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Le jour où André Leon Talley a fait du caftan son uniforme
Jusqu’au 31 octobre 2026, dans le petit village de Lacoste transformé en campus par l’université américaine SCAD, une sublime exposition nous plonge dans la garde-robe de l’influent journaliste de mode André Leon Talley, disparu en janvier 2022. Ami de toutes les stars et de tous les créateurs les plus en vogue de ces cinq dernières décennies, il incarne à lui seul tout un pan de l’histoire de la mode moderne. Pour l’occasion, Numéro revient sur l’histoire et l’importance d’une des pièces iconiques de son vestiaire : le caftan.
Par Camille Bois-Martin.
Publié le 8 avril 2026. Modifié le 10 avril 2026.

André Leon Talley, une silhouette iconique
Figure incontournable du monde la mode, André Leon Talley était aussi influent que fascinant. Son style et son phrasé mordant ont fait du journaliste américain, né en 1948 et disparu en 2022, un grand ponte de la presse spécialisée. Bras droit de Diana Vreeland au MET, ami et collaborateur d’Anna Wintour pour Vogue US, éditeur et contributeur de nombreux titres (W,The New York Times)…
Son parcours est presque aussi impressionnant que son carnet d’adresses, riche des contacts des célébrités et des couturiers qui ont marqué les dernières décennies. Mais son statut et son importance lui ont imposé de nombreuses épreuves, avant de pouvoir consolider son identité mode singulière. À commencer par ses célèbres caftans, qui incarnent aujourd’hui ses looks signatures.
Pourtant, parmi les premiers ensembles qu’André Leon Talley arbore au début de sa carrière, point de caftan. Mais plutôt des smokings parfaitement coupés, des chaussettes et des cravates colorées, ou encore des pantacourts et des vestes imprimées. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que le journaliste opte pour ces pièces enveloppantes et majestueuses.

Des vacances à Biarritz chez Karl Lagerfeld
En 1989, son grand ami Karl Lagerfeld l’invite à passer un mois de vacances dans sa villa à Biarritz. Confronté à sa silhouette changeante et aux caprices des tendances, André Leon Talley décide alors de repenser toute sa garde-robe. Ses attentes : des vêtements amples et confortables pour survivre aux chaleurs estivales de la côte Basque. Mais aussi des pièces assez élégantes et distinguées pour assister à la ribambelle de dîners et de soirées glamour organisées par le couturier.
Le journaliste décide alors d’arpenter les boutiques de mode africaine qui peuplent le quartier de Barbès à Paris. Il fait alors la rencontre d’un certain Monsieur Sy, un tailleur nigérien. Tout au long de l’été, il arborera les sept caftans commandés. Ainsi est née une silhouette qu’il ne quittera plus…
Derrière cette pièce mode, toute une symbolique s’installe dans l’esprit d’André Leon Talley. Si le caftan existait déjà dans la mode féminine, il revêt pour l’Américain l’idée d’une certaine grandeur.


Le caftan, signature mode d’André Leon Talley
Celui qui grandit dans la ville de Durham, en Caroline du Nord, s’imagine alors noble parmi les bourgeois, plaisantant à de nombreuses reprises sur leur aspect imposant, voire spectaculaire, inspiré par les capes et par les larges robes brodées, arborées notamment par les figures royales et aristocratiques au fil de l’histoire.
Face aux caftans richement brodés ou réalisés dans de somptueux tissus colorés d’André Leon Talley, les portraits du comte Charles Coote en costume de l’Ordre de Bath (1773-1774) ou du prince Alessandro Farnese (par Sofonisba Anguissola, vers 1560) nous viennent à l’esprit, comme une affirmation visuelle de leur statut social et de leur réussite. Et, dans ce cas précis, de l’influence mode de leur propriétaire…
Au sein de ses interviews, le journaliste compare même ce vêtement à une “armure”. Il recouvre entièrement son corps et lui serait en effet nécessaire afin d’affronter les cercles très fermés de la mode, mais aussi, et surtout, afin de s’imposer. Le journaliste de Vogue US retravaille ainsi toute sa garde-robe à partir de cette pièce. Au fil des années suivantes, chacune de ses apparitions est alors marquée par un caftan somptueux, imaginé sur-mesure par un couturier.

Une belle rétrospective au SCAD Lacoste
Au sein de l’exposition dédiée à André Leon Talley au SCAD Lacoste, on découvre la multitude de caftans commandés et arborés par ce dernier. Évidemment, Karl Lagerfeld en imagine de nombreux : d’une cape en faille de soie taupe Chanel pour le MET Gala de 2004, dévoilant au bout des manches la dentelle de sa chemise Charvet, à celle, iconique en taffetas de soie écarlate Chanel, portée en 2008 aux côtés de Venus Williams…
Chaque créateur projette en effet son imagination sur les looks du journaliste américain, dont le caftan se transforme progressivement en long manteau ouvert, en kimono ou en tunique. Des drapés, des imprimés et des ornementations décorent également les épaules, ou parfois la totalité de la surface du vêtement.
On pense notamment au caftan léopard Yves Saint Laurent par Tom Ford, à la sublime version Gucci par le même couturier en cuir surpiqué de broderies, ou encore à la pièce en faille de soie bleu électrique Balenciaga par Nicolas Ghesquière. Un look qu’il arbore au MET Gala en 2011, et auquel l’acteur Colman Domingo rendait d’ailleurs hommage, sur les prestigieuses marches de la même cérémonie, au printemps 2025.
Bref, autant de pièces uniques et imaginées spécifiquement pour André Leon Talley, qui incarnent, dans l’imaginaire collectif, son look signature, dont les plus beaux exemples, rescapés des enchères Christie’s organisées en 2023, sont aujourd’hui exposés jusqu’au 31 octobre au SCAD Lacoste.
“André Leon Talley. Le style est éternel”, jusqu’au 31 octobre 2026 au SCAD Fash Lacoste.