17 Février

Peter Peter, le Québécois qui redéfinit les règles de la pop francophone

 

À 33 ans, le Québécois Peter Peter vient tout juste de livrer un troisième album de pop francophone teintée de variété et d'influences électroniques. Rencontre avec un nouvel astre de la musique française.

Par Marion Ottaviani, Portrait : Jules Faure

  • Portrait : Jules Faure pour Numero.com
  • Loin des stéréotypes de chanson à voix qu'on accole généralement au Québec, une nouvelle armée de visages enjôleurs et voix cristallines semblent prendre le pouvoir. Il y a quelques mois, nous croisions déjà la route d'Aliocha, qui dévoilait tout juste un album enchanteur aux accents pop et folk sorti chez Audiogram. C'est ce même label indépendant qui livre aujourd'hui le très abouti troisième disque de Peter Peter, figure discrète et studieuse installée à Paris depuis trois ans. A l'écoute des incandescents “Noir Eden” et No Man's Land”, le parallèle avec l'immense artiste français Christophe ne tarde pas à se faire ; textes truffés de références littéraires, musique inclassable entre pop, électro et variété... Un jeu d'assimilation tentant que le jeune artiste préfère pourtant éviter: « On m'a déjà comparé à Christophe par rapport au côté plutôt obscur et narratif de ma musique. J'ai d'ailleurs assuré certaines de ses premières parties début février. Cela dit, mon caractère solitaire m'empêche de m'identifier à une scène en particulier, je n'ai jamais eu ce besoin d'appartenir à une bande, d'être validé par un groupe. » L'histoire d'un chemin tracé « à côté » de la foule, dans un désir presque absolu de solitude et d'indépendance. « La musique a grandi en moi au fil du temps, c'est un processus intérieur difficile à partager. »

     

    Son deuxième opus “Une version améliorée de la tristesse” posait déjà les fondations solides de sa musique, avec ses mélodies imparables et sa jolie collection de singles (“Carrousel” en tête). Mais au moment d'aborder “Noir Eden”, l'envie de se retrancher pour pousser l'expérimentation plus loin s'est faite sentir.  « L'abum a été écrit dans un isolement presque total, je n'écoutais de musique que lorsque j'allais courir le matin et j'écrivais de 11h du matin jusqu'à 21h en suivant un rythme assez inhabituel pour moi, une vraie routine ». Difficile de mener une vie plus éloignée de l'adage sex, drugs & rock'n'roll, qu'on associe souvent à une énergie créative sans limite. « J'ai justement réalisé que cette rigueur n'était pas l'ennemie de l'inventivité, bien au contraire. Ayant une nature assez chaotique, me forcer à structurer mes idées m'a encore rendu encore plus productif. » Un revirement radical en lien direct avec son emménagement dans la capitale française. « Le côté labyrinthique de Paris faisait écho à mes pensées qui étaient elles-aussi plutôt sinueuses à l'époque. J'ai senti que c'était le bon endroit, car il me paraissait familier tout en représentant un véritable fantasme. »

     

Sa petite amie est alors le principal contact entre son appartement de Montrouge et le monde extérieur. Elle, et certains auteurs trouvent une résonance particulière dans l'imaginaire du compositeur. « J'ai beaucoup lu Philip K. Dick, qui est un auteur de science fiction. J'ai été très inspiré par sa représentation d'un monde illusoire, où chacun semble être drogué pour éviter de voir la vérité en face.» Le roman graphique Black Hole de l'américain Charles Burns attire également son attention. « Le personnage principal mis en scène par l'auteur est à moitié dans le coma, entre le rêve et la réalité. C'est assez proche du propos de “Bien Réel”, qui est un morceau nébuleux aux sonorités électroniques. Et c'est aussi une métaphore de mon état au moment d'écrire l'album. Il s'est passé quelque chose avec ces auteurs, le lien qui me reliait à eux était presque palpable alors que j'étais complètement immergé dans le processus de création. » A la fin de ce travail de longue haleine, le Québécois dit être allé si loin dans la solitude qu'il avait peur « de ne plus en revenir». 

 

Composition, écriture, interprétation, production... “Noir Eden” porte d'ailleurs sa patte à tous les niveaux. Un désir de contrôle presque irrépressible ? « Il est clair que je suis un vrai control freak. Mais cet album a complètement changé ma perception du rôle que j'avais à jouer – j'ai décidé d'en faire mon bateau, que je devais moi-même mener à bon port. J'aimais l'idée d'avoir une production presque « artisanale » pour au final la transposer dans des gros studios lors que l'enregistrement final. » Et au-délà de l'aspect technique, c'est le propos du disque lui-même qu'il veut alors préserver. « Le fil narratif était très important pour moi et je ne voulais pas trahir cette vision, cette continuité pour en faire une collection de chansons trop polissées. Avec la force des forces, j'avais peur qu'une production extérieure ne trahisse mon intention de départ. » Pari réussi puisque “Noir Eden” est l'ovni sublime, entre clarté et obscurité, dont la pop francophone avait besoin.

A retrouver sans faute au Café de la Danse le 27 février pour un live planant.

 

Numéro remercie l'hôtel Le Pigalle, 9 rue Frochot, Paris IXe.

 

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