19 mai 2026

A ne pas rater : Henry Taylor, l’un des plus grands peintres africains-américains, au Musée Picasso

Pour sa première rétrospective en France, le peintre américain de 68 ans, qui avait été en couverture du Numéro art 8, fait escale au prestigieux hôtel Salé du Musée Picasso. L’occasion de revenir sur sa relecture, entre autres, de l’art du maître espagnol.

  • Par Anaël Pigeat.

  • Henry Taylor et l’héritage de Picasso

    Dans sa peinture From Congo to the Capital (2007), Henry Taylor reprend strictement la composition du célèbre tableau de Picasso, Les Demoiselles d’Avignon. Mais les prostituées du Carrer d’Avinyó sont noires, et le marin qui les accompagne, blanc. Grand connaisseur de la modernité occidentale, Taylor se réfère régulièrement à des motifs d’Henri Matisse, d’Édouard Manet, et donc de Pablo Picasso, en se les appropriant.

    À cet égard, il cite volontiers les mots de David Hammons (né en 1943) : “Il parlait de Picasso, et de la manière dont une grande partie de l’histoire de l’art européen avait emprunté des choses ailleurs, et affirmait qu’il fallait peut-être qu’on les reprenne et qu’on les incorpore dans notre propre monde. Cette idée m’est restée.” Depuis son arrivée à la tête du musée Picasso en 2021, Cécile Debray explore la réception de l’artiste catalan en mettant l’accent sur des figures américaines comme Philip Guston, Faith Ringgold, Jackson Pollock, qui offrent un point de contact avec son œuvre.

    Une première exposition institutionnelle en France

    “When Thoughts Provoke [Quand les pensées perturbent]” est la première exposition institutionnelle en France de Henry Taylor, largement célébré aux États-Unis, notamment depuis la Biennale du Whitney en 2017, et la double exposition dont son œuvre a fait l’objet au MOCA (2022-2023) et au Whitney Museum (2023-2024).

    Né en 1958 à Ventura, au nord de Los Angeles, Henry Taylor étudie à l’Otis College of Art and Design, en même temps qu’il travaille à l’hôpital psychiatrique de Camarillo, jusqu’à ce que l’un de ses professeurs l’encourage à se présenter à l’université de CalArts. L’exposition retrace l’ensemble de son parcours, en commençant par ses premières années. Bien qu’il ne se revendique jamais comme un portraitiste, le portrait occupe chez lui une place essentielle.

    Portraits intimes et histoire sociale

    Il peint son entourage, de la façon la plus libre et la plus expressive, dans la veine d’une artiste comme Alice Neel (1900-1984). Il peint sa communauté, comme l’ont fait avant lui Jacob Lawrence (1917-2000) ou Kerry James Marshall (né en 1955). Son œuvre est également jalonnée de sculptures faites d’assemblage d’objets comme It’s Like a Jungle (2011), ensemble de bidons peints en noir qui jouent avec les codes de l’art dit “primitif”. On trouve dans ses images des représentations de l’Amérique populaire, la figure de Ronald McDonald, des scènes de barbecue de la fête nationale du 4 juillet…

    Il s’est également inspiré de photographies commandées par la Farm Security Administration dans le Sud des États-Unis pendant les années 1930. Les violences policières et la lutte pour les droits civiques apparaissent de façon très claire. Les uns sont anonymes, les autres, célèbres – comme Martin Luther King ou Jay-Z – mais dans des scènes quotidiennes, au point qu’on les reconnaît à peine. Et parfois, ce sont des scènes purement imaginaires qui apparaissent à la surface de ses toiles.

    Il raconte volontiers comment une phrase décisive lui est apparue dans un rêve : “All you can do is tell the truth” [La seule chose que tu puisses faire, c’est dire la vérité]. Ce propos est devenu le cœur de sa recherche. L’art de Henry Taylor n’est pas documentaire ni militant. Il donne de l’Amérique une vision subjective et intime.

    “Where Thoughts Provoke”, exposition jusqu’au 6 septembre 2026 au Musée national Picasso, Paris III.