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Ladji Diaby expose ses reliques chinées et recyclées à Lafayette Anticipations
Entre fantasme, mémoire, spiritualité et nostalgie, les installations basées sur l’association d’objets chinés et recyclés de Ladji Diaby en ont fait une récente révélation lors de la dernière édition du salon de Montrouge. L’univers singulier de cet artiste émergent n’a pas fini de nous questionner. Jusqu’au 19 juillet 2026, Lafayette Anticipations lui offre une exposition personnelle, sous le commissariat de Ben Broome.
Par Ingrid Luquet-Gad.

Nos artefacts, dépositaires d’histoires sociales et intimes
Qu’est-ce qu’une relique ? Pour Ladji Diaby, le statut d’un objet se décide par la croyance qu’on lui accorde. Une relique, c’est donc cela : un attracteur de convictions et, parfois aussi, un réceptacle à crédulités. L’artiste francomalien, né en 2000, a décidé d’en faire le point de départ de son exposition à Lafayette Anticipations. Diplômé des Beaux-Arts de Paris avec les félicitations en 2025, il a en effet construit son œuvre autour de la valeur que l’on confère aux objets, les chargeant d’une puissance à la fois sournoise et sublime.
Encore en pleine préparation de sa proposition, ce natif d’Ivry-sur-Seine glisse : “J’ai travaillé sur l’idée de reliques d’un monde intime et, en même temps, de ce qui les dépasse. Mon travail évolue vers un univers global qui intégrerait aussi les chemins de la domination.” C’est là, au sud de Paris, qu’il a initié son processus de collecte : dans sa maison familiale, les rues environnantes et partout où ses pas le mènent. Chez lui, ces artefacts ont toujours été les dépositaires d’histoires sociales et intimes, entrecroisant les contextes de fabrication, de circulation et de leur customisation.


Vue de l’exposition “Who’s Gonna Save The ” de Ladji Diaby à Lafayette Anticipations © Aurélien Mole.
Une réinterprétation critique du mobilier
Pour ce nouveau volet, il est parti d’une typologie de mobilier que l’on connaît tous·tes : “Inspirée d’un Orient fantasmé, elle raconte l’histoire d’une colonisation qui, en plus d’être matérielle, manifeste aussi sa puissance de manière esthétique et symbolique.” Ces biens produits en série sont pris en otage de ce que le critique culturel Hal Foster, dans son ouvrage Design & Crime (2002), nommait “la nouvelle économie du design”.
L’artiste va alors venir les resingulariser. Par des gestes simples, à son échelle et dans une économie de moyens, il va ainsi les extraire du circuit de consommation, les fractionner et les assembler, procédant par greffes, par sampling ou encore par effacement.


Vue de l’exposition “Who’s Gonna Save The World?” de Ladji Diaby à Lafayette Anticipations © Aurélien Mole.
Ladji Diaby poursuit : “Lorsque j’étais enfant, ma mère modifiait beaucoup de meubles qu’elle achetait. J’en ai, par exemple, gardé une attention particulière au papier autocollant motif marbre et à toutes les manières de se créer ses propres échos.” Aussi, pour dépasser l’enracinement de la monoculture occidentale, le syncrétisme de l’artiste mêle habilement pop culture, traditions sacrées et imaginaires subjectifs infimes et pluriels.
Récemment, le jeune artiste avait déjà marqué les esprits au 69e Salon de Montrouge cet hiver. Il y présentait un large lit, celui de ses parents, recouvert de mascottes diverses connotant l’univers touffu de l’enfance qu’il était venu emmailloter par une épaisse couche de cellophane.

Un buffet, pièce maîtresse de l’exposition de Ladji Diaby
À Lafayette Anticipations, l’une des pièces maîtresses de la proposition est promise à une efficacité symbolique du même ordre : un gros buffet, couché au sol, est surmonté d’une centaine de coupes issues de compétitions canines. “Cette accumulation délirante la rend magique”, note Ladji Diaby à propos d’un autel tragi-comique à ces vies ordinaires, dont les monuments ne consacrent pas la mémoire.
“Who’s Gonna Save The World?”, exposition jusqu’au 19 juillet 2026 à Lafayette Anticipations, Paris IVe.