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Alex Foxton, peintre de la masculinité et de l’érotisme colorés, exposé dans un club à Bonifacio
Au sein de la Biennale de Bonifacio, à découvrir jusqu’en novembre 2026, les peintures d’Alex Foxton, jouant des archétypes de la masculinité avec un érotisme assumé, trouve leur parfait écrin dans un ancien club délaissé de la citadelle, hanté par la sensualité, les rencontres et le désir… Cette nouvelle édition intitulée Nimu Dormi (“Personne ne dort” en corse), imaginée autour des liens troubles entre fête et révolte, trouve un juste écho dans l’œuvre du peintre britannique installé en France.

Les toiles d’Alex Foxton exposées dans une boîte de nuit
“Pourquoi commence-t-on la Biennale à l’Agora ?”, demande rhétoriquement la commissaire Prisca Meslier, “C’est une ancienne boîte de nuit qui a fermé en 1993.” Dans cette pénombre apparaissent les peintures d’Alex Foxton. Ancien designer de mode reconverti à la peinture, l’artiste britannique installé en France déconstruit depuis plusieurs années les archétypes de la masculinité occidentale. Marins, matadors ou figures mythologiques deviennent chez lui des corps modelés par un trait volontairement stylisé.
La Biennale de Bonifacio revient ainsi, pour une nouvelle édition, transformant jusqu’au 5 novembre 2026 la citadelle en un parcours d’art contemporain dont l’un des points d’orgue est selon nous l’exposition d’Alex Foxton. Portée par De Renava, plateforme fondée en 2020 par Prisca Meslier, Dumè Marcellesi, rejoints par la suite par Basile Isitt, cette troisième édition de la Biennale, intitulée “Nimu Dormi” (“Personne ne dort”, en Corse), explore en effet l’imaginaire de la rencontre entre la fête et la révolte. Pensée comme une traversée immersive construite sur le modèle de l’opéra (ouverture, actes et final) elle fait de la citadelle un espace de célébration – et de débordement. Un thème qui sied particulièrement bien au peintre…

Une peinture nourrie par l’histoire de l’art et la culture queer
Sa peinture repose en effet sur une gestion très affirmée de la couleur, faite de contrastes vibrants et d’aplats saturés. Alex Foxton puise dans l’imagerie de l’histoire de l’art comme dans la culture queer contemporaine. Les visages, souvent lisses et impassibles, contrastent avec l’exubérance chromatique. “Alex Foxton travaille essentiellement sur le corps masculin”, précise Prisca Meslier. Avec un érotisme assumé.
À l’intérieur du club habité par les toiles de l’artiste : fresques byzantines, mythologie romaine et bustes d’empereurs. Comme une architecture fantôme, le lieu conserve les traces physiques de ses nuits mouvementées : étagères vides, installations électriques laissées à nu… Un lieu resté suspendu depuis sa dernière fête qui forme un condensé des thèmes de la Biennale : mélange des temporalités, sensualité, débordement collectif. Parce que ses murs semblent avoir absorbé le bruit, les corps, les excès. Comme si la fête ne s’était jamais vraiment arrêtée.

Des figures contemporaines du sacré
Pour sa série de cinq toiles réalisées exclusivement pour la Biennale, Alex Foxton puise librement dans des récits de transformation religieuse, qu’il transpose dans des scènes traversées par le désir et l’érotisme. Les sujets de ses toiles, pourtant profanes, deviennent des figures contemporaines du sacré.
Une toile surgit au milieu du club. Suspendue devant d’anciennes structures vitrées, elle irradie dans la pénombre poussiéreuse de L’Agora. Oranges brûlants, roses saturés, bleus électriques : les couleurs semblent contaminer l’espace abandonné. Comme si quelque chose continuait encore de vibrer après la fin de la fête. Inspirée de La Résurrection, cette toile montre un corps qui semble s’élever au-dessus d’un enchevêtrement de formes charnelles et de membres fragmentés. Les couleurs saturées donnent à la scène une intensité fiévreuse.

La dimension quasi liturgique de l’exposition
Le parcours mène ensuite vers l’ancien bar. Une autre toile apparaît dans l’obscurité, plus petite, mais tout aussi vibrante. Une scène de décapitation. Une lame traverse le cou du sujet, la tête se détache du corps. Pourquoi utiliser des couleurs si vives pour représenter une scène de si violente ? Pour souligner la brutalité et l’impact choquant de l’acte, peut-être. Ou pour suggérer une forme de détachement ou d’abstraction, où l’artiste se concentre sur l’aspect visuel et émotionnel de la violence plutôt que sur sa représentation réaliste.
Deux autres œuvres prolongent ces références religieuses. L’une reprend le motif de La Déposition. Au premier plan, une figure rose vif évoque le moment où le corps du Christ est descendu de la croix après la crucifixion. Mais ici, la scène biblique bascule vers une représentation plus intime : les figures masculines se soutiennent, se portent, s’abandonnent les unes aux autres. Épuisement, tendresse, désir.
Sur l’autre toile, deux corps flottent dans un espace sombre. Une figure ailée aux teintes bleutées et dorées se penche vers un personnage rose vif. C’est une Annonciation, lorsque l’ange Gabriel annonce à Marie qu’elle portera le Christ. Chez Foxton, le récit religieux devient une scène de révélation sensuelle.
L’exposition prend alors une dimension presque liturgique. Mais une liturgie déplacée vers la fête, vers les corps et la collectivité. “Ce n’est pas lié uniquement au moment religieux”, précise Prisca Meslier. “Il transfère ces scènes dans des moments de fête, dans des instants collectifs.”


Alex Foxton, Ceremony (I) et Ceremony (I) (2026). Huile et paillettes sur toile, 50 x 65 cm. © Courtesy de l’artiste & Galerie Derouillon. Photo : Youna Virus.
La violence de la fête
Alex Foxton laisse apparaître des paillettes à la surface des toiles, un moyen d’adoucir la virilité de ses sujets. De les rendre puissants et vulnérables à la fois. Pourtant, derrière l’exaltation des corps et l’énergie collective qui traversent les toiles, affleure une tension plus sombre. La scène de décapitation vient rappeler que ces instants de communion peuvent aussi basculer dans la brutalité, comme si l’ivresse du groupe contenait déjà sa propre menace. “Il y a vraiment ce rapport à la jouissance du corps, mais aussi à la violence qui peut saisir dans ces moments”, souligne encore Prisca Meslier.
L’ancien club n’est pas traité comme un simple décor. De Renava a choisi de ne presque rien effacer de L’Agora, laissant les œuvres dialoguer avec la mémoire nocturne qui imprègne encore les murs. Un endroit où les toiles d’Alex Foxton semblent prolonger une fête interrompue il y a plus de trente ans.
“Nimu Dormi”, exposition jusqu’au 5 novembre 2026 à l’Agora, Bonifacio. Dans le cadre de la Biennale de Bonifacio.