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Qui est Noée Abita, la nouvelle muse du cinéma d’auteur ?
Son interprétation poignante dans Ava, l’histoire d’une jeune fille qui va perdre la vue, a lancé sa carrière en 2017. Après avoir enchaîné les rôles, notamment dans Le Roman de Jim des frères Larrieu et dans la série Merteuil, la brillante actrice de 26 ans vient d’entrer dans le cercle des acteurs adoubés par Christophe Honoré, et tourne dans son prochain film. Portrait d’une étoile montante du cinéma français.
par Olivier Joyard,
portraits P.A Hüe de Fontenay,
réalisation Rebecca Bleynie.

Noée Abita rejoint la troupe de Christophe Honoré
Depuis janvier, Noée Abita tourne dans Mariage au goût d’orange, le prochain film de Christophe Honoré, inspiré de sa pièce de théâtre Le Ciel de Nantes. Une première pour l’actrice, qui entre avec joie dans la troupe du réalisateur des Chansons d’amour. “Je me sens chanceuse. J’adore son cinéma et cette histoire me touche. Tous les personnages ont existé dans sa famille. Je joue Isabelle, une des sœurs…” Pour aborder ce rôle, la Parisienne s’est posé une foule de questions. “Ce n’est pas facile de trouver sa place dans un film choral. Quand on n’est pas au centre d’une scène, comment habiter les plans dans la largeur ? On se demande alors comment bouger…”
Ces interrogations, à la fois concrètes et théoriques, Noée Abita ne se les posait pas à ses débuts, en 2017, quand la réalisatrice Léa Mysius la choisit pour incarner l’héroïne de son film Ava, une adolescente en proie à un déficit visuel, qui découvre l’amour. “Je n’avais jamais fait quoi que ce soit. Je me laissais complètement porter.” Son travail s’est fixé sur le corps, les postures. “Comme Ava était plus jeune que moi – j’avais 16 ans, le personnage en avait 13 –, Léa me disait de faire des petits pas, pour que mon bassin de jeune femme adolescente bouge le moins possible. Pour préparer le film, on marchait, on mangeait ensemble. Ce n’était pas du tout un travail sur le texte.” Le résultat, poignant, a lancé sa carrière.

Une trajectoire déjà affirmée
Face à nous, Noée Abita parle avec un mélange de pudeur et de frontalité, alors qu’elle multiplie les rôles. On l’a vue chez les frères Larrieu, dans la série Merteuil, mais aussi dans Le Grand Bain, Les Passagers de la nuit ou la comédie Classe moyenne. L’actrice de 26 ans n’a plus rien d’une jeune première. Sa vocation est apparue tôt. “Je n’étais pas épanouie à l’école. Rencontrer des adultes créatifs qui m’écoutaient, curieux de ce que je pensais, a été une bouffée d’oxygène inouïe.”
Dans sa famille, le cinéma tenait une place centrale, comme d’autres arts. De quoi ouvrir des perspectives à la jeune femme, qui a préféré très vite se consacrer au cinéma d’auteur et à ses acrobaties esthétiques. “Ce que l’on choisit de filmer, pourquoi et comment on construit un film, tout cela me captive”, dit-elle, avant de préciser son approche du jeu. “D’un personnage, je peux me dire qu’il m’intéresse, mais aussi que je l’intéresse. Nous sommes un seul corps et en même temps, nous pouvons interagir. En jouant, je me situe dans un espace bizarre, entre rêverie et fantaisie.”

Un regard critique sur les imaginaires du cinéma
Cette capacité à rêver, Noée Abita ne la trouve pas forcément dans le cinéma majoritaire, même si elle revendique son amour des comédies. “Dans ce domaine, il est compliqué de trouver de bons rôles. Les films qui font le plus d’entrées proposent souvent un imaginaire misogyne et violent.” Entrée dans le cinéma au même moment que MeToo, la comédienne ne cache pas son sentiment mitigé quant aux changements de mentalités, même si elle reconnaît au septième art sa puissance.
“Quand j’ai tourné Slalom de Charlène Favier en 2020, sur les abus dans le sport, la parole a commencé à se libérer dans ce milieu. Mais le film avait été difficile à financer. Le cinéma a cette force de faire circuler des idées dans l’air, des images… qui peuvent être positives, mais aussi négatives, comme le male gaze et la culture du viol.”

“La haine, c’est une catastrophe, mais la colère est un sentiment noble.” Noée Abita
Celle qui dit aimer la mode et participe à des performances avec l’artiste Cham Lavant, revendique une vie créative même en dehors des tournages. “Je suis tout le temps en train de réfléchir à ce que je vais ressentir, à ce qu’un personnage va ressentir, à ce qu’on pourrait faire.” Fan de Kristen Stewart et de son premier film The Chronology of Water, qui a provoqué un choc en elle, Noée Abita prône la colère comme carburant.
“Je n’ai pas toujours su quoi en faire. Quand on est une fille, on ne nous apprend pas à être en colère. Aujourd’hui, je la mets dans mes rôles. La haine, c’est une catastrophe, mais la colère est un sentiment noble. Ça mène à des révolutions, à changer de vie, à faire des choix. Ma colère m’a maintenue en vie.”
Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré, prochainement au cinéma.
Crédits : Coiffure : Dalibor Vrtina. Maquillage : Mickael Noiselet avec les produits Dior chez Calliste Agency. Manucure : Marieke Bouillette chez Calliste Agency. Assistant photographe : Paolo Caponetto. Assistant réalisation : Thibaud Romain. Production : Alyssa Baranzelli chez Open Space Paris.