24 avr 2026

Le corps, sujet de cinéma et de débats au musée du Louvre

Désirant, hiératique ou sensuel… en écho à l’exposition “Michel-Ange Rodin. Corps vivants” au Louvre, le corps vu par les cinéastes prend ses quartiers à l’auditorium du musée, du 24 avril au 17 juin 2026, à travers une programmation de films incontournables.

  • Par Delphine Roche.

  • Le corps comme sujet de cinéma au musée du Louvre

    Exposition-événement du Louvre, “Michel-Ange Rodin. Corps vivants” confronte deux monstres sacrés de la sculpture pour examiner la façon dont l’un et l’autre ont su graver dans les matériaux durs de leur art, la vie intérieure fugace de leurs modèles vivants. Au-delà de ses proportions et de sa pure beauté, le corps devient alors, avec eux chair vibrante, inséparable de l’âme. En écho à cette manifestation incontournable, le musée propose ainsi un cycle de films où le corps devient un sujet à part entière, chorégraphié, sculpté par la lumière, sensible, sensuel ou hiératique.

    Le programme s’ouvre avec une projection de Beau travail de Claire Denis (1999), cinéaste souvent associée à un “cinéma du corps”. “Quand je prépare un film, je vais chercher des lieux qui deviennent comme des écrins pour les corps. En tournant Beau Travail à Djibouti, dans le désert, j’avais déjà cette impression fascinante”, déclarait en effet la cinéaste à Numéro dans une interview récente au sujet de son nouvel opus, Le Cri des gardes (2026).

    L’inoubliable solo de danse dans Beau travail de Claire Denis

    Dans cette œuvre devenue une référence absolue pour un grand nombre de cinéphiles, Claire Denis imagine des soldats de la très virile légion étrangère, postés au milieu du désert. Au sein de ce paysage sublime et aride, leurs entraînements et leurs rituels acquièrent alors un caractère absurde.

    Manifestement vaine, leur perfection minutieuse se teinte ainsi de mélancolie, et le théâtre masculin de l’exercice à la guerre se mue en une danse. Claire Denis s’est associée au chorégraphe Bernardo Montet pour mettre en mouvement de façon inoubliable les corps musclés de Grégoire Colin et de Denis Lavant. Il ponctue le film d’un solo de danse dont lui seul a le secret…

    De Médée à Jeanne d’Arc chez Pasoli et Dreyer

    Dans Médée (1969) de Pier Paolo Pasolini et La Passion de Jeanne d’Arc (1928) de Carl Theodor Dreyer, Maria Callas et Renée Falconetti deviennent icônes pour donner corps à deux immenses mythes féminins. Hiératique, la première incarne puissamment le tragique destin d’un monde ancien voué au sacré, qui se voit alors brutalement nié et effacé. Filmé par la caméra de Dreyer, le visage de la seconde envahit l’écran, toile sensible et ultra-expressive où passent tour à tour les émotions les plus intenses. Lors d’une séance de ciné-mix exclusive, le DJ et créateur sonore Prieur de la Marne accompagnera le chef-d’œuvre danois muet.

    À revoir également, L’Année dernière à Marienbad (1961) d’Alain Resnais, qui transforme un château et son parc en un espace quasi-abstrait où les corps évoluent comme autant d’acteurs d’un théâtre métaphysique. Autre film incontournable, Le Mariage de Maria Braun (1979) de Rainer Werner Fassbinder, critique de l’Allemagne de l’après-guerre où les rapports de pouvoir et de domination se traduisent jusque dans l’intime du désir.

    Des projections-performances exclusives

    Le regard des artistes sur les corps, par le truchement de la caméra ou via les trucages magiques du cinéma, sera également au centre des projections de La Belle noiseuse (1991) de Jacques Rivette, de La Belle et la bête (1946) de Jean Cocteau, et d’un documentaire de Jérôme Prieur, Rodin et Michel-Ange, le chant des statues (2024).

    Enfin, dans un format de projection-performance exclusive, deux voix féminines très actuelles examinent le regard que portent plusieurs artistes et cinéastes femmes sur leurs corps. La comédienne et historienne de l’art Hortense Belhôte, connue pour ses exégèses étonnantes dans la websérie documentaire Merci de ne pas toucher, dialoguera en effet avec Iris Brey, journaliste, autrice et critique de cinéma, célèbre pour son ouvrage Le regard féminin – une révolution à l’écran. Elle postulait en 2020 l’émergence d’un female gaze face au male gaze [regard masculin] qui a traditionnellement objectivé les corps des femmes depuis la naissance du cinéma.

    “Corps à l’écran”, cycle de films présentés du 24 avril au 17 juin 2026 à l’Auditorium du musée du Louvre – Michel Laclotte, sur réservation.

    “Michel-Ange Rodin. Corps vivants”, jusqu’au 20 juillet 2026 au musée du Louvre, Paris 1er.