de portraits de femmes par Annie Leibovitz
Son nom résonne parmi les plus illustres talents de la photographie : Annie Leibovitz (née en 1949) fascine autant le monde de la mode que celui de l’art au gré de ses portraits émouvants, capturant le visage des plus grandes célébrités, comme des morceaux de vie plus intimes. Cet hiver, les éditions Phaidon publient un recueil volumineux, réunissant pour l’occasion plus de 250 portraits de femmes réalisés sur trois décennies par la photographe américaine.
Au sein de ce coffret, deux ouvrages : un premier réédité pour la première fois depuis sa parution en 1999, et un second volume inédit de photos prises entre 1993 et aujourd’hui. Au fil des pages, on croise ainsi un essai de Susan Sontag, mais aussi des textes de l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, d’Annie Leibovitz et de la journaliste Gloria Steinem, qui livre notamment une réflexion personnelle sur l’évolution des droits des femmes ces 25 dernières années.
Parmi ces écrits, on croise également les visages de stars comme Billie Eilish, Lady Gaga, Taylor Swift, tout comme celui des activistes Jody Williams et Jane Goodall. Sans oublier les incontournables portraits de la reine Elizabeth II, ou encore des artistes Mickalene Thomas, Georgia O’Keeffe et Patti Smith.
“Annie Leibovitz : Women”, ed. Phaidon.

Mark Cohen, Trespass
Les photographies de Mark Cohen possèdent un grain singulier : sans mise au point ni mise en scène préalables, l’Américain capture les silhouettes qui croisent son regard dans les rues – principalement de Philadelphie, où il vit et travaille – depuis la fin des années 1960.
Derrière les couleurs vives et pop de ses clichés se déploient des détails bruts et fragmentés de la vie urbaine et de son évolution. Un demi-siècle d’une pratique unique, réuni aujourd’hui dans un large volume par les éditions Prestel, édité et commenté par l’historien de l’art Phillip Prodger. Imprimées en pleine page, les clichés de Mark Cohen se dévoilent dans tous leurs contrastes et leurs teintes vives, vectrices d’émotions et de bouts de vie aléatoires. D’un saut à la corde à un chien en laisse, en passant par une pause cigarette ou une famille entassée dans une voiture…
“Mark Cohen. Trespass”, éd. Prestel.


Giverny par Jean Gaumy à l’iPhone, comme vous ne l’avez jamais vu
Bien loin des images de carte postale ou des clichés impressionnistes mille fois revisités, Jean Gaumy offre une relecture saisissante du jardin de Claude Monet dans l’ouvrage Une certaine nature, d’après Giverny. Membre de l’Académie des Beaux-Arts et photographe de l’agence Magnum, il a bénéficié d’un accès privilégié au lieu emblématique. De 2016 à 2024, armé de son iPhone, il a arpenté ce terrain de mémoire et de nature, exclusivement à travers des clichés en noir et blanc, en quête d’un langage photographique singulier.
Entre naturalisme et pulsions abstraites, ses images en noir et blanc explorent en effet la texture du végétal, les accidents de lumière, les formes organiques qui frôlent parfois l’irréel. Ce n’est plus seulement le jardin de Monet que l’on contemple. Mais une matière vivante, mouvante, fragile, qui se donne à voir autrement. Le regard de Jean Gaumy, entre rigueur quasi scientifique et poésie sensorielle, réinvente le mythe de Giverny en territoire d’expérimentation.
Loin d’un hommage figé, le livre dialogue avec un texte de l’écrivain Jean-Christophe Bailly, qui interroge les “décisions photographiques” de l’auteur face à un lieu saturé d’histoire et d’images.
“Une certaine nature, d’après Giverny”, de Jean Gaumy, éditions Atelier EXB.


Joel Meyerowitz voit New York en couleurs et en noir et blanc
Au début des années 60, le jeune Joel Meyerowitz décide d’arpenter les rues de New York et de capturer avec sa caméra ce (et ceux) qu’il y croise. Mais une question le travaille. Celle, toute simple, qu’un vendeur de pellicules photos vient de lui poser : “couleur ou noir et blanc ?” Plutôt que trancher la question, l’Américain (né en 1938) s’équipe alors de deux boitiers et photographie avec les deux pellicules, avant de s’attarder sur les couleurs, qui lui permettent de traduire plus d’émotion et de réalisme.
Une période d’apprentissage et de découverte pour l’artiste, réunie aujourd’hui dans un ouvrage sobrement intitulé Question de couleur (publié aux éditions Textuel). Ici ses clichés colorés croisent leurs équivalents monochromes et témoignent donc de l’évolution de la pratique de Joel Meyerowitz. Ainsi, il délaisse progressivement le noir et blanc au profit de palettes vibrantes, pour s’établir comme l’un des pionniers de la photographie en couleur.
« Question de couleur » de Joel Meyerowitz, éditions Textuel.