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La fontaine Stravinsky à Paris, entre art pour tous et folie des grandeurs
Cet hiver, Numéro art revient sur les projets les plus insolites organisés par des artistes à travers le monde et les époques. Retour ici sur la rocambolesque histoire de la fontaine Stravinsky, qui fut inaugurée une seconde fois en 2023 devant le Centre Pompidou.
Texte par Éric Troncy,
Illustration par Soufiane Ababri.

La fontaine Stravinsky : un projet joyeux, pour toutes et tous
Le 7 novembre 2023 fut inaugurée pour la seconde fois – quarante ans après sa mise en eau le 16 mars 1983, et au terme d’un chantier de rénovation qui dura presque deux ans et coûta 1,6 million d’euros – la fontaine Stravinsky. Située rue Brisemiche à Paris, dans le 4e arrondissement, elle est posée entre l’église Saint-Merri et le Centre Pompidou. “La fontaine Stravinsky est un élément de joie, à côté de son colossal voisin, le Centre Pompidou”, expliqua Jean Tinguely, co-auteur de l’œuvre avec Niki de Saint Phalle (de son vrai nom Catherine Marie-Agnès Fal de Saint-Phalle).
La fontaine rend hommage au compositeur russe Igor Stravinsky (1882-1971), et les 16 sculptures qui la composent portent toutes un nom qui évoque l’œuvre du compositeur : La Sirène, Ragtime, Le Chapeau de clown, Le Renard, Le Cœur, La Diagonale, L’Éléphant, La Vie, Le Rossignol, Le Serpent, La Mort, L’Oiseau de feu, La Clé de sol, L’Amour, La Spirale et La Grenouille. Elles sont réparties dans un bassin de 580 m2 (17 m de largeur sur 33 m de longueur).
Une œuvre ambitieuse signée Tinguely et Niki de Saint Phalle
Née d’une commande conjointe de la Ville de Paris, du ministère de la Culture et du Centre Pompidou, la fontaine – propriété de la Ville de Paris, qui doit veiller à son entretien – accumulait avec les années des signes de faiblesse. Les systèmes hydrauliques, mécaniques et électriques ont été restaurés, ainsi que le bassin et le banc en inox.
“Mon rêve, c’est que mes créations soient dans la rue, pour tout le monde, afin que les enfants puissent jouer avec elles. Elles sont pour tout un chacun”, affirmait Niki de Saint Phalle à propos de l’œuvre, et ajoutait : “Je veux avoir la folie des grandeurs pour prouver qu’une bonne femme peut faire les choses les plus importantes de son époque”.
Une restauration mitigée ?
À l’heure de son inauguration bis, le maire de Paris Centre, Ariel Weil, déclara : “Les fées se sont penchées sur ces œuvres, réalisées en l’honneur du compositeur russe Igor Stravinsky. C’est une gourmandise artistique, pleine de poésie urbaine qui nous est rendue, exactement semblable à ce qu’elle était en 1983, lors de son inauguration”.
Sauf qu’il en est une que ce discours politique (et son écart naturel avec la réalité) ne satisfait pas du tout. Pas de chance, c’est à elle que Niki de Saint Phalle avait laissé, à sa mort, le droit moral sur ses œuvres et sur celles de Jean Tinguely ! Bloum Cardenas est la petite-fille de Niki, née à Bali. Son prénom signifie “pas encore” en balinais.
“La fontaine Stravinsky, Jean et Niki la voulaient dynamique, ludique : l’eau devait déborder du bassin ; la sirène et la bouche, vous cracher dessus. Il y avait un côté enfantin, pour engager le public…”, dit-elle. Mais se faire cracher dessus par une sculpture n’est plus dans l’air du temps de l’art. Bloum Cardenas ajoute : “Certains artistes contemporains réalisent aujourd’hui que, lorsqu’ils vendent l’une de leurs œuvres à une municipalité, ils doivent absolument y ajouter une obligation de conservation.”