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Joséphine Japy et Eye Haïdara nous racontent le thriller d’espionnage palpitant Mata
Ce mercredi 27 mai 2026, Eye Haïdara et Joséphine Japy sont à l’affiche de Mata, le nouveau thriller d’espionnage de Rachel Lang (Mon légionnaire, Baden Baden). Également réserviste opérationnelle dans l’armée française depuis plus de vingt ans, la réalisatrice y entraîne ses actrices dans l’univers opaque et fascinant de la DGSE, loin des codes spectaculaires du film d’espionnage traditionnel. À cette occasion, les deux comédiennes se sont confiées à Numéro sur leur rencontre avec le cinéma de Rachel Lang et leur manière d’aborder ces personnages troubles et insaisissables.
propos recueillis par Nathan Merchadier.
L’interview de Joséphine Japy et Eye Haïdara, stars du film Mata
Numéro : Dans le film Mata, vous incarnez deux agents de la DGSE plongées dans une enquête trouble et politique. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre l’univers le casting de ce thriller d’espionnage ?
Eye Haïdara : Ce qui m’a d’abord convaincue, c’est la qualité du scénario. C’était un texte très équilibré et solide. Le genre cinématographique du thriller m’a également intriguée, car je ne l’avais encore jamais exploré. Enfin, le personnage de Mata traverse des dilemmes à la fois moraux, politiques et géopolitiques, et je sentais qu’il y avait quelque chose de vertigineux à jouer là-dedans.
Joséphine Japy : Oui, il y avait évidemment l’écriture, mais aussi ce paradoxe que je trouve passionnant dans le cinéma de Rachel Lang, la réalisatrice. Mata emprunte les codes du thriller d’espionnage, tout en restant ancré dans quelque chose de très intime et quotidien. Ce qui est beau, c’est que l’on suit une femme qui évolue dans un univers exceptionnel, mais qui doit malgré tout rentrer chez elle, gérer sa vie et son intimité. Le film montre constamment l’écart entre ce que ces personnages donnent à voir au monde et ce qu’ils vivent seuls. Et puis il y avait aussi tout l’univers des agents secrets à explorer. C’était un terrain de jeu totalement nouveau pour nous.
Eye Haïdara : On est surtout entrées dans le film par le regard de Rachel. C’est quelqu’un qui entretient elle-même une forme de mystère. Elle nous disait être réserviste dans l’armée de terre… mais à force, on finissait presque par se demander si ce n’était pas une légende inventée pour brouiller les pistes. C’est drôle, mais ça raconte aussi quelque chose du film. Cette idée que l’on ne sait jamais complètement qui sont les gens. Et Rachel apporte exactement ça à son cinéma.

“Dans Mata, on est très loin de l’imaginaire des films à la James Bond.” Joséphine Japy
Eye, votre personnage est marqué par des blessures passées, loin de certains rôles plus solaires que vous avez pu jouer. Comment avez-vous abordé ce changement de registre ?
Eye Haïdara : Je ne crois pas qu’un personnage plus intérieur demande forcément plus de travail qu’un personnage solaire. Dans les deux cas, il faut surtout réussir à intégrer son histoire et à la traverser sincèrement. Pour celui de Mata, je suis beaucoup passée par l’idée de résilience. C’est vraiment ce qui m’a guidée pour comprendre le personnage, même si ce n’est pas forcément ce qu’on perçoit immédiatement à l’écran. Et puis Rachel avait aussi partagé avec moi des éléments très personnels qui ont nourri le rôle. Même si tout n’apparaît pas dans le film, ça m’a permis de comprendre d’où elle venait émotionnellement.
Le film montre un milieu de l’espionnage très éloigné de l’image spectaculaire à laquelle il est souvent associé au cinéma. Comment cela a-t-il influencé votre manière d’aborder vos rôles ?
Joséphine Japy : Ce qui est passionnant dans Mata, c’est justement qu’on est très loin de l’imaginaire flamboyant des films à la James Bond. Ici, l’espionnage apparaît comme beaucoup plus discret, presque banal. Les agents se cachent derrière des vies extrêmement ordinaires, dans des pavillons anonymes, des décors du quotidien. Leur travail consiste à inspirer confiance tout en devenant immédiatement oubliables. Si quelqu’un vous croise, il ne faut surtout pas qu’il se souvienne de vous quelques minutes plus tard. Pour une actrice, c’est un terrain de jeu intéressant, parce que notre métier consiste souvent à laisser une trace, à marquer les gens. Là, c’était presque l’inverse. Il fallait se fondre dans le décor, disparaître derrière une apparente normalité. Et ça change complètement la manière d’aborder le jeu.

“Il y avait quelque chose de très émouvant dans ce rôle de maîtresse de cérémonie au Festival de Cannes”. Eye Haïdara
Eye, cette année, vous étiez maîtresse de cérémonie au 79e Festival de Cannes. Qu’est-ce que représentait pour vous cet autre rôle ?
Eye Haïdara : C’était très vertigineux comme proposition. On dit oui tout de suite sans réfléchir, parce que si on réfléchit trop, on dit non. J’ai traversé toutes sortes d’émotions en même temps. J’étais contente et très excitée. J’ai été angoissée, et j’ai aussi douté. Mais je crois surtout que c’est un moment très rare dans une vie. Et au-delà du côté impressionnant, il y a quelque chose de très émouvant dans ce que ce rôle représente. C’était une expérience unique, très exposée évidemment, mais aussi profondément joyeuse.
Joséphine, vous étiez présente l’an dernier au Festival de Cannes pour présenter Qui brille au combat, votre premier film en tant que réalisatrice. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?
Joséphine Japy : Cette année a été folle et je suis passée par plusieurs phases. Pour vous dire la vérité, je commence tout juste à m’en remettre émotionnellement. La projection de ce film au Festival de Cannes a été tellement émouvante pour moi, à tel point que je m’en souvenais à peine. On dit tout le temps que réaliser un film, c’est une forme d’accouchement, mais c’est quand même très vrai. Et j’ai littéralement physiquement accouché aussi. J’avais l’impression de vivre une double naissance en même temps. Avec le recul, je crois que je profite davantage de cette expérience aujourd’hui qu’au moment où je la traversais. Mais ça reste quelque chose de très puissant.

Eye, vous étiez également présente sur la Croisette cette année pour défendre L’Objet du délit d’Agnès Jaoui. Qu’est-ce qui vous a touchée dans ce projet ?
Eye Haïdara : D’abord, il y avait le fait que ce soit un film d’Agnès Jaoui. J’étais très heureuse de retravailler avec elle. Et puis le scénario était extrêmement intelligent, très fin dans sa manière de regarder notre société et les discours qui la traversent. Agnès a une façon très juste de filmer les rapports humains, notamment entre les générations, sans jamais tomber dans quelque chose de caricatural. Je trouve qu’elle avance toujours sur un fil très précis, surtout lorsqu’elle aborde des sujets délicats. Et puis le film parle du monde de l’opéra, du spectacle vivant… Un univers qu’on voit assez rarement au cinéma.
Mata (2026) de Rachel Lang, actuellement au cinéma.