3 fév 2026

Les confessions de Bastien Bouillon, star du nouveau film de Valérie Donzelli

De son rôle de flic sensible et tourmenté dans le film La Nuit du 12 à celui d’ancien photographe plongé dans la pauvreté dans le long-métrage À pied d’œuvre de Valérie Donzelli, qui sort au cinéma ce mercredi 4 février 2026, Bastien Bouillon ne cesse d’impressionner. Avant qu’il ne brille à l’affiche du blockbuster hexagonal Le Comte de Monte-Cristo, Numéro avait interviewé l’acteur césarisé. Retour sur une rencontre avec un comédien passionné (et passionnant).

  • par Nathan Merchadier.

  • Publié le 10 septembre 2025. Modifié le 1 avril 2026.

    Un lien avec Joséphine Baker

    L’acteur français Bastien Bouillon, 40 ans, est un homme installé, père de trois enfants. Ses fantasmes de jeunesse (même s’il a l’air toujours juvénile) sont derrière lui, mais il ne semble pas avoir perdu le goût du rêve. Il nous confie : “Enfant, c’est l’expression écrite que je préférais et dont je rêvais. J’écris encore de la poésie et maintenant, je commence à écrire le scénario d’un nouveau court-métrage. Je ne sais pas si j’écrirai un roman un jour. Mais il n’est jamais trop tard. » 

    À propos de son avenir en tant qu’acteur, celui qui incarnait avec sensibilité le commissaire Yohan Vivès dans le long-métrage La Nuit du 12 (2022) avoue : “Je ne suis pas snob. Je n’ai rien contre la télé. J’aimerais bien continuer à en faire. Je trouve ça bien de ne pas faire que des films à 4 millions d’euros qui s’adressent au même public, sinon les gens finissent par se lasser. En se diversifiant, on peut continuer à trouver de la saveur et de l’exigence dans son jeu.” 

    Ses succès récents auraient pu monter à la tête à Bastien Bouillon, mais rien n’y fait. Le comédien au visage enfantin et au timbre de voix si singulier reste imperturbable. Son arbre généalogique, lui aussi, aurait pu impressionner. Peuplé d’artistes (son père, Gilles Bouillon est metteur en scène de théâtre) mais aussi de (très) grands noms du siècle passé. L’acteur est en effet l’arrière petit neveu de la chanteuse et résistante Joséphine Baker.

    Au sujet de cette parenté lointaine, l’acteur français nous répond sobrement : “Je ne pense pas que cela ait eu une influence dans ma vie. À part peut-être quelque chose d’intime. Lorsque je vois un documentaire ou que je lis une BD sur Joséphine, je me dis : “C’est marrant qu’elle ait été présente à la naissance de mon père ou à celle de ma tante, que mon grand-père (chez qui j’ai rangé mon César d’ailleurs) ait été son assistant et son neveu.” C’est un personnage que j’aime. Elle a eu une carrière politique et artistique très courageuse donc c’est plutôt admirable. J’ai de la fierté mais qui relève un peu de l’illégitime, car je ne l’ai hélas pas connue.

    La bande-annonce du film La Nuit du 12 (2022).

    Malgré ce lien de parenté prestigieux, l’acteur est resté humble. On se souvient d’un jeudi matin du mois de mars 2023, où une silhouette longiligne aux cheveux ébouriffés pousse la porte d’un café dans le 18e arrondissement de Paris. L’homme saluait le patron du bar avant de se présenter à nous avec un grand sourire, vêtu d’un sweat imprimé du label du rappeur Jul (D’or et de platine). Il s’agissait de Bastien Bouillon.

    Depuis plus de 15 ans, il se fait remarquer pour ses apparitions dans des séries (R.I.S Police ScientifiqueDétectives ou encore Oussekine), dans des courts métrages (Jeudi 19Le Locataire) mais aussi plus récemment dans des films salués par la critique (2 automnes 3 hiversSeules les bêtes, Le Mystère Henri Pick).

    La reconnaissance sur le tard de Bastien Bouillon avec La Nuit du 12

    Mais depuis la cérémonie des César de février 2023, le nom de Bastien Bouillon semble avoir pris une tout autre dimension. Nommé dans la catégorie de meilleur espoir masculin aux côtés de (très) jeunes acteurs comme Paul Kircher (pour son rôle remarqué dans le film Le Lycéen) ou encore Aliocha Reinert (Petite Nature de Samuel Theis), c’est l’acteur originaire de Châteauroux qui remportera la statuette pour son rôle dans La Nuit du 12 (2022).

    Dans le thriller haletant de Dominik Moll, Bastien Bouillon se plonge avec une justesse déconcertante dans la peau d’un jeune commissaire de police tourmenté par une sombre affaire judiciaire. Le film est d’ailleurs devenu un phénomène, remportant plusieurs Césars dont celui du meilleur film de l’année 2022.

    Un rôle marquant dans Le Comte de Monte-Cristo

    Ce César marque une reconnaissance tardive pour celui qui suivait les classes libres du prestigieux cours Florent en 2007 et qui faisait ses premières apparitions à la télévision il y a déjà quinze ans de cela. “J’ai commencé par la télévision car j’avais un agent qui avait des contacts là-dedans à cette époque. J’ai fait de la figuration, des petits rôles dans des court-métrages puis des rôles dans des films. Mais La Nuit du 12 est finalement mon véritable premier grand rôle au cinéma” souligne-t-il à l’époque.

    En 2024, Bastien Bouillon fait son grand retour dans les salles obscures en se plongeant dans le rôle de Fernand Mondego (qui deviendra plus tard le Comte de Morcerf) un personnage historique et le dénonciateur d’Edmond Dantès dans le film à succès Le Comte de Monte-Cristo (2024) aux côtés de Pierre Niney et d’Anaïs Demoustier.

    La bande-annonce du court métrage Partir un jour (2021).

    Une partition romantique aux côtés de Juliette Armanet

    Lors de la cérémonie des César du 24 février 2023, le petit film Partir un jour de la réalisatrice Amélie Bonnin – dans lequel Bastien Bouillon est l’acteur principal – recevait aussi le prix du meilleur court-métrage de fiction. Aux côtés de l’incandescente Juliette Armanet, dans le rôle d’une caissière, il interprète le rôle d’un jeune écrivain, couronné d’un succès récent, qui rend visite à ses parents en Bretagne.

    Piquant, drôle et loufoque – les deux compères reprennent notamment le tube de l’année 1999, Tu m’oublieras de Larusso -, ce film d’une vingtaine de minutes explore le sentiment universel de “nouveau départ” dans sa dimension la plus large. Le nouveau départ suite à la fuite d’un microcosme familial à l’adolescence mais aussi celui d’un nouveau départ en tant que parent (les deux acteurs sont sur le point d’avoir un enfant, chacun de leurs côtés, dans le court-métrage).

    Ces grands moments de vie, Bastien Bouillon les a aussi éprouvés à l’adolescence (la vraie, pas celle des films). Il explique : “Mes voyages ont été mes grands départs. À 19 ans, je suis parti au sud du Sénégal par la terre. En stop, en car, en pirogue. J’y allais avec un but, faire du woofing (travail bénévole sur un terrain agricole en échange du gîte et du couvert, ndlr), sauf qu’il y a presque vingt ans, le concept était encore très peu développé en Afrique.

    Ce voyage m’a beaucoup marqué. Plus tard, lors de mon deuxième voyage, je n’avais pas de but spécial, à part d’aller au Japon pour rencontrer un maître Butō, une danse japonaise. Je voulais juste voir et voyager. Il n’y avait pas de but spirituel. Peut-être que j’étais simplement doux et romantique, que je voulais me chercher ou me trouver en voyageant. Mais c’était un peu bancal. C’est peut-être une fuite aussi, je ne sais pas. Mais c’est toujours plus dur lorsqu’on revient.

    La bande-annonce du film À pied d’œuvre (2026).

    Connemara et À pied d’œuvre, les derniers projets de l’acteur

    Après avoir été à l’affiche du film Partir un jour d’Amélie Bonnin, présenté en ouverture du Festival de Cannes 2025, Bastien Bouillon défendait le long-métrage Aux jours qui viennent, aux côtés de Zita Hanrot, sorti au cinéma le 23 juillet 2025. Dans ce long-métrage qui traite des violences conjugales, l’acteur incarne un père de famille toxique au tempérament sanguin. Une partition qui contraste avec le rôle de garagiste nostalgique qu’il endosse face à Juliette Armanet dans la suite du court-métrage Partir un jour… Avec laquelle il s’est imposé comme l’un des comédiens à suivre durant la 78e édition du Festival de Cannes.

    En septembre 2025, l’acteur irradiait l’affiche du film Connemara, adapté du roman de Nicolas Mathieu. Dans ce drame psychologique mis en scène par Alex Lutz, Bastien Bouillon tombait dans les bras d’Hélène (incarnée par Mélanie Thierry), une jeune femme qui quitte Paris pour revenir dans le village de son enfance. Un scénario dessinant le portrait d’une France fracturée qui fait d’ailleurs étrangement écho à celui de Partir un jour, présenté en grande pompe au Festival de Cannes il y a quelques mois…

    Ce mercredi 4 février 2026, Bastien Bouillon est de retour dans les salles obscures avec un autre projet poignant. Dans À pied d’œuvre, le nouveau film de Valérie Donzelli récompensé du prix du scénario à la Mostra de Venise 2025, l’acteur se plonge dans la peau d’un ancien photographe devenu écrivain, éprouvant des difficultés à finir ses fins de mois. Pour y pallier, il se lance dans divers petits boulots, qui le conduisent toutefois à côtoyer de très près la pauvreté. Un rôle de composition exigeant, qui confirme une fois de plus l’habileté du comédien à incarner des personnages complexes…

    À pied d’œuvre de Valérie Donzelli, au cinéma le 4 février 2026.