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À la galerie Alina Pinsky, (re)découvrir l’artiste dissident russe Igor Chelkovski
Du 12 février au 11 avril 2026, la galerie Alina Pinsky donne à voir une exposition rare : Dessins dans l’air – Œuvres 1976-2024 d’Igor Chelkovski. Avec la complicité de Bernard Blistène, commissaire de cette exposition et ancien directeur du Musée national d’art moderne, cette présentation embrasse plus d’un demi-siècle de création, retraçant la trajectoire sinueuse d’un artiste aussi secret qu’essentiel.
par La rédaction.
Publié le 23 février 2026. Modifié le 4 avril 2026.

Igor Chelkovski, une dissidence intérieure
Né en 1937 à Orenbourg, en URSS, Igor Chelkovski traverse son enfance dans le silence des purges staliniennes. Ses parents arrêtés, il grandit à Moscou chez sa grand-mère. À vingt ans, il entre à l’École académique d’art, où il apprend la rigueur du dessin et la respiration du volume. Très vite, il rejoint les Non-conformistes : ce “souterrain” de peintres et de sculpteurs qui refusèrent les dogmes du réalisme socialiste. Mais Chelkovski, contrairement à beaucoup de ses contemporains, ne fit jamais de la politique le sujet de son œuvre. Une distance volontaire, quasiment monastique. Tandis qu’elle expose les œuvres d’Igor Chelkovski, Alina Pinsky le dit elle-même : “C’est un homme rigoureux, un moine. Tu ne verras jamais la politique dans ses formes. Mais la liberté, oui.”
Ainsi, cette liberté, l’artiste russe la conquiert pleinement en 1976, lorsqu’il quitte définitivement l’URSS pour s’installer en France. Son atelier d’Élancourt, un ancien monastère templier, devient un lieu de méditation et de travail. Chelkovski le nomme sa “meilleure œuvre”.

Le souffle du constructivisme
De Brique de lait (1970, Centre Pompidou) aux Nuages et aux Reliefs du début des années 1980, son langage formel mêle géométrie, tension et douceur. Le souvenir du constructivisme russe irrigue chaque pièce, mais il se marie à une recherche de spiritualité presque zen. Les matériaux (bois, acier, couleur) deviennent un vocabulaire minimal, toujours associé à une densité poétique. Dans les grandes sculptures en métal des années 2000, comme dans ses récents Personnages ou Bouquets, l’espace respire : les formes semblent suspendues, littéralement dessinées dans l’air.
D’ailleurs, l’exposition parisienne s’attache à cette idée, celle du dessin libéré de sa surface, de la ligne qui devient volume. Présentées aux côtés de feuilles préparatoires et de maquettes inédites, les sculptures anciennes dialoguent avec des œuvres plus récentes, témoignant d’une continuité rare : celle d’un artiste qui, à 88 ans, n’a jamais cessé de travailler “par nécessité, non par ambition”.

A-Ya, l’autre œuvre d’Igor Chelkovski
Parallèlement à sa pratique plastique, Chelkovski fonde en 1979 la revue A-Ya, véritable geste de dissidence intellectuelle. Sur ses pages, les œuvres d’Erik Boulatov, d’Ilya Kabakov et d’autres figures longtemps invisibles en URSS paraissent pour la première fois. Pour ce “crime”, Chelkovski sera déchu de sa citoyenneté soviétique. Mais A-Ya restera, comme son œuvre, un espace d’air, celui de la circulation des idées et de la création sans frontières.
La galerie Alina Pinsky lui rend enfin une visibilité méritée tant ses œuvres à l’allure volontairement bricolée ou pauvre forment en réalité des pièces entre tension et rigueur, architecture et sculpture d’une puissance radicale éclatante.
“Dessins dans l’air – Œuvres 1976-2024”, exposition du 12 février au 11 avril 2026 à la Galerie Alina Pinsky, Paris IIIe.
