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L’exposition Gianni Versace à Paris en 3 défilés sulfureux
À Paris, l’exposition Gianni Versace Retrospective au musée Maillol célèbre l’un des créateurs les plus flamboyants de la mode. Entre sensualité, provocation et références artistiques, Gianni Versace a marqué les années 80 et 90 avec des collections devenues cultes. Focus sur trois défilés sulfureux présentés dans cette rétrospective événement.
par Camille Bois-Martin,
et Jasmine Baha.

Gianni Versace : l’art de la sensualité et de l’audace
Créateur emblématique des années 80 et 90, Gianni Versace figure dans le panthéon des créateurs de mode. C’est dans son Italie natale, aux côtés de sa mère, qu’il apprend à dompter l’art du fil et de l’aiguille, en nourrissant son savoir-faire des paysages méditerranéens qui l’entourent. À vingt-six ans, il s’installe à Milan pour fonder sa maison avec son frère, Santo et sa sœur, Donatella.
Très vite, Gianni Versace se fait connaître pour son expertise de la coupe, et de la matière, mais pas que. Son approche sulfureuse et sensuelle de la mode contribue en effet à l’ériger en créateur adulé des stars et des mannequins. Il impose ainsi une audace sans précédent à la mode, redéfinissant aussi bien les codes du vestiaire féminin que masculin.
Amoureux des arts de la scène, le créateur s’attache à transformer chacun de ses défilés en de véritables théâtres vivants. Leurs mises en scène font vibrer chaque Fashion Week, accompagnant les silhouettes qui oscillent entre glamour et décadence.
Et nombreuses sont les collections qui suscitent le scandale au cœur de la mode des années 80 et 90. Nourri par des références aux antipodes les unes des autres — de l’art moderne au bondage –, Gianni Versace crée un dialogue entre les références et les époques.

Un hommage avec l’exposition Gianni Versace au musée Maillol
À l’aube du trentième anniversaire de la disparition de Gianni Versace, le musée Maillol, à Paris, rend ainsi hommage au couturier italien au travers d’une rétrospective inédite. Un parcours chronologique immersif qui dévoile looks iconiques, croquis, photographies et autres rares archives. Ainsi, s’ouvre un voyage au cœur de l’audace glamour qui a façonné le règne de Gianni Versace.
De la très controversée collection bondage à l’extravagance des silhouettes inspirées de l’esprit marin de Miami, cette rétrospective nous invite à flâner au cœur de l’esprit opulent et sensuel de la maison. Autant de créations qui flirtent avec l’esprit audacieux de ce visionnaire, au travers de plus de 450 pièces exposées. Pour l’occasion, Numéro propose de plonger dans trois collections sulfureuses, présentées au sein de l’exposition, qui ont nourri la légende du créateur.
Gianni Versace en 3 collections sulfureuses

La collection bondage de Versace : scandale et succès
En 1992, Gianni Versace est au sommet de sa gloire. Si ses collections divisent autant qu’elles rassemblent, le créateur s’appuie surtout sur une communauté fidèle de mannequins (Cindy Crawford, Naomi Campbell), de musiciens (George Michael) et de personnalités influentes (Madonna, Lady Di) qui font de lui un acteur incontournable de la mode des années 80 et 90.
Bref, l’Italien dicte les tendances et reste, saison après saison, fidèle à son esthétique signature – flamboyante et sulfureuse. Lorsque les silhouettes de son défilé automne-hiver 1992-1993 foulent ainsi le podium de la Fashion Week de Milan, la surprise envahit les rangs. Considérée comme “la plus provocatrice de Versace” – pour reprendre les mots des commissaires de la rétrospective au musée Maillol –, cette collection survient après son iconique show révélant au monde les Supermodels et fait, dès le lendemain, les choux gras de la presse.
Sur les mannequins, on aperçoit ainsi des pantalons et des hauts en cuir nappa, des sangles, des œillets, des rivets, des boucles en métal doré, mais aussi des harnais… Le vestiaire, alors intitulé “Miss S&M” puis surnommée “Bondage Collection”, puise dans l’univers de l’artiste Allen Jones et de ses sculptures fétichistes de femmes-mobilier.
Le New York Times titre alors sa critique “Chic ou cruel”, tandis que l’International Herald Tribune commente “Je ne veux pas que les femmes soient des objets sexuels […]. Mais après tout, les femmes ont le droit de choisir.” (extrait du catalogue de l’exposition, page 124).
Mais le succès du défilé rattrape rapidement l’indignation : poussées par le triomphe de l’album Erotica et du livre Sex de Madonna, les vêtements se retrouvent quelques semaines plus tard sur les plus grandes stars présentes au gala de l’amFAR – et entrent ainsi dans la légende de Gianni Versace.

Versace printemps-été 1993 : sensualité et influence queer
À une ère où le vestiaire masculin n’osait pas la même extravagance que celui de ces dames, Gianni Versace, lui, choisit d’insuffler du panache à la mode pour homme. Exit le costume noir et la simple chemise blanche, l’heure est désormais à la sensualité et à l’exubérance. Pour le printemps 1993, le couturier met alors à l’honneur l’esprit queer et l’extravagance de la jet-set de Miami, en les faisant dialoguer avec l’esprit sulfureux signature de la maison.
C’est ainsi que les soies aux couleurs chatoyantes s’entrelacent aux codes homo-érotiques des silhouettes, conjuguant sensualité et esprit marginal. Esthète hors norme, Gianni Versace insuffle évidemment cette dynamique à la garde-robe masculine. À l’instar de ce look présenté au sein du musée parisien. Ici, le sous-vêtement ne se cache pas, il se laisse deviner sous un tissu en soie s’apparentant à un peignoir, façonné au gré de deux chemises nouées à la taille du mannequin.
Et, summum de la sensualité, la silhouette s’achève avec une chemise ouverte et laissant ainsi deviner le torse du mannequin, un élément signature du vestiaire masculin Versace, qui semblait beaucoup plaire aux “nouveaux riches” arpentant les plages de Miami. Ici, le corps masculin est célébré et mis en avant par ces tissus aux accents baroques et ces colliers clinquants, ornant le torse huilé du mannequin. Une relecture audacieuse et opulente du vestiaire estival, qui se démarque parmi le florilège de looks d’archives de cette fascinante exposition dédiée à GIanni Versace.


La robe à épingles Versace : une pièce iconique des années 90
Si Vivienne Westood s’est emparée de la culture punk dès les années 70, faisant des épingles à nourrice des accessoires de mode ultra luxe, Gianni Versace achève, à l’aube du 21e siècle, d’en faire un détail aussi glamour que sexy. Là où cet objet servait à rafistoler un vêtement abîmé à moindre coût, il devient, chez le créateur italien, un moyen de souligner les courbes du corps et de dévoiler toujours un peu plus de peau.
À l’instar de son iconique collection automne-hiver 1993-1994 dont l’esthétique provocatrice s’inscrit en réaction aux tendances minimalistes de l’époque portées par des maisons comme Calvin Klein ou Helmut Lang.
Ici, les épingles à nourrice, en or ou en argent, ornent le décolleté d’une robe ou la fente d’une jupe. L’objet envahit tout le défilé, décoré du célèbre logo de la Méduse. Si le succès est immédiatement au rendez-vous, c’est un évènement qui advient quelques mois plus tard qui achève de faire entrer cette collection dans la légende…
En mai 1994, Elizabeth Hurley foule le tapis rouge de l’avant-première du film Quatre mariages et un enterrement au bras de son petit ami de l’époque, Hugh Grant. Peu connue, l’actrice fait la Une des tabloids à cause (ou plutôt grâce) à son look Versace, directement issu de ladite collection. Fendue sur le côté, la robe semble ne tenir qu’à un fil, grâce aux épingles à nourrice dorées qui épousent ses courbes. Son apparition commentée à travers le monde fait alors décoller sa carrière, restant dans les annales sous le terme de “That Dress” – une page Wikipédia lui est même dédiée. On ne sait, à ce jour, où se trouve la version originale du vêtement, dont une copie est présentée au musée Maillol à Paris.
“Gianni Versace Rétrospective”, exposition jusqu’au 6 septembre 2026 au musée Maillol, 59-61 Rue de Grenelle, 75007 Paris. Billets à partir de 18,90 €. Plus d’informations sur museemaillol.com.