5 mars 2026

Desert X AlUla : l’art contemporain dialogue avec le désert et les canyons sur un site exceptionnel

Desert X, la célèbre biennale consacrée aux interventions artistiques en pleine nature, vient d’inaugurer sa nouvelle édition à AlUla. Le site situé en Arabie saoudite accueille onze œuvres dans un cadre exceptionnel.

  • par Thibaut Wychowanok.

  • L’édition 2026 de Desert X AlUla

    Dans le silence d’AlUla, à 1 100 kilomètres de Riyad, entre les falaises, les canyons et les vestiges nabatéens d’Hegra, l’édition 2026 de Desert X AlUla déploie onze interventions d’artistes comme autant de ponctuations dans le paysage. Intitulée “Space Without Measure”, cette quatrième édition, visible jusqu’au 28 février 2026 dans le cadre du festival annuel AlUla Arts Festival, est imaginée par les curatrices Wejdan Reda et Zoé Whitley, sous la direction artistique de Neville Wakefield et Raneem Farsi.  Ici, le désert n’est pas une surface vide, mais un champ de possibles.

    Tar HyPar, Hector Zamora, Desert X AlUla 2026. © Thibaut Wychowanok.

    L’installation sonore d’Héctor Zamora dans le paysage désertique

    L’œuvre d’Héctor Zamora surgit au détour d’un canyon comme un mirage géométrique. Tar HyPar dresse dans le sable une structure en acier noir, une coque hyperbolique dont la trame ajourée projette sur le sol des ombres en résille. À distance, on pourrait croire à la carcasse d’un navire fossilisé. De près, l’objet révèle sa peau : des membranes tendues, semblables à des peaux, ponctuent la charpente.  Inspirée des tambours traditionnels saoudiens et des formes en paraboloïde hyperbolique chères à l’architecture moderniste, la structure devient également un instrument collectif.

    Sous la lumière d’une pleine lune, ce soir-là, l’œuvre prenait vie grâce à la troupe de huit perforateurs dirigés par l’artiste lesquels, s’agrippant à sa structure, tambourinaient pour la faire vibrer dans la nuit comme un animal mythique surgit tout d’un coup du paysage. “J’ai passé trois jours dans le désert, nuits comprises, nous explique l’artiste. J’ai alors pris conscience du son, ici, dans le désert, en particulier de la réverbération produite par les montagnes qui nous entourent. Je voulais créer un dispositif sonore qui active toute la vallée comme un instrument.” Le public est invité à frapper, expérimenter. À produire son propre rythme. 

    L’installation participative de Mohammad Alfaraj

    Plus loin, en plein cœur d’une vallée désertique, l’installation de Mohammad Alfaraj déploie une narration plus intime. What was the Question Again? s’organise autour d’un palmier composite, assemblage de troncs greffés, colonne vertébrale végétale surgie d’un conte. Autour de cette sculpture centrale, des pierres semblent ramper, des dispositifs invitent à dessiner, à écrire, à s’interroger. L’ensemble forme une constellation d’éléments modestes, presque ludiques, qui contrastent avec la monumentalité environnante.

    Travaux de Mohammed Al Saleem, prêt avec l’aimable autorisation de la collection Riyadh Art, Commission royale pour la ville de Riyad. © Thibaut Wychowanok.

    “Le titre de mon œuvre, Quelle était la question déjà ? m’est venu en traversant cet espace. Quand on se trouve au cœur de ce paysage magnifique et que quelqu’un nous pose une question, on se surprend toujours à demander : “Quelle était la question ?” explique Mohammad Alfaraj.

    Un arbre intégré à l’installation de Mohammad Alfaraj

    L’environnement nous distrait irrésistiblement. Sa beauté extraordinaire nous attire. Au moment du repérage, un arbre existant a été intégré à l’installation. Surprise : il s’agit de deux espèces cohabitant dans un même tronc, un hôte et son parasite. “L’acacia hôte possède des épines acérées et de minuscules feuilles. Le parasite, quant à lui, est tout le contraire : dépourvu d’épines, ses feuilles sont rondes et lisses, et il porte des fleurs. Il existe donc une contradiction, mais aussi une co-dépendance entre les deux.” Greffes visibles, cicatrices assumées : l’arbre devient métaphore de l’identité contemporaine. Mohammad Alfaraj, originaire d’Al Ahsa, tisse un lien entre mémoire personnelle et écologie locale. Son œuvre respire, littéralement. Elle abrite des espèces natives, convoque la relation intime entre humains et environnement, et transforme le site en fable vivante.

    Une édition marquée par la présence d’artistes historiques et régionaux

    Mais cette édition 2026 rassemble également la pionnière du land art Agnes Denes, qui présente une nouvelle itération de sa Living Pyramid plantée dans l’oasis, le moderniste soudanais Ibrahim El-Salahi, dont les arbres méditatifs relient ciel et terre. La présence posthume du Saoudien Mohammed AlSaleem, avec cinq sculptures géométriques inédites des années 1980, ancre l’exposition dans une histoire artistique locale trop longtemps invisibilisée. “C’est la première édition où nous présentons le travail d’un artiste disparu”, souligne la curatrice Wejdan Reda. “Ces œuvres n’avaient jamais été montrées.”

    Une manière d’inscrire Desert X AlUla dans une continuité, et non dans une simple importation de modèles internationaux. À quelques kilomètres, les tombes monumentales d’Hegra rappellent que l’art dans le paysage n’est pas une invention récente ici. D’ailleurs, le projet Desert X AlUla est en réalité un prélude au projet titanesque de Wadi AlFann. Son musée à ciel ouvert de 65 km² verra bientôt le jour.

    “Desert X AlUla », exposition jusqu’au 28 février 2026, AlUla, Arabie saoudite.