4 juin 2026

Yuksek nous dévoile les coulisses de la confection d’une BO de film

DJ et producteur phare de la scène électro française, Yuksek s’impose aujourd’hui comme un compositeur recherché par les réalisateurs de films et de séries. Des séries En thérapie, La Maison et Grégory aux loongs-métrages Mata, Les Fantômes et Marguerite et Julien, il compose des bandes originales sensibles et immersives. Il revient pour nous sur cette évolution artistique, son processus de création et ses multiples inspirations, entre musique, image et photographie.

  • propos recueillis par Violaine Schütz.

  • L’interview du DJ et compositeur Yuksek

    Numéro : Vous êtes connu en tant que DJ et producteur, mais de plus en plus, vous vous tournez vers la musique de films et de séries. Comment est-ce arrivé dans votre vie ?

    Yuksek : C’était un parcours assez logique, je crois. J’ai étudié le piano et l’harmonie au Conservatoire pendant dix ans, puis j’ai oublié tout ça et j’ai plongé totalement dans la musique de danse, au sens large. Après quinze  ans passés dans ce mood-là, j’ai eu envie de revenir à la composition et de collaborer avec des auteurs et réalisateurs. Mais je fais toujours danser les gens par ailleurs.

    Quel est le processus de la composition de la bande originale de film ou de série ?

    Ça n’a pas grand-chose à voir avec le fait de produire des morceaux pour moi. Les réalisateurs font généralement appel à moi avant de commencer le tournage. Souvent, ils n’ont pas une idée précise de la musique qu’ils veulent, mais ils évoquent plutôt des sentiments, des couleurs et des envies d’orchestre ou de minimalisme, de pureté ou de saturation par exemple… L’idée est alors d’interpréter leurs souhaits plutôt conceptuels et de les mettre en musique.

    Yuksek – Tonight (2009).

    De l’électro en club aux bandes originales de films et de séries

    Et y a-t-il de vraies différences entre la création d’une BO de film ou d’une BO de série ?

    Généralement, je ne peux pas travailler seul sur les séries, car les épisodes sont montés en même temps. Alors, j’ai un assistant pour le montage et l’arrangement. Sur les films, par contre, je travaille seul. Quant à la musique elle-même, la composition est souvent plus précise sur les longs-métrages car on a plus de temps.

    Comment adaptez-vous votre identité sonore à l’ADN d’un réalisateur ?

    Il faut savoir écouter et se projeter. J’ai autant envie de composer pour un orchestre que de produire quelque chose de minimal avec des instruments électroniques… Mon identité est dans la composition elle-même, les accords, les harmonies et la façon de présenter les sentiments.

    Composer une BO : un processus créatif à part

    Vous attendiez-vous à un tel succès lorsque vous avez composé la BO de la série En thérapie ?

    Pas du tout ! Plusieurs compositeurs étaient sélectionnés et j’étais au tout début de cette carrière de compositeur pour des films et des séries. Je pensais sincèrement avoir aucune chance d’être retenu. Aujourd’hui, les gens se sont appropriés ce thème musical et on m’en parle très souvent.

    Pourriez-vous nous parler de la conception de la BO du film Mata de Rachel Lang, dans lequel on retrouve Eye Haïdara, Joséphine Japy et Raphaël Personnaz ?

    Il fallait être dans les codes des films d’espionnage, mais en trouvant une singularité dans les sonorités. Il y a aussi un thème principal décliné de différentes façons qui va chercher des sentiments plus profonds et moins dans l’action. Globalement la musique reste très attachée au personnage principal. Et c’était un bonheur de travailler avec la réalisatrice, Rachel Lang.

    Yuksek – Hypra-Sensorial (feat. Voyou, Páula) [Bellaire Remix] (2025).

    L’homme derrière la musique d’En thérapie et de Mata

    Le milieu du cinéma ressemble-t-il à celui de la musique ?

    Non, c’est une très grosse industrie qui regroupe une multitude de corps de métiers. C’est plutôt passionnant et relativement dur.

    Quels sont tes BO de films préférés ? 

    Pas vraiment pour être honnête. Généralement j’entends la musique sur un film quand elle me dérange. La musique est là pour servir un propos. À part les grands thèmes classiques qui ont tendance à être moins à la mode dernièrement, je n’écoute pas de musiques de films pour m’en inspirer.

    Y a-t-il un réalisateur avec lequel vous rêveriez de collaborer ?

    Xavier Dolan, Dominik Moll, Céline Sciamma, Paul Thomas Anderson… En toute humilité évidement…

    Pourriez-vous nous en dire plus sur ce que vous préparez pour la Nuit Blanche, ce week-end ?

    Nous avons créé sous l’impulsion de la Philharmonie de Paris et avec le chorégraphe Olivier Dubois une version du Boléro de Ravel pour 30 danseurs. La première a eu lieu l’an dernier et nous rejouons le spectacle cette année à quatre occasions, dont la Nuit Blanche au Carreau du Temple, à Paris.

    Ses aventures en tant que photographe

    Vous êtes aussi photographe. Quelle place occupe cette pratique dans ta vie ? 

    Une place importante ! J’ai toujours un appareil dans la poche, et j’essaie de me garder des moments dans l’année qui ne sont dédiés qu’à ça, généralement dans des endroits que je ne connais pas. Je prends en photo ce qui attire mon œil et ce qui me fait ressentir une émotion. Mon premier livre paru en 2024 était consacré au Liban (Beirut Ma Bet Mout aux éditions du Bec en l’air), celui de l’an dernier sur les voyages en ferry à travers le monde (Coast to coast aux éditions Process) et je sors début juin un nouveau livre, Surface, sur le tennis sous l’angle des couleurs, de l’architecture et globalement sur les petits clubs de province, un peu partout dans le monde.

    Mata (2026) de Rachel Lang, actuellement au cinéma.