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Comment les visiteurs ont bousillé “Le Cri” de Munch

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Exposée au musée Munch d'Olso, la version de 1910 de la célèbre œuvre “Le Cri” d'Edvard Munch est soumise à une décoloration et une détérioration progressive. Un comité de scientifiques vient tout juste de déterminer la source du problème : la présence dans la peinture d'un pigment de mauvaise qualité, affecté par l'humidité de la respiration des visiteurs du musée.

Un individu au crâne chauve déformé par la terreur sur un pont en bois, deux mystérieux personnages debout derrière lui, un ciel rougeoyant dont les sinuosités se confondent avec les ondoiements de l’eau du fjord d’Oslo. Nul besoin de présenter Le Cri d’Edvard Munch, à ce jour encore l’une des peintures les plus connues et les plus chères au monde qui incarne avec puissance la naissance de l’expressionnisme pictural. Parmi ses cinq versions peintes par l’artiste norvégien, outre la première réalisée en 1893, la tempera – peinture diluée avec de l’eau ou autre liquide liant – sur carton de 1910 reste indéniablement la plus célèbre et la plus convoitée.

 

En 1963, près de vingt ans après le décès du peintre, le musée Munch est inauguré à Oslo. Au sein de sa collection se trouvent deux des cinq versions du Cri, dont cette fameuse tempera sur carton qui ne cesse d’être source d’inquiétude : après avoir été dérobée en 2004 puis retrouvée deux ans plus tard, les experts remarquent sa détérioration par la perte progressive de ses couleurs d’origine. Un comité de scientifiques issus du Brésil, de Belgique ou encore d’Italie se réunit alors afin de comprendre la source du problème. Pensant d’abord à l’effet de la lumière, ils réduisent l’exposition lumineuse de la peinture mais remarquent que la décoloration continue. C’est finalement en isolant l’œuvre du public pour l’examiner en détail que les scientifiques découvrent enfin le pot aux roses : la présence dans la composition d’une peinture jaune de cadmium qui, en réaction à l’humidité, provoque l’écaillement et l’effacement progressif des teintes.

 

Mais dans un musée où les œuvres sont soumises à des conditions de conservation attentives et des règles thermiques strictes, comment l’œuvre a-t-elle pu se dégrader ainsi? Comme l’explique le professeur Koen Janssens au quotidien britannique The Guardian, le sulfate de cadmium utilisé par Edvard Munch s’est révélé impur, dû sans doute à l’accès réduit du peintre à des pigments chimiques de qualité à l’orée du XXe siècle. Nul besoin d’un taux élevé d’humidité, donc, pour que la matière s’estompe : le dioxyde de carbone et le chlorure exhalés par la foule de visiteurs du musée agglutinés devant l’œuvre aura suffit à affecter la peinture. 

 

Une découverte qui tombe à pic alors que le musée Munch prépare son déménagement pour l’année prochaine, permettant ainsi d’anticiper la réduction du taux d’humidité dans ce nouveau lieu afin de protéger les œuvres. En attendant, Le Cri sera donc lui aussi soumis à la distanciation sociale.

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