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Agnès Jaoui ose une comédie sur le mouvement #MeToo dans le milieu de l’opéra
Durant le Festival de Cannes 2026, Agnès Jaoui a présenté L’Objet du délit, son sixième film en tant que réalisatrice, inspiré par le mouvement #MeToo et prenant place au sein du milieu de l’opéra. Quelques jours seulement avant de s’embarquer dans le tumulte et la folie de Cannes, la réalisatrice nous racontait, à Paris, les coulisses de ce projet fort.
propos recueillis par Nathan Merchadier.
L’interview d’Agnès Jaoui, réalisatrice de L’Objet du délit
Numéro : Dans L’Objet du délit, votre nouveau film en tant que réalisatrice, vous abordez le mouvement #MeToo à travers ce qui se passe dans le milieu de l’opéra. Pourquoi avoir placé l’intrigue dans ce cadre-là ?
Agnès Jaoui : En réalité, le choix du milieu de l’opéra est arrivé avant le sujet de #MeToo. J’avais depuis longtemps envie d’écrire sur cet univers, parce que j’aime profondément la musique classique et l’opéra. Et puis, ces dernières années, j’ai commencé à mettre en scène des opéras moi-même. Ma première expérience, c’était avec la Tosca (de Giacomo Puccini) dans le cadre du festival Opéra en plein air. Le spectacle était joué devant des châteaux partout en France. C’était une aventure complètement folle, parfois très drôle. Très vite, je me suis dit qu’il y avait là un décor et un microcosme passionnant à raconter au cinéma.
Dans le milieu du cinéma ou de la musique, ce film aurait-il pu exister de la même manière ?
C’est certain que ce projet aurait été très différent s’il avait été tourné dans un autre milieu. L’opéra apporte quelque chose de très particulier, de presque décalé, avec ce vocabulaire qu’on n’entend nulle part ailleurs. Mais ce n’est pas un milieu aussi machiste qu’on pourrait l’imaginer. Et puis ce cadre permettait justement une forme de distance, un léger pas de côté. Je n’avais aucune envie de situer l’histoire dans le milieu du cinéma, où chacun aurait immédiatement cherché à identifier des références ou des personnes réelles. Là, l’opéra ouvrait un espace plus libre, parfois plus drôle aussi, tout en gardant intacte la gravité du sujet.

“Je me suis beaucoup demandé comment ne pas desservir #MeToo.” Agnès Jaoui
Le film évite d’employer un ton frontal ou moralisateur. Était-ce pour vous une manière de rendre le sujet plus accessible ?
Même quand les thèmes sont graves, j’ai toujours le réflexe de faire un pas de côté, de chercher ce qu’il peut y avoir de révélateur ou de risible dans les situations. Je ne me suis pas dit : “Je vais faire une comédie sur #MeToo.” Mais en écrivant le scénario, certaines situations appelaient aussi de l’ironie ou du décalage. Et je crois que cela permet parfois de rendre les choses plus humaines, plus complexes. En revanche, je me suis beaucoup demandé comment ne pas desservir la cause. Je suis féministe, je l’ai toujours été, et je le reste.
Vous réunissez à l’écran Daniel Auteuil, mais aussi Eye Haïdara et Claire Chust. Comment avez-vous imaginé ce casting ?
Il y avait d’abord des évidences. Eye Haïdara, avec qui j’avais déjà travaillé sur la série En thérapie, est une actrice exceptionnelle. Claire Chust s’est imposée très naturellement pendant les essais qu’on a menés avec ma directrice de casting Brigitte Moidon, avec qui je travaille depuis longtemps. Elle était la seule à avoir à la fois cette drôlerie, cette douceur et cette intelligence très instinctive du texte. Concernant Daniel Auteuil, on a failli travailler ensemble plusieurs fois sans que ça se fasse. Mais j’ai senti que ce film était le bon. Il apportait immédiatement quelque chose d’évident au personnage. Et puis, il y a beaucoup d’acteurs que j’ai découverts au théâtre, comme Lucie Gallo, Loïc Legendre ou Oussama Kheddam, que j’avais très envie de filmer depuis longtemps.

“Les gens qui pensent détenir seuls la pureté ou la vérité me semblent souvent dans une forme d’illusion.” Agnès Jaoui
Dans L’Objet du délit, aucun personnage n’est totalement irréprochable ni totalement coupable. Était-ce important pour vous d’éviter toute forme de caricature ?
Totalement, parce que personne n’est totalement irréprochable. Les gens qui pensent détenir seuls la pureté ou la vérité me semblent souvent dans une forme d’illusion, et parfois même dans quelque chose de dangereux. Pour l’écriture de ce film, je me suis aussi inspirée de situations et de personnes que j’ai pu observer ou connaître moi-même.
Il s’agit de votre sixième film en tant que réalisatrice. Avez-vous le sentiment que votre regard a évolué dans la manière d’aborder les sujets de société ?
Oui, forcément. Quand j’étais plus jeune, j’étais sans doute plus convaincue d’avoir raison.

“Le Festival de Cannes est une vitrine immense et c’est sans doute la plus grande fête du cinéma au monde.” Agnès Jaoui
L’Objet du délit est un film éminemment politique. Pensez-vous que le public attend aujourd’hui du cinéma qu’il prenne de plus en plus position ?
Je ne pense pas que le public “attende” quoi que ce soit du cinéma, ni qu’il lui doive quoi que ce soit. Un film n’a pas forcément à délivrer une position ou une leçon. Mais si, après une projection, les gens ont envie de débattre, de discuter, de se confronter à des idées ou à des émotions, alors oui, je trouve que c’est quelque chose de très précieux.
Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026. Quel rapport entretenez-vous avec cet événement ?
Le Festival de Cannes est une vitrine immense et c’est sans doute la plus grande fête du cinéma au monde. Mais au-delà de ça, j’étais surtout heureuse à l’idée de partager ce moment avec cette équipe, ces acteurs et ces actrices que j’aime énormément. La vie est courte, alors quand un film permet de vivre une joie collective comme celle-là, il faut simplement en profiter.

“ La vie est courte, alors quand un film permet de vivre une joie collective comme celle-là, il faut en profiter.” Agnès Jaoui
Quel est le moment du Festival de Cannes que vous attendez toujours avec plaisir ?
Ce moment, juste avant une projection, quand on va vérifier le son et l’image dans une salle encore vide. Il fait nuit, il n’y a presque personne, juste le projectionniste, quelques membres du festival… et cette immense salle silencieuse. C’est souvent ce moment-là qui me vient à l’esprit quand je pense à Cannes.
Après ce film, quels sont vos projets en tant que réalisatrice, mais aussi en tant qu’actrice ?
En tant que réalisatrice, je ne sais pas encore vers quoi je vais aller, donc ça reste assez ouvert. Et pour mon prochain tournage en tant qu’actrice, il s’agit d’un premier film dans lequel je vais incarner une femme de mon âge qui entretient une relation avec un homme beaucoup plus jeune. D’ailleurs, j’aurai pour la première fois une coordinatrice d’intimité dans ce contexte, et je trouve ça assez réjouissant.
L’Objet du délit d’Agnès Jaoui, au cinéma le 27 mai 2026. Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026.