25 déc 2025

Le travail de Troy Montes Michie, entre scrapbooking, archive queer et album de famille

Quels sont les artistes à suivre cette saison, et quelles nouvelles voix attirent l’attention des institutions et des collectionneurs ? À l’heure où Troy Montes Michie présente sa première exposition personnelle en Europe, à la Kunsthalle de Bâle jusqu’au 25 janvier 2026, Numéro art s’intéresse au travail de cet artiste basé à Brooklyn, dont les œuvres mêlant collage, textile et archives interrogent la mémoire, le corps et l’histoire des communautés noires et queer.

  • par Anya Harrison.

  • Un travail entre album de famille et archive queer

    Chez Troy Montes Michie, les œuvres mêlant les techniques de collage, de travail à l’aiguille, de textile, de dessin et de tirage d’archives semblent bien souvent se situer à mi-chemin entre le scrapbooking, l’archive queer et l’album de famille érotisé. Installé à Brooklyn, l’artiste se tourne souvent vers des matériaux, des objets et des formes issus d’un passé américain pas si lointain, et qui portent en eux les souvenirs des haines raciales et de la discrimination culturelle visant les corps noirs et métis.

    Dans leur prolongement vers la sculpture, l’assemblage et l’installation, ce sont des œuvres où le corps et son positionnement occupent une place prépondérante, en particulier dans la représentation historique du corps masculin noir, des œuvres où le regard – notre regard – est rendu complice et privé de sa neutralité dans la fétichisation et l’effacement historique de certaines communautés. 

    Une reconnaissance internationale en devenir

    Mohamed Almusibli, directeur de la Kunsthalle de Bâle – où Montes Michie présente actuellement sa première exposition personnelle en Europe (jusqu’en janvier 2026) – a été le premier à remarquer le travail de l’artiste en 2019, lors de la Frieze London.

    Ce qui l’a d’abord frappé, c’est “la manière dont [Montes Michie] ancre des expériences personnelles dans des récits plus vastes. Il touche à des enjeux comme la migration, la queerness ou l’héritage colonial, mais toujours à travers des gestes très sensibles, très incarnés”. S’agissant de la matérialité de ses pièces, “le collage, la couture, le travail de la matière ne sont jamais purement esthétiques : ils deviennent des outils de résistance, des stratégies pour révéler ce qui a été effacé”. 

    “The Jawbone Sings Blue” par Troy Montes Michie, exposition jusqu’au 25 janvier 2026 à la Kunsthalle de Bâle.

    Troy Montes Michie est représenté par la Compagny Gallery. L’exposition