23 mai 2026

Cannes 2026 : le film d’horreur déluré avec Gillian Anderson remporte la Queer Palm

Réalisé par Jane Schoenbrun, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, véritable déflagration pop et intime, met en scène Gillian Anderson dans un de ses meilleurs rôles. Notre critique depuis la Croisette du film qui a remporté la Queer Palm.

  • par Olivier Joyard.

  • Publié le 14 mai 2026. Modifié le 23 mai 2026.

    Teenage Sex And Death At Camp Miasma, une quête intime et créative

    Les buzz du Festival de Cannes sont souvent liés au goût âcre du scandale, comme La Grand bouffe de Marco Ferreri dans les seventies, Brown Bunny de Vincent Gallo dans les années 2000 et Mektoub My Love : Intermezzo dans les années 2010. Produit notamment par BradPittTeenage Sex and Death at Camp Miasma, le troisième film du cinéaste non binaire Jane Schoenbrun (après le très remarqué I Saw The TV Glow avec Justice Smith), appartient plutôt à la catégorie des flashes amoureux. Ceux qui embrasent ses premiers spectateurs et finissent par être désirés de tous. Le mercredi 13 mai, présenté en ouverture de la section Un Certain Regard, le film a bouleversé la salle. Depuis, toutes les séances étaient électriques. Le long-métrage a finalement remporté la Queer Palm.

    Odyssée pop et inventive, quête intime et créative, Teenage Sex and Death at Camp Miasma raconte avec beaucoup d’humour comment une jeune cinéaste queer nommée Kris (Hannah Einbinder vue dans la série Hacks, excellente) cherche à réaliser le reboot d’un film d’horreur culte des années 1970, dont les multiples suites ont fini par lasser. Elle imagine une version moderne et inclusive, où sa passion pour le genre cinématographique du slasher (en général, une histoire de tueur sanguinaire qui découpe ses victimes, comme dans Halloween) lui permettrait d’aborder des thèmes personnels et politiques, bien plus progressistes que dans les versions originales.

    Un récit d’apprentissage puissant avec Gillian Anderson

    Alors qu’elle s’apprête à signer avec un studio hollywoodien, Kris part dans le Nord des Etats-Unis pour tenter de convaincre Billy Presley l’actrice principal du premier film, aujourd’hui retirée, de participer à son projet. Cette dernière, jouée par la superbe Gillian Anderson qui tient ici l’un de ses plus beaux rôles, à la fois traversée par la mélancolie du temps qui passe et submergée par le désir que tout recommence.

    Le film met en scène les deux femmes dans un jeu de miroir et de désir qui dépasse la simple démarche référentielle. Si Teenage Sex and Death at Camp Miasma rend hommage au cinéma d’exploitation et d’horreur (mais pas seulement), c’est plutôt pour en faire une manière fantasmatique, à la fois intemporelle et ultra contemporaine. Jane Schoenbrun revient explicitement à Sunset Boulevard autant qu’à Freddy : les griffes de la nuitBuffy Contre les vampires ou Psychose, sans jouer à l’élève cool qui recracherait son cours d’histoire des formes. Elle filme comme si nous étions simultanément en 1950, en 1980 et en 2026, créant un fascinant effet de diffraction.

    Un film récompensé par la Queer Palm au Festival de Cannes 2026

    Dans Teenage Sex and Death, le tueur en série est surnommé “Little Death” (petite mort). Cela indique la destination du film : un récit d’apprentissage en dehors des clous, où l’héroïne va finalement apprendre à jouir. On ne vous dira pas comment, sinon qu’elle pourrait bien utiliser les clichés sexistes de l’horreur pour cerner son propre désir, dans une splendide réappropriation d’images sexistes. Après avoir vu cette belle déflagration pop, on ressent l’idée exaltante que les films nous pénètrent autant que nous les pénétrons. “C’est une histoire de chair et de fluides” comme le dit le personnage de Gillian Anderson dans une scène clef. Une définition sensible et excitante du cinéma.

    Teenage Sex And Death At Camp Miasma de Jane Schoenbrun, n’a pas encore de date de sortie. Il a été présenté dans la section Un Certain regard du Festival de Cannes 2026.