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Art Paris : 5 artistes repérés dans la première foire d'art de l'année

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Ce mercredi 9 septembre, sous la verrière du Grand Palais, Art Paris Art Fair donnait le coup d’envoi de sa 22e édition, reportée cinq mois après ses dates habituelles. Une ouverture pas comme les autres pour cette première foire d’art française à se tenir post-confinement, qui semble toutefois déjà porter ses fruits. Si l'édition se trouve marquée par l'arrivée de galeries majeures du paysage français, à l'instar de Perrotin ou Karsten Greve, et par un parcours jalonné par des expositions personnelles d'artistes français, elle offre une fois de plus l'occasion de (re)découvrir des artistes de tous horizons, émergents comme plus établis. Focus sur cinq d'entre eux. 

Klara Kristalova sur le stand de la galerie Perrotin, Art Paris, 2020 © Photo : Claire Dorn / Courtesy of the artists & Perrotin

Participante d’Art Paris pour la toute première fois, la galerie Perrotin est l’une des grandes attendues de cette édition. Posté dès l’entrée, son stand a pignon sur foire et nous invite dans un jardin étrange. Entre deux arbustes apparaissent plusieurs petits personnages, animaux et créatures fantastiques en céramique émaillée, sculptés par l’artiste d’origine praguoise Klara Kristalova. Imprégnée par le folklore scandinave et les mystères que renferment les denses forêts nordiques, cette quinquagénaire installée en Suède imagine des écrins magiques où se croisent lutins, femmes à tête de chat ou de jument, homme-orchidée et chouettes menaçantes. Aux confins du kitsch, ses sculptures provoquent une entrée pour le moins surprenante sous la verrière du Grand Palais.

 

 

2. Les images-miroirs de Thomas Devaux à la galerie Bertrand Grimont

Thomas Devaux, “Dichroic Shopper 5.9”.

Thomas Devaux, “Totem 7.7”. 160  x 14 cm. Verre dichroïque, impression pigmentaire, feuille d'or

À quelques pas de là, c’est un tout autre univers qui attend le visiteur du stand de la galerie Bertrand Grimont. De chaque côté du stand se répondent les photographies de Thomas Devaux, qui, accrochées aux murs, génèrent un saisissant jeu de miroirs. C’est en imprimant ses clichés sur du verre dichroïque, dont la fabrication et l’apprêt de sa surface permettent d’émettre plusieurs couleurs différentes, que l’artiste crée cet aspect unique : le sujet semble y flotter dans un espace immatériel, confronté au reflet du spectateur lui-même qui s’ajoute à l'œuvre en la regardant. Repoussant ainsi les limites du médium et de l'image, ce jeune Français se fait le fervent émissaire d’une nouvelle photographie plasticienne où l’expérimentation règne en maître et produit des objets mouvants constamment redéfinis par leur environnement.

 

 

3. Les portraits énigmatiques de Rebecca Brodskis à la Septième Gallery

Rebecca Brodskis, “Endless Discussion” (2019). Diptyque, 146 x 228 cm. Huile sur lin

Un homme assis nous fixe. À sa gauche, le même apparaît, les jambes entremêlées à celles d’une jeune fille. Tous trois portent un même haut jaune et un bas noir, mais c’est sans doute l’arrière-plan orange vif qui happe immédiatement notre regard. Exposés par la Septième Gallery, ces personnages nous arrivent tout droit de l’imaginaire de Rebecca Brodskis, mais n’en sont pas pour autant créés de toutes pièces : d’après des visages marquants, croisés dans les rues ou retenus parmi ses proches, la jeune peintre française dessine des silhouettes lisses aux formes parfois anguleuses, qu’elle habille de tons froids et d’ombres profondes. En les fixant à l’huile sur lin devant ses fonds unis et colorés, à l’instar d’un Djamel Tatah, d’un Tim Eitel ou encore d’une Apolonia Sokol, elle les maintient dans son propre univers bidimensionnel et incite à se focaliser sur leur regard habité.

 

 

4. Les sculptures olfactives d'Antoine Renard à la galerie Nathalie Obadia

Antoine Renard, “Impressions, après Degas (#006)” (2019). Impression 3D de céramique, encre, immortelles séchées, fragrance (jasmin, muskarome), 70 x 20 x 35 cm

Antoine Renard, “Impressions, après Degas (#012)” (2019). Impression 3D de céramique, fragrance (methyl n-amyl ketone - tabac - ambrarome). 70 x 20 x 35 cm

Il y a encore quelques mois, une dizaine de petites silhouettes féminines produites en céramique à l’impression 3D peuplait le sous-sol du Palais de Tokyo, lors de son exposition consacrée à la scène artistique française. De ce lot de sculptures signées Antoine Renard, la galerie Nathalie Obadia n’en présente sur son stand plus que deux. Montées sur socle devant un majestueux tapis de l’artiste Laure Prouvost, ces femmes s'inspirent en réalité d'une seule sculpture controversée, La petite danseuse de 14 ans d’Edgar Degas, dont elles adoptent la pose. Mais le travail du plasticien français ne s’arrête pas là : en leur attribuant chacune une particularité, comme une tête modelée en argile ou quelques fleurs séchées collées, ainsi qu’une odeur chaque fois différente, du doux jasmin à l'âcre arôme du tabac, Antoine Renard parvient à synthétiser ses réflexions autour du corps et des représentations féminines à ses recherches sur le pouvoir psychologique et physiologique de l’olfactif, qui ici adopte un rôle prépondérant.

 

 

5. Les équilibres étonnants de Tulio Pinto à la galerie Un-Spaced

Tulio Pinto, “CUMPLICIDAD #8” (2016). Acier et verre soufflé

C’est sur le stand de la plateforme d’art en ligne Un-spaced que se poursuit cette sélection. Et s'y dévoile un véritable jeu d’équilibriste : dans un angle, une bulle de verre transparent est écrasée par une tige noire. Au sol, ce sont trois d’entre elles qui se voient aplaties par des plaques en acier, formant une intrigante sculpture feuilletée. Pour obtenir dans ses sculptures cette fragilité si maîtrisée, l’artiste brésilien Tulio Pinto fait preuve d’une précision déconcertante, étudiant avec attention les propriétés physiques et les compatibilités de tous ses matériaux, qu’ils soient naturels ou industriels. Fusionnés de la sorte, l’acier et le verre créent des compositions toutes en tension et bien plus lourdes qu’elles n’en ont l’air, le tout dans une esthétique résolument post-minimale.

 

Art Paris Art Fair, du 10 au 13 septembre 2020 au Grand Palais, Paris 8e. 

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