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Drag Race France : qui est Malawitte, la drag queen adoubée par Theodora ?
Devenue une émission culte en France comme à l’international, Drag Race revient pour une quatrième saison sur France 2 disponible à partir du mercredi 8 juillet 2026. Cette année, dix nouvelles drag queens s’affrontent pour décrocher la couronne, dont Malawitte, première candidate cisgenre et lesbienne de l’histoire du programme. Rencontre avec celle qui est aussi une créatrice de mode ayant habillé Theodora.
propos recueillis par Lucas Barnier Piffault,
et Ambra Flora.

“We’re all born naked, and the rest is drag” : Voici l’un des nombreux mantras de RuPaul souvent déclamés dans son émission RuPaul’s Drag Race, émission américaine culte devenue un phénomène mondial, et déclinée dans plus d’une vingtaine de pays. Depuis 2022, c’est ainsi au tour des drag queens francophones de participer au concours lancé par France 2, sous la houlette de Nicky Doll (elle-même ancienne candidate de la version américaine.) Une adaptation qui a contribué à faire connaître la culture drag en France.
Drag Race France 2026 : que nous réserve la nouvelle saison de l’émission ?
La quatrième saison, qui démarre ce mercredi 8 juillet dès 22h45 sur France 2, sera portée par Nicky Doll, Daphné Bürki, Loïc Prigent et Anggun. Et Isabelle Adajni en sera la marraine. Chant, couture, comédie, danse, lip sync…. Dix reines s’affronteront une nouvelle fois dans Drag Race France.
Cette année, l’émission accueille sa toute première drag queen cisgenre et lesbienne, Malawitte. Comme elle l’explique en une phrase dans sa vidéo de présentation : “Le drag n’est pas une question de genre.” Rencontre avec une candidate qui pourrait bien marquer l’histoire du programme.
L’interview de Malawitte, la drag queen de Drag Race France qui a habillé Theodora
Numéro : Vous êtes la première drag queen cisgenre et lesbienne à participer à l’émission Drag Race France. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Malawitte : Cela représente tout ce que je n’avais encore jamais vu dans le paysage médiatique. Une femme cisgenre, lesbienne, en plus métisse, c’est quelque chose que je n’avais encore jamais vu à la télévision. Et pouvoir être cette représentation, essentielle pour d’autres personnes, c’est une grande fierté. J’ai envie de montrer tout ce que je sais faire. Et qu’on a notre place, à la télé, dans les médias… partout.
Il y avait déjà eu des drag queens cisgenres dans d’autres émissions que la version française. Mais pas chez nous…
Je savais que c’était quelque chose de nouveau, même dans ce milieu-là. Au départ, avant de dire que j’étais une drag queen, je disais que j’étais une performeuse. Je ne savais pas comment me catégoriser. Je n’avais pas forcément de drag mother ou d’exemples autour de moi. Le manque de représentation m’a parfois fait douter de ma légitimité. C’était un peu dur d’avoir cette confiance, d’assumer. De dire : Oui, je suis une drag queen ! Et plus tard, au fur et à mesure, il a fallu que moi aussi, je prouve ma place dans ce milieu. Avec le recul, je me dis que ce n’était pas forcément une mauvaise chose. Le drag demande énormément de travail, et ces doutes m’ont poussée à en faire toujours plus. J’ai travaillé dix fois plus pour arriver là où je suis aujourd’hui. Et je peux dire qu’en seulement trois ans de carrière drag, j’ai réussi à rejoindre Drag Race France.

La première candidate cisgenre et lesbienne de Drag Race France
Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à l’émission ?
C’est le drag de manière générale qui m’a donné envie de participer à l’émission. C’est comme ça que j’ai découvert Drag Race France. J’ai commencé à regarder RuPaul’s Drag Race il y a plusieurs années. Je suis tombée amoureuse de cette pratique. Et quand c’est arrivé en France, je me suis dit que c’était fait pour moi. C’est une émission qui mélange tout ce que j’aime, soit la mode, l’art, le make-up, la danse et la comédie. Bref, toutes ces passions que j’avais en grandissant. Participer à Drag Race France m’a paru logique.
Comment se sont passés vos débuts dans l’univers du drag ?
Ça a commencé un peu pas à pas. J’ai allié ballroom et drag en même temps. Je commençais à habiller des queens qui participaient à la scène ballroom et ce sont elles qui m’ont introduites au monde du drag à travers des clubs et des bars… C’est comme ça que j’ai commencé à performer et à voir qu’il y avait d’autres styles de drag que ce que je voyais à la télévision, notamment des drag kings et des femmes cisgenres qui faisaient du drag. C’est en discutant, en m’entourant, en sortant de chez moi, que j’ai vu qu’il y avait tout cet univers. Et je me suis dit, pourquoi pas moi ?
“J’ai travaillé dix fois plus pour arriver là où je suis aujourd’hui.” Malawitte
Pourquoi avoir choisi le nom de scène Malawitte (elle est franco-malawite, ndlr) ?
Oui ! Au départ, ce n’était même pas un nom de scène. C’est un nom que j’utilisais quand j’étais au lycée. J’ai grandi en Picardie, dans un environnement dans lequel j’étais surtout entourée de personnes blanches. J’avais besoin de me réapproprier ma culture. Moi, je ne suis pas blanche. Je suis métisse. J’avais envie de représenter ce côté malawite que j’avais en moi. J’ai commencé à utiliser ce nom sur les réseaux, sur Instagram notamment, comme une façon de revendiquer cette part de moi. Et finalement, ça m’a suivie depuis. Le nom Malawitte, c’est ce qui me représentait le plus. Il avait un côté audacieux, une manière de dire qu’on ne peut pas effacer ma culture et mes origines. Et ce nom permet de créer plein de jeux de mots.
On vous connaît aussi en tant que drag king sous le nom de Malaking ?
Oui et non. Je pense que les deux ont un côté très mode et féroce. Mon personnage de drag king a aussi une identité visuelle originale et j’essaie de m’amuser avec son style. En revanche, quand j’ai commencé à faire du drag king, je me suis rendu compte que ma manière de m’exprimer sur scène était différente de celle de mon personnage de drag queen. Je m’amuse à faire des choses auxquelles on ne s’attend pas forcément. Ce qui change surtout, c’est ma façon de me mettre en scène. Malaking est aussi un personnage plus séducteur.

“Le drag m’a permis de concrétiser tous ces rêves. ” Malawitte
Est-ce que le drag a changé votre vie ?
Oui, ça a changé toute ma vie ! Avant, j’étais plutôt réservée, introvertie. J’avais plein de rêves, mais je n’osais pas forcément les réaliser. J’ai l’impression que le drag m’a permis de concrétiser tous ces rêves. Je rêvais d’être designeuse. Grâce au drag, je peux l’être. Je rêvais d’être artiste, danseuse. Avec le drag, je peux l’être aussi. Finalement, tout ce dont je rêvais, le drag m’a permis de le réaliser. C’est un super-pouvoir.
Est-ce que vous créez toutes vos tenues vous-même ou est-ce que vous faites parfois appel à d’autres designers ?
Au début, je créais vraiment tout moi-même. Maintenant, comme tout a beaucoup grandi, surtout avec Drag Race France, donc je fais appel à d’autres personnes. J’appelle ça le Malacrew, ou la Malateam. Ce sont surtout des amis. Beaucoup de mes proches sont dans le même milieu, comme mon amie Pimambre qui m’a énormément aidée pendant Drag Race France tout comme la drag queen Gaïa Impérial. Avec tous les projets et tous les looks que je dois présenter, c’est agréable de pouvoir compter sur un peu de soutien de temps en temps. Mais tout reste homemade.
Une créatrice qui a habillé Theodora
Vous êtes aussi créatrice de mode et vous avez habillé la chanteuse Theodora. Pourriez-vous nous parler de vos créations ?
Je dirais qu’elles sont alternatives, punk, baroques, glamour et parfois vintage. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime bien habiller des artistes drag ou des chanteuses comme Theodora. J’aime les robes volumineuses, les corsets, les grands chapeaux, les plumes, mais associés à des tissus beaucoup plus rock’n’roll. J’aime aussi aller chercher mes tissus en recyclerie. Je crée avec ce que j’ai et ce que je trouve.
Quelles sont vos icônes de mode ?
Les drag queens et des maisons et des marques de luxe un peu subversives ou théâtrales telles que Jean Paul Gaultier, Vivienne Westwood, Mugler ou encore Alexander McQueen.
Quelle importance tient le maquillage dans votre vie ?
Un de mes rêves, était de pouvoir devenir make-up artiste. Pendant un petit moment, je maquillais des gens pour des shoots. J’adore le make-up. Que soit en civil ou en drag, c’est la deuxième facette de ma carapace. Les vêtements, sont la première partie et le maquillage, est la deuxième. C’est comme si je pouvais dessiner sur moi et juste à un moment presque contemplatif.

Une drag queen influencée par Madonna et Vivienne Westwood
Quelles sont vos plus grandes inspirations artistiques ?
La mode et la musique aussi. J’aime des artistes comme Madonna, des femmes fortes qui prennent la place. Même si je ne voyais pas forcément à la télévision des personnes qui me ressemblaient, je voyais des femmes incroyables s’imposer dans des milieux dominés par les hommes. Elles m’ont inspirée, d’autant plus que Madonna soutenait aussi la communauté LGBT.
Si vous deviez faire passer un message avec Malawitte, ce serait lequel ?
Mon message, ce serait de toujours continuer à rêver grand. On a parfois l’impression que ce sont les autres qui nous mettent des bâtons dans les roues, alors que souvent, c’est nous-mêmes qui nous limitons. Il faut croire en soi et ne pas avoir peur de viser haut.
La nouvelle saison de l’émission Drag Race France est diffusée à partir du 8 juillet 2026 sur France 2.