23 jan 2026

Expo de la semaine : les œuvres sismiques de Martha Jungwirth à la galerie Ropac à Paris

Ce jeudi 22 février 2026, Thaddaeus Ropac célébrait l’une ses artistes phares Martha Jungwirth en présentant à Paris plus d’une centaine de dessins, des œuvres historiques et des peintures récentes. L’artiste viennoise était accompagnée pendant la soirée de son grand ami et soutien Albert Oehlen.

  • par La rédaction.

  • Publié le 23 janvier 2026. Modifié le 26 janvier 2026.

    L’exposition de Martha Jungwirth, une installation monumentale

    Chez Thaddaeus Ropac, l’œuvre de Martha Jungwirth se déploie comme une nappe sismique. L’exposition consacrée à l’artiste autrichienne s’organise autour d’une installation monumentale, réalisée entre 1987 et 1992 : 131 fragments de papier dessinés et peints assemblés en une vaste constellation murale. Bernard Blistène, ancien directeur du Centre Pompidou la qualifie d’ailleurs dans le catalogue de l’exposition de “grande frise d’images indociles”. Une œuvre matricielle, aujourd’hui entourée de peintures récentes et d’un ensemble d’aquarelles, dont certaines remontent aux années 1980, révélant la continuité d’un geste autant que ses métamorphoses.

    Martha Jungwirth, l’art comme un journal intime

    Chez Jungwirth, la pratique relève moins du programme que du passage. “Mon art est comme un journal intime, un sismographe. C’est ma méthode de travail. Le dessin et la peinture sont un mouvement qui me traverse.” Les dessins composant l’installation ont été réalisés en regardant à moitié le papier, dans une logique instinctive proche de l’écriture automatique.

    Martha Jungwirth confiait en 2024 à Numéro art : “Je vais très vite. Ça vole. Quand je me mets à peindre, tout est fluide. Et lorsque cette fluidité s’arrête, je m’arrête. Il y a toujours un risque. Je déteste les recettes, je n’ai pas de méthode. J’ai besoin de me confronter constamment à mes limites.”

    Beaucoup de ces 131 œuvres sur papier ont été réalisées au crépuscule, devant la télévision. Plus de trente ans après leur création, Jungwirth les a réunies en une œuvre composite, se confrontant de nouveau aux impulsions fugaces qui les ont fait naître.

    Quand l’actualité influence le geste

    Ces dessins invitent aussi le spectateur à imaginer Jungwirth feuilletant le journal en travaillant, laissant l’actualité infuser son geste. Celle-ci demeure l’une de ses principales sources d’inspiration.

    Martha Jungwirth confiait d’ailleurs à Anaël Pigeat pour Numéro art en 2024 à propos des œuvres présentées cette fois-ci à Venise : “Je suis très sensible à l’actualité, à la façon dont on voit les migrants essayer de traverser la Méditerranée avec sur eux un simple baluchon qui contient toutes leurs affaires. Que garde-t-on avec soi quand on prend la fuite ?” Un peu plus tard, j’ai lu un article dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung sur une exposition à Bruxelles, à l’Africa Museum, qui montrait une statue en bois du Congo datant du 19e siècle, qui m’a aussi fait penser à ces formes.”

    Des visages, des torses, des membres, des doigts, des orteils émergent d’un tourbillon de lignes, dans “l’insistance du trait, conjugaison de ratures et biffures […] qui stigmatisent la surface du papier et voient surgir des figures”, comme le décrit Bernard Blistène dans le catalogue de l’exposition.

    La solution de Martha Jungwirth pour le grand format

    L’aquarelle, médium fondateur de sa carrière, est mise à l’honneur à travers un ensemble d’œuvres des années 1980 et 1990. Lors du vernissage, le 22 janvier 2026 à la galerie Ropac, son grand ami et célèbre peintre Albert Oehlen se confiait à Numéro art. Il se souvient avoir invité Martha Jungwirth et leur ami Daniel Richter à s’essayer ensemble à la peinture à l’huile sur de très grands formats. “Un échec total !”, s’amuse encore Oehlen. Depuis, Jungwirth a trouvé sa propre solution pour le grand format : peindre sur de vastes papiers, ensuite tendus sur châssis, abandonnant la toile traditionnelle.

    “Martha Jungwirth. Geh nicht aus dem Zimmer”, exposition jusqu’au 28 février 2026 à la galerie Thaddaeus Ropac, Paris 3e.