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Pourquoi le producteur Dijon a marqué l’année 2025
Dijon, auteur-producteur américain révélé en 2021 par son opus Absolutely, s’impose, en 2025, avec Baby, un album lo-fi et avant-gardiste qui redessine les frontières du R’n’B moderne. Entre collaborations de prestige (Justin Bieber, Bon Iver, Charli xcx) et esthétique sonore immédiatement identifiable, il quitte définitivement le statut de secret d’initiés et s’offre deux nominations aux Grammy Awards 2026.
par Alexis Thibault.
Publié le 19 décembre 2025. Modifié le 23 décembre 2025.

Dijon, un producteur adoubé par Charli xcx et Justin Bieber
En 2025, le producteur et musicien américain Dijon Duenas alias Dijon, 33 ans, met tout le monde d’accord. Dans la presse, on parle carrément, le concernant, de l’invention d’un son, à l’instar des Neptunes de Pharrell Williams et Chad Hugo) ou encore de Timbaland.
Il est entré par la grande porte de l’industrie de la musique. Il aux manettes de Pink Diamond (2020) de Charli xcx, signe d’une oreille capable de servir l’excès pop sans en perdre la saveur.Il a en effet contribué à l’album Swag (2025) de Justin Bieber, tout en apparaissant aussi sur SABLE, fABLE (2025) de Bon Iver. Le saxophoniste français Ferdi, tombé sous le charme de Dijon Duenas, clame : “Il chante furieusement bien et ses mélodies sont absolument géniales. Quel dommage qu’il ait placé ses meilleures compositions sur le disque de Justin Bieber, et pas sur son propre album…”
Comme le musicien Mk.gee, Dijon a imposé une signature sonore. Tordue et irrésistible, sa pop est frottée dans les graviers pour mieux la salir. En clair, ce R’n’B porté par des guitares saturées est d’une beauté crasse et lo-fi qui rappelle que la musique est affaire d’expériences, pas seulement de radiophonie.

Deux nominations aux Grammy Awards
Né en 1992, fils de deux militaires, un père originaire de Guam et une mère du Maryland, Dijon a grandi en passant des deux côtes américaines au Midwest, avec des étapes à Hawaï et en Allemagne. Avant l’album Baby, sorti en 2025, il fait ses armes au sein du duo Abhi//Dijon, puis a publié deux EP (Sci Fi 1 en 2019 et How Do You Feel About Getting Married? en 2020).
Son premier long format, Absolutely (2021), le révèle pleinement comme auteur-producteur : des ballades brisées et une Americana filtrée par le R’n’B. Beaucoup retiennent aussi son court-métrage homonyme, Absolutely, performance filmée dans un salon avec plusieurs de ses collaborateurs. Après ce coup d’éclat, il s’efface, fonde une famille, puis revient en août 2025 avec Baby, une claque.
Dijon a donc cessé d’être un secret d’initiés. Certes, son nom circulait déjà depuis Absolutely, mais il est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Il est devenu un artiste à la jonction de la pop mainstream et du R’n’B d’avant-garde, bien au-delà des cercles indie américains. L’année se scelle d’ailleurs par une double reconnaissance. Il décroche deux nominations aux Grammy Awards 2026 (producteur de l’année et album de l’année pour sa contribution à Swag).
Un rôle dans un film Paul Thomas Anderson
Pensé comme un collage, le disque Baby déploie des fragments vocaux rééchantillonnés, des riffs qui surgissent puis s’érodent, des rythmes volontairement instables, et un mixage où la distorsion devient manifeste. Les batteries s’écrasent contre des synthés agonisants ; les guitares se dissolvent en effets bruitistes et en déchirures de radio FM. Comme si la musique concrète de Pierre Henry et de Pierre Schaeffer avait enfin trouvé une raison d’être à l’ère de Spotify.
Car Dijon revendique une écoute active de sa musique, presque inconfortable, illuminant les fractures et les micro-accidents. Sa voix, souvent traitée comme percussion ou texture à part entière, façonne alors une pop ultramoderne difficilement “playlistable”. Contacté par nos soins, un musicien admirateur de son travail souligne la sophistication de ses arbitrages de production, de la ballade réduite à l’os aux titres ciselés pour l’ampleur du jeu en groupe : “Son énonciation est à la fois spontanée et désarmante de sincérité, comme si Dijon se précipitait sur la moindre brèche pour se raconter sans filtre.”
Il poursuit, évoquant l’après-Covid et les déclinaisons scéniques de l’opus Absolutely : “Ses prestations ont encore accentué cette hospitalité, conviant l’auditeur à s’immerger dans un monde sonore novateur. Il est devenu une source d’inspiration majeure pour nombre d’artistes, peut-être même au-delà du raisonnable.”
Ces derniers mois, Dijon a même changé de médium en donnant la réplique à Leonardo DiCaprio dans Une bataille après l’autre, le dernier film de Paul Thomas Anderson. Le réalisateur s’est, quant à lui, glissé récemment dans le public de l’un de ses concerts.
Baby (2025) de Dijon, disponible.