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Rencontre avec Niels Schneider, star du blockbuster historique La Bataille De Gaulle
Cette année, au Festival de Cannes, Niels Schneider s’est imposé comme l’un des acteurs les plus fascinants du moment. Métamorphosé et très amaigri dans L’Inconnue, le fascinant nouveau film d’Arthur Harari, amoureux toxique dans Si tu penses bien de Géraldine Nakache et résistant dans La Bataille De Gaulle : L’Âge de fer d’Antonin Baudry, l’acteur franco-canadien multiplie les rôles sans jamais perdre sa capacité à nous surprendre. Dans l’effervescence cannoise Numéro est allé à la rencontre d’un comédien en perpétuelle transformation.
propos recueillis par Nathan Merchadier.
Publié le 19 avril 2023. Modifié le 3 juin 2026.
Niels Schneider, un acteur talentueux et versatile
Après avoir été révélé au grand public en 2009 – dans le premier film de Xavier Dolan, l’émouvant J’ai tué ma mère – Niels Schneider, 38 ans, ne cesse de poursuivre son ascension dans le monde du cinéma jusqu’à recevoir en 2017 un César, celui du “meilleur espoir masculin” pour son rôle de truand dans Diamant noir d’Arthur Harari. En avril 2023, l’acteur franco-canadien au timbre de voix éraillé et à la gueule d’ange s’illustrait avec brio dans la comédie dramatique Avant l’effondrement, un film d’Alice Zeniter aussi touchant qu’essentiel mettant en lumière les limites de notre société face au dérèglement climatique.
Depuis, Niels Schneider a multiplié les métamorphoses. Il a incarné un mafieux flamboyant dans la série D’argent et de sang (2023), un chef de gang dans Apaches (2023), ou encore ancien légionnaire dans le drame Les Tourmentés (2025) de Lucas Belvaux. Une trajectoire qui trouve un nouveau sommet cette année au Festival de Cannes, où il s’est imposé comme l’un des acteurs français les plus fascinants de la quinzaine.
La star du Festival de Cannes 2026
Sur la Croisette, il défendait trois projets aux registres radicalement différents. D’abord L’Inconnue, le fascinant film d’Arthur Harari présenté en compétition, pour lequel il a effectué une impressionnante transformation physique. Il est aussi présent à l’affiche de Si tu penses bien de Géraldine Nakache, une romance toxique dans laquelle il donne la réplique à Monia Chokri.
Enfin, il est entré dans la peau du général Leclerc, personnage clé du combat de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’ambitieux blockbuster historique La Bataille De Gaulle : L’âge de fer d’Antonin Baudry, qui sort au cinéma ce mercredi 3 juin 2026. Dans l’effervescence cannoise, Numéro a rencontré un acteur aussi sensible qu’engagé.

L’interview de Niels Schneider, héros du film La Bataille De Gaulle
Numéro : À côté de L’Inconnue d’Arthur Harari, qui a profondément marqué la compétition officielle, vous étiez présent cette année au Festival de Cannes pour défendre le blockbuster historique La Bataille De Gaulle : L’âge de fer d’Antonin Baudry. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ces projets physiques et radicalement différents ?
Niels Schneider : Ce sont deux projets très différents, mais c’est aussi ce qui fait la richesse du cinéma. Pour La Bataille de Gaulle, tout a commencé par une rencontre avec Antonin Baudry. Avant même de me faire lire le scénario, il m’a parlé de son envie de raconter cette histoire. J’ai tout de suite été touché par le feu qu’il avait dans les yeux, par son ambition et par cette volonté de rendre l’impossible possible. D’une certaine manière, c’est aussi ce qui le rapproche de De Gaulle. J’avoue que je me méfie parfois des films historiques, parce qu’ils peuvent vite devenir illustratifs. Là, j’ai découvert un récit qui s’intéresse aux hommes derrière les statues. Aujourd’hui, on considère presque comme une évidence le destin de De Gaulle ou de Leclerc, mais à l’époque rien n’était écrit. Ce qui m’a fasciné, c’est leur capacité à penser contre leur époque.
Dans ce long-métrage ambitieux, vous incarnez le général Philippe Leclerc de Hauteclocque, une figure de la France libre. Quelles étaient vos connaissances de cette période de notre histoire ?
J’ai grandi au Québec, donc je connaissais finalement assez peu la figure de Leclerc. Pour moi, c’était surtout un nom de rue avant d’être un personnage historique. J’ai donc tout découvert en préparant le film, à travers des archives, sa voix, sa manière de parler, sa présence… Très vite, je me suis demandé ce qui se cachait derrière ce regard et j’ai découvert un homme profondément courageux et touchant.

“Je crois que le rapport à la masculinité est aujourd’hui beaucoup plus libre qu’il ne l’était auparavant.” Niels Schneider
Comment aborde-t-on un personnage ayant réellement existé sans tomber dans la reconstitution ?
Il y a bien sûr eu un travail physique et militaire pour me rapprocher de lui, mais à un moment donné, on ne peut pas “être” Leclerc. Mon travail consistait plutôt à m’approprier son énergie, à trouver ce qui faisait son essence, puis à le réinventer au présent. Parce qu’au cinéma, il ne s’agit jamais de reproduire une figure historique à l’identique. Chaque acteur propose sa propre version du personnage. J’ai donc proposé ma version de Leclerc.
Vos rôles semblent souvent traversés par une forme de masculinité fragile, loin des figures héroïques traditionnelles. Est-ce quelque chose que vous cherchez consciemment ?
Je crois que le rapport à la masculinité est aujourd’hui beaucoup plus libre qu’il ne l’était auparavant, même si l’on assiste aussi à un retour de certains idéaux virilistes en réaction aux mouvements féministes. C’est donc un sujet qui reste en perpétuelle évolution. C’est vrai que j’ai incarné des masculinités très différentes. Dans Si tu penses bien de Géraldine Nakache, le personnage est beaucoup plus dominant. Dans La Bataille de Gaulle, on est face à une figure héroïque issue d’une autre époque. Et puis il y a L’Inconnue, où la question devient encore plus complexe puisque j’y interprète une jeune femme de 19 ans dans un corps d’homme. Ce qui est intéressant, c’est que ce personnage ne correspond pas non plus aux codes traditionnels de la virilité. Son corps est fragile, presque rachitique, et son identité vient brouiller toutes les catégories.

“Le cinéma a la capacité d’élargir les représentations. De montrer des corps moins canoniques et des figures auxquelles davantage de personnes peuvent s’identifier.” Niels Schneider
Aujourd’hui, avez-vous le sentiment que le cinéma est en train de redéfinir la représentation des hommes à l’écran ?
Je ne suis pas certain que le cinéma ait encore pour fonction de fabriquer des idéaux comme il a pu le faire à une certaine époque, lorsque les acteurs étaient presque perçus comme des demi-dieux. Aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression qu’il cherche à se rapprocher du réel. C’était notamment l’ambition de L’Inconnue d’Arthur Harari. De réussir à faire entrer quelque chose d’extraordinaire dans un monde profondément réaliste. Nous voulions des corps qui appartiennent au réel, pas au fantasme. Je crois que le cinéma a aujourd’hui la capacité d’élargir les représentations. De montrer des corps moins canoniques et des figures auxquelles davantage de personnes peuvent s’identifier. C’est particulièrement vrai pour les hommes. L’idéal viriliste qui a longtemps dominé me semble appartenir au passé, même s’il connaît aujourd’hui des résurgences.
Cette année, un certain nombre de films présentés au Festival de Cannes interrogent la guerre, la violence politique et la résistance…
Je crois que c’est assez naturel. Le cinéma est profondément lié au monde dans lequel il s’inscrit. Aujourd’hui, le contexte international est marqué par de nombreuses tensions. La guerre est présente en Europe, au Moyen-Orient et dans plusieurs régions du monde. Il y a une inquiétude réelle face aux bouleversements politiques que nous traversons. Il me semble donc logique que les artistes s’emparent de ces questions. Le cinéma a cette capacité de réfléchir sur le présent, mais aussi de revenir sur le passé pour mieux comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui. Ce n’est évidemment pas sa seule fonction, mais il y a dans le cinéma une dimension de mémoire et de transmission. Il permet de garder une trace, de prendre du recul et d’éviter que certaines histoires ou certains avertissements ne tombent dans l’oubli.

“Le cinéma une dimension de mémoire et de transmission.” Niels Schneider
En 2023, dans un tout autre registre, vous étiez à l’affiche du film Avant l’effondrement…
Je connaissais déjà le travail d’Alice Zeniter, notamment son roman l’Art de perdre (2017) que j’avais adoré. J’ai été séduit par cette idée d’allier l’intime, le politique et le romanesque pour jouer sur plusieurs registres, plusieurs tonalités. J’ai aussi aimé me plonger dans la peau d’un personnage avec des préoccupations qui ressemblent aux miennes. Il y avait enfin une réelle envie de cinéma, avec des dialogues profonds. En découvrant le scénario, j’ai senti une vitalité dans ce film.
Qu’est-ce qui vous avait séduit dans l’approche d’Alice Zeniter ?
Avant d’accepter le projet, je ne le savais pas trop, mais Alice (Zeniter) est aussi metteuse en scène au théâtre. On a eu un parcours assez proche finalement puisque j’ai aussi pris des cours de théâtre à mes débuts. Nous nous sommes beaucoup vus pour discuter du texte. De ce que représentait chaque scène, de préciser les intentions et d’interroger l’intériorité des personnages. Après ça, nous avons beaucoup répété, peut-être même plus que sur d’autres films. Alice avait une idée très précise de ce qu’elle voulait. Mais il y avait quand même toujours de la place pour la spontanéité sur ce tournage.

“Je me lasse assez vite et je n’aime pas me répéter.” Niels Schneider
Vous avez aussi bien incarné un chef de gang dans le film Apaches (2023) qu’un directeur de campagne tourmenté dans Avant l’effondrement. Dans quel registre prenez-vous aujourd’hui le plus de plaisir à jouer ? ?
Je me lasse assez vite et je n’aime pas me répéter. Quand je sors d’un film, ça laisse forcément des traces et je ressens souvent le besoin de faire totalement autre chose. Dans Sentinel Sud, j’incarnais un soldat blessé et tourmenté au sein d’un film très intimiste. J’ai ensuite joué dans Totem, une grosse série d’espions dans une veine un peu hollywoodienne. Avec Avant l’effondrement je m’essaie à un tout autre registre. J’essaie de choisir des rôles les plus différents possibles, c’est là que je m’amuse le plus.
Dans ce long-métrage, on voit une masculinité différente de celle très souvent vue au cinéma. Elle est moins héroïque…
Totalement. Ça donne l’occasion de s’intéresser plus globalement à la place de l’homme dans la société. À travers le prisme de la maladie du personnage de Tristan, mais aussi à travers les bouleversements de mœurs et l’éveil des consciences vis-à-vis des rapports hommes-femmes. Il y a aussi la question de cette masculinité qu’on ne voit pas beaucoup représentée. Le personnage que j’incarne n’est pas du tout un dominant, il n’incarne pas le patriarcat. Il a toujours un temps de retard, il a toujours des angles morts. Il ne se rend pas compte qu’il existe des endroits de domination, des situations d’inéquité. J’ai aimé le décalage entre son discours et ses actions. Sa manière de s’adresser aux autres personnages dans un rapport qui ne semble pas totalement naturel pour lui.

“En prenant du recul, c’est vraiment l’inconnu qui me plaît. Le fait de ne pas savoir quel homme je serais dans 10 ans. » Niels Schneider
Dans vos interviews, vous évoquez votre ressenti vis-à-vis de la figure d’éphèbe au cinéma, un rôle qui vous a longtemps collé à la peau…
Oui j’ai l’impression mais je m’en suis finalement détaché, il me semble… Aujourd’hui, l’univers de la comédie m’attire, même si j’ai envie de continuer à m’illustrer dans un vaste panel de registres cinématographiques. Depuis mes débuts, je n’ai jamais cherché à prévoir ce qui pouvait m’arriver et je n’ai jamais eu de plan de carrière. Il y a souvent des vases communicants entre les rôles que l’on joue et les événements qui peuvent nous arriver dans la vie. En prenant du recul, c’est vraiment l’inconnu qui me plaît. Le fait de ne pas savoir quel homme je serais dans 10 ans, ni l’acteur que je vais devenir.
Dans ce film, vous entretenez un rapport très distant avec votre demi-frère lorsque votre père est sur le point de mourir. Dans la vraie vie, vous êtes très proche avec vos trois frères…
C’est vraiment une chance que l’on soit proches mes frères et moi. Je sais que ce n’est pas le cas pour beaucoup de gens pour qui le terme de fratrie n’a même aucun sens. Je n’émet aucun jugement à ce sujet car je pense que c’est parfois normal qu’il y ait des rancunes qui viennent de l’enfance, des souffrances aussi. L’important est de pouvoir se reconstituer une famille à l’âge adulte. C’est quelque chose qu’on l’on ne voit pas beaucoup au cinéma et ça m’a plu de défendre cette idée dans Avant l’effondrement. Ily a beaucoup de gens qui doivent partager ce sentiment, mais l’exprimer comme ça, à travers la voix off du personnage qui dit tout haut ce qu’il n’ose pas dire à son frère, j’ai trouvé ça très fort.

Donnez-vous des conseils d’ordre cinématographique à vos frères ?
Ce ne sont pas vraiment des conseils et ça ne constitue pas l’essentiel de nos discussions. Mais parfois on en parle. Je n’ai pas tant de conseils à leur donner. Ils sont grands et intelligents et ils n’ont pas besoin de moi pour avancer dans ce milieu. Il m’arrive toutefois qu’ils m’appellent pour me demander mon avis sur un rôle, comme parfois je peux le faire avec eux d’ailleurs.
Votre compagne, Virginie Efira, a reçu un César en 2023. Quel effet cela vous a-t-il fait ?
C’était super joyeux. Cela doit faire six ou sept ans qu’elle était nommée chaque année et je suis finalement très heureux qu’elle soit récompensée pour tout son travail. D’autant plus pour célébrer un rôle comme celui qu’elle joue dans Revoir Paris qui était très touchant.
La Bataille De Gaulle : L’âge de fer (2026) d’Antonin Baudry, actuellement au cinéma. L’Inconnue d’Arthur Harari, au cinéma le 26 août 2026. Avant l’effondrement (2023) d’Alice Zeniter, disponible sur Canal+ en VOD.