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Comment l’architecte Jean-Michel Willmotte métamorphose le marbre à la galerie Dutko ?
Du 19 mars au 30 mai 2026, le célèbre architecte Jean-Michel Wilmotte dévoile sa collection Rockstone à la galerie Dutko, puis au PAD Paris du 8 au 12 avril prochain. Cet amoureux des lignes pures l’a imaginée à partir de pierres brutes découvertes au fil de ses recherches, métamorphosées en pièces de mobilier uniques.
par Thibaut Wychowanok.

Le nouveau projet de l’architecte Jean-Michel Wilmotte
À l’ouverture de son exposition à la galerie Dutko, rendez-vous est pris avec Jean-Michel Wilmotte. Le célèbre architecte, à qui l’on doit des réalisations parisiennes aussi diverses que le Grand Palais Éphémère, l’aménagement du département des arts premiers au Louvre ou la rénovation de l’hôtel Lutetia, reçoit à domicile, dans son nouvel espace à quelques pas de la Bastille.
Il présente, au sein de ce laboratoire dédié à l’intelligence artificielle et à l’impression 3D, une collection inédite de pièces de design. “Dans ce lieu, nous travaillons à coupler l’IA avec l’art contemporain et l’art en général. Pour un projet architectural récent en Ouzbékistan, par exemple, nous sommes partis de l’intérieur d’une sculpture d’Eduardo Chillida pour aboutir à un bâtiment de 30000 mètres carrés, que, bien sûr, nous retravaillons avec nos propres prompts et indications liés au programme. C’est notre base de recherche.”
Un flâneur érudit dans les carrières italiennes
La collection Rockstone produit un contraste saisissant avec ce déploiement d’images, de technologies et d’innovations. Elle réunit une quinzaine de pièces inédites en marbre, granit et calcaire. À l’opposé de l’univers virtuel, elle célèbre un retour à une corporéité absolue ainsi qu’à une poésie de la matière et du réel. Car l’artiste n’a utilisé ni l’IA ni l’impression 3D pour cette collection. Jean-Michel Wilmotte, qu’on s’attendrait à voir partir d’un dessin, en bon architecte, indique lui préférer cependant la rencontre hasardeuse. Ainsi, il nous confie arpenter régulièrement les carrières italiennes, en flâneur érudit à la recherche de fragments abandonnés.
Ces trouvailles fortuites deviennent alors le point de départ d’un meuble : morceaux tombés des carrières, blocs écartés, stocks oubliés depuis des décennies. À rebours de ce que l’on pourrait imaginer, sa quête n’est pas celle de la perfection, mais, tout au contraire, celle de l’accident. “Utiliser ce qui est rejeté”, dit-il, comme on retournerait un stigmate.

Jean-Michel Wilmotte, une géométrie stricte
Ainsi, consoles massives, tabourets compacts ou tables basses semblent extraits directement du paysage. Parfois laissés bruts sur certaines faces, les blocs conservent la mémoire de l’extraction : traces de barre à mine, rainures, éclats. Jean-Michel Wilmotte choisit délibérément de ne pas effacer ces cicatrices.
À l’inverse, il les cadre. Il coupe net ailleurs, installe une géométrie stricte qui dialogue avec l’irrégularité de la pierre. L’acuité devient le cœur du projet. La rigueur de la forme, le contraste des matières et l’obsession du détail transforment chacune de ces pièces de mobilier en petit bijou minimaliste, en véritable sculpture. Le métal joue ici un rôle chirurgical. Des U en acier, des goulottes invisibles, des structures en Inox s’encastrent dans la masse minérale.

Un travail d’orfèvre exposé à la galerie Dutko
Ces lignes froides tranchent la pierre sans la dominer. Elles la soutiennent, la rassemblent, parfois la contraignent. L’architecte évoque un travail d’orfèvre mené avec des artisans italiens. L’ingénierie est discrète. Rien n’est décoratif et chaque intervention semble plutôt relever d’une nécessité. L’équilibre est pourtant d’une beauté simple et évidente, toujours en tension.
Le verre, coulé sur lit de sable, introduit une troisième texture. Sa surface légèrement vibrante répond à la densité mate des roches. Jean-Michel Wilmotte parvient avec succès à une coexistence de différents régimes tactiles : le lisse et le rugueux, le poli et le brut. Face à ces blocs assemblés, lourds de plusieurs dizaines de kilos, mais d’une étonnante précision, l’élégance naît ainsi de la rencontre entre la discipline et l’imprévu. Le contraste, encore et toujours.
“Rockstone by Wilmotte”, exposition du 19 mars au 30 mai à la galerie Dutko, 17 quai Voltaire, Paris VIIe.