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On a testé le meilleur chef au monde chez Gucci à Florence

Food

Le chef 3 étoiles au Michelin Massimo Bottura dévoile la carte de son restaurant installé au sein du Gucci Garden à Florence, nouveau lieu phare de la maison italienne associant galeries d’exposition, boutiques et Osteria.

La Gucci Osteria par le chef étoilé Massimo Bottura, installée à Florence au sein du Gucci Garden récemment inauguré en présence d'Alessandro Michele.

“Est-ce que les touristes peuvent arrêter avec leurs capuccinos, leurs pizzas et leurs kebabs ?” s’emporte avec humour Massimo Bottura alors que l’Osteria Gucci dont il est responsable est inaugurée ce 9 janvier. Le meilleur chef au monde (selon le classement 2016 Fifty Best), 3 étoiles au Michelin avec son restaurant de Modène et star du premier épisode de la série Netflix “Chef’s table” a une toute autre ambition pour les visiteurs de la capitale de la Toscane.  Associé à la maison Gucci, il promet l’essence de sa cuisine dans une série de petits plats à déguster tout au long de la journée, entre 20 et 30 euros : un risotto crémeux aux champignons, des tortellinis au Parmigiano Reggiano, mais aussi une brioche garnie de poitrine de porc, “le meilleur des hot-dogs ou des burgers”… Alors ?

 


… Alors, malgré les quelques dizaines de places seulement de l’Osteria Gucci, il ne sera pas nécessaire de réserver un an à l’avance, voire d’envoyer une lettre de motivation (expliquant au chef les raisons pour lesquelles on mérite une place dans son restaurant), contrairement à son Osteria Francescana de Modène. Au banc d’essai côté cuisine, le plat signature de Massimo Bottura : les torellinis au Parmigiano Reggiano affiné 36 mois. “Mon secret ? confie le chef, je crée la sauce au Parmigiano Reggiano avec de l'eau. L’eau, c’est la vérité. Si j’utilise de la crème ou du beurre, nous perdrions le véritable goût du produit. Un goût que j’ai gardé en mémoire depuis mon enfance et que j’ai voulu reproduire ici. Si vous voulez promouvoir une cuisine bonne et saine, vous devez rester très attentifs au gras que vous utilisez !” Le résultat séduira les amateurs de fromage et de légèreté.

 

 

“Mon secret ? Je crée la sauce au Parmigiano Reggiano avec de l’eau.”

Les tortellinis au Parmigiano Reggiano affiné 36 mois.

Installée dans un palais faisant face au célèbre Palazzo Vecchio, la Gucci Osteria tente aussi la fast food revisitée : burgers et buns. “Le plus important, explique Bottura, est l’équilibre entre le pain et la viande.”  La brioche farcie à la poitrine de porc est une proposition du sous-chef Taka Kondo qui dirigera la cuisine à Florence. “La brioche buns est préparée dans un style chinois, commente Massimo Bottura, mais dans la bouche, le style est plutôt japonais, avec le goût du porc qui pénètre en profondeur dans la gorge.” C’est que la carte est une histoire collective : entrée réalisée par Ana Karime Lopez Kondo, dessert au chocolat imaginé en hommage au fils du chef.

 

 

“En tant qu’Italien, je suis d’une nature nostalgique, j’aime me tourner vers la cuisine traditionnelle. Mais je sais exercer un œil critique et la renouveler.”

 

 

“Mon fils me pose beaucoup de problèmes, s’amuse Bottura, mais il a une grande qualité : son amour du chocolat. Le dessert que nous proposons est constitué à partir de cacao du Venezuela, accompagné de glace, comme un Tiramisu. On y retrouve le goût du Nutella.” Mais sans l’huile de palme et les graisses saturées. Un chef-d’œuvre d’élégance, ni trop sucré ni trop gras. ” En tant qu’Italien, je suis d’une nature nostalgique, conclut le chef, j’aime me tourner vers le passé, vers la cuisine traditionnelle. Mais je sais exercer un œil critique et la renouveler pour créer de nouvelles traditions. Ici comme partout où nous intervenons, nous voulons proposer une expérience véritable de la cuisine, à partir d’ingrédients locaux, même si les inspirations viennent du monde entier.” 

Et les inspirations viennent surtout de la culture et du monde de l’art et de la musique chez Massimo Bottura. À l’instar de son filet de morue dans son bouillon d’encre de calamar servi à Modène, nommé “Tribute to Thelonius Monk” par ce grand amateur de jazz détenteur de plus de 12 000 vinyles. Depuis l’ouverture en 1995 de l’Osteria Francescana, les lieux ont accueilli des œuvres de Maurizio Cattelan, Matthew Barney… Sa célèbre tarte au citron comme éclatée sur l’assiette (“Oups, j’ai fait tomber la tarte au citron”) est même un hommage à une œuvre de Ai Weiwei. Rien d’étonnant à ce que Massimo Bottura ait accepté l’invitation à Florence, au sein d’un palais du XIVe siècle réinventé par Alessandro Michele pour accueillir des œuvres issues de sa foisonnante créativité et des artistes du monde entier. Toute la vaisselle du restaurant elle-même, inspirée par le prolifique directeur artistique de Gucci, est d'ailleurs proposée à la vente.

 

Gucci Osteria par Massimo Bottura, de 12.00 à 20.30 sur réservation. Les galeries d’exposition du Gucci Garden sont ouvertes de 10h à 19h30. 

 

Vue du Gucci Garden, inauguré le 9 janvier 2018 à Florence par Alessandro Michele en marge du Pitti Uomo.

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  • Zeitz MoCAA, le plus grand musée d’art contemporain ouvre ses portes au Cap

    C’est en Afrique du Sud, dans la ville du Cap, que le plus vaste musée du monde dédié à l’art contemporain africain vient d’ouvrir ses portes. Un événement célébré en grande pompe par le collectionneur Jochen Zeitz, qui lui prête sa collection, et la maison Gucci, très investie dans l’art.

     

    HeatherwickStudio, Iwan Baan.

    Et l’Afrique eut son grand musée d’art contemporain. Sous les applaudissements (et malgré quelques polémiques), le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa a ouvert ses portes fin septembre au Cap. L’événement est historique, à plus d’un titre. D’abord, la métamorphose d’anciens silos à grains du quartier des docks en une cathédrale de béton gigantesque représente une belle réussite architecturale. On la doit au studio anglais Heatherwick. Le bâtiment historique construit en 1921 a subi un travail titanesque d’excavation des 57 cylindres intérieurs en béton, particulièrement visible dans le sublime atrium. “Notre rôle a consisté à détruire plutôt qu’à construire, nous explique Thomas Heatherwick. Nous ne voulions pas traiter le lieu comme un mausolée, mais lui impulser énergie et assurance. Nous avons d’ailleurs commencé par enlever la couche de peinture à l’extérieur pour révéler, comme à l’intérieur, la magnifique couleur de son béton.” Le résultat rappellera aux visiteurs européens la Tate Modern, dans une version plus inspirée de l’esthétique d’Alien. Le musée, contrairement à sa consœur, profite surtout d’une situation géographique exceptionnelle, entre les rocs impressionnants de Table Mountain et l’Atlantique. Plus important, l’ensemble constitue la plus vaste institution du continent dédiée à l’art africain du xxie siècle : 9 000 m2 dont 6 000 m2 consacrés aux expositions, neuf niveaux, une centaine de galeries, un jardin de sculptures sur le toit…

     

    Après le pillage séculaire de ses objets artistiques par l’Occident, l’Afrique connaît aujourd’hui une autre forme de dépouillement.

    HeatherwickStudio, Iwan Baan.

    Mais l’essentiel ne réside pas dans la surenchère de chiffres. Comme l’explique Mark Coetzee, son directeur exécutif, ce musée, qui aura coûté 30 millions d’euros, “a pour première mission de s’assurer que les œuvres produites sur le continent africain demeurent sur le continent africain, ou qu’elles y reviennent”. Après le pillage séculaire de ses objets artistiques par l’Occident, l’Afrique connaît aujourd’hui une autre forme de dépouillement : les œuvres des artistes contemporains ne sont que très peu montrées dans l’environnement qui les a vues naître. Les photographies d’Edson Chagas ont valu au pavillon angolais d’être récompensé d’un Lion d’or à la Biennale de Venise en 2013. Jusqu’ici, elles n’avaient jamais été présentées sur le continent. On les trouve aujourd’hui installées dans les tunnels impressionnants du Zeitz MOCAA. Le gigantesque oiseau mythique qui surplombe l’atrium du musée ? Également une première en Afrique ! Pourtant, cette sculpture créée pour la Biennale de Venise en 2011 est une réalisation du Sud-Africain Nicholas Hlobo.

     

    “Si le musée est situé géographiquement au Cap, insiste Mark Coetzee, il dialogue avec les 54 pays du continent”

    Riky Rick wore a Gucci Fall Winter 2017 azure macro new flora printed technical jersey zipped jacket and an azure macro new flora printed technical jersey jogging pants, a Pre Fall 2017 belt bag in black matelassé chevron leather with GG detail, and a Cruise 2017 leather sole moccasin in black leather with horsebit and Union Jack detail. Louw Kotzewore a Pre Fall 2017 royal bluette technical jersey zipped jacket with GG Wallpaper print and a royal bluette technical jersey jogging pants with GG Wallpaper print, a Pre Fall 2017 flare madras coat with embroidery detail, and Brixton mini GG wallpaper shoes.

    Jody Paulsen wore a Gucci Pre Fall 2017 navy bomber jacket with white, red, and blue web and an embroidered panther, blue cotton pants with bordeaux web, white pin-point duke shirt with collar embroidery, and a black leather princetown shoes with web, GG detail and natural fur.

     

    Autre jeune artiste sud-africain à avoir obtenu  les faveurs du musée, Athi-Patra Ruga explique : “La plupart de mes œuvres, qu’il s’agisse de tapisseries, de sculptures ou de vidéos, sont monumentales. Et jusqu’à maintenant, il n’existait tout simplement pas de lieu sur ce continent pour les exposer. Elles passaient d’un musée en Europe à la maison d’un collectionneur.” À seulement 33 ans, il se voit ici consacrer une salle entière. L’ironie de la chose, qui n’a pas échappé aux commentateurs, est que les initiateurs du projet sont tous blancs, et même européens, comme c’est le cas de l’Allemand Jochen Zeitz dont l’impressionnante collection privée alimente le musée. Pour autant, à l’ouverture, personne ne boudait son plaisir devant l’exceptionnelle mise en lumière des artistes africains. Preuve de l’intérêt international suscité par ce projet, la soirée de vernissage était organisée par la maison Gucci (qui sait apparemment choisir ses partenariats puisqu’elle a également sponsorisé la soirée d’ouverture de l’excellente foire d’art contemporain Paris Internationale en octobre). Le rappeur à un million de followers Riky Rick pouvait ainsi assurer le show dans les couloirs, en total look Alessandro Michele, concurrencé par les danses endiablées du collectif Dear Ribane.

     

    Athi-Patra Ruga - Proposed Model for Tseko Simon Nkoli Memorial

    L’art africain était à la fête… reste à savoir ce que pouvait bien être un “art africain”. “Si le musée est situé géographiquement au Cap, insiste Mark Coetzee, il dialogue avec les 54 pays du continent, et avec le monde. Nous tenons à représenter des artistes du continent, mais aussi de la diaspora au sens large. Concrètement : l’Afrique et son influence.” Les stars américaines Glenn Ligon et Rashid Johnson (ou l’Anglais Isaac Julien) côtoient donc la géniale Sud-Africaine Zanele Muholi, El Anatsui (Ghana), Kudzanai Chiurai (Zimbabwe) pour ne citer que quelques-uns des plus passionnants. Dans un pays où l’apartheid a laissé des traces vives, particulièrement au sein d’une ville souvent décrite comme “peu africaine”, la question de la “diversité des voix” qui s’exprime au sein des musées reste éminemment sensible. L’institution n’en finit pas de souligner le nombre imposant de commissaires (21 pour le moment) et d’artistes invités, et sa capacité à porter leur voix dans le monde. “Le MOCAA est une plateforme formidable pour susciter de nouveaux dialogues en Afrique, et avec le monde, acquiesce l’artiste sud-africaine Thania Petersen. Mais le plus important n’est peut-être pas tant ce qui se passe aujourd’hui que ce que cela aura produit dans dix ou vingt ans.” Et ce dialogue n’a rien d’unilatéral. Du point de vue occidental, le musée est aussi une opportunité. Celle de faire entrer de nouvelles perspectives dans une histoire de l’art encore trop américano et eurocentrée.

     

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