Art

15 juil 2026

La galerie Hatch inaugure son premier espace permanent à Paris

À l’heure où le modèle de la galerie nomade semble montrer certaines limites, la galerie Hatch amorce un nouveau chapitre. En mars dernier, la structure éphémère fondée par Margot de Rochebouët et Giovanna Traversa, ouvrait son premier espace permanent au 40 rue Mazarine, dans le 6e arrondissement de Paris. Une évolution qui marque le passage d’un projet mobile à un lieu fixe, tout en cherchant à préserver l’énergie et la souplesse qui faisaient son identité.

  • Par Lucas Barnier Piffault.

  • Publié le 15 juillet 2026. Modifié le 15 juillet 2026.

    La naissance de la galerie Hatch

    L’histoire commence presque comme une anecdote. Les deux fondatrices se rencontrent en 2020 à la foire Asia Now, alors installée avenue Foch. “On était toutes les deux dans une transition de vie”, raconte Giovanna Traversa.

    Quelques verres plus tard, une évidence s’impose pour celles qu’Alexandra Fain (la fondatrice d’Asia Now) surnomme amicalement “Tic et Tac” : travailler ensemble. Le nom viendra plus tard, un 28 décembre, “sur un canapé”, comme une intuition partagée. Le nom Hatch (“to batch” : “faire éclore” en anglais) naît, avec son imaginaire d’incubation et d’émergence : “l’idée de commencer comme une préface pour les artistes”.

    Le pari de Saint-Germain-des-Prés pour son premier espace permanent

    Les galeristes investissent rapidement des espaces temporaires à Londres, Milan ou Paris, tout en multipliant les invitations en foires, de ARCO Madrid à Frieze London. Une dynamique ascendante, mais dont les limites apparaissent rapidement. “Le nomade, c’est un très beau format, mais il s’essouffle aussi très vite”, reconnaît Giovanna Traversa.

    À mesure que les projets s’enchaînent, une difficulté persiste : construire une lisibilité, pour les artistes comme pour les collectionneurs. “Avec chaque projet adapté à un nouvel espace, ils n’arrivaient pas à se percevoir.”

    L’idée d’ouvrir un lieu permanent germe alors. “Ces années nous ont permis de comprendre que nous souhaitions entretenir un dialogue réel avec les artistes et les accompagner dans leur développement. Nous voulions construire des trajectoires plutôt que multiplier les gestes ponctuels.” Le passage du projet à la galerie, amorcé début 2025, consacre ce glissement.

    Installée à Saint-Germain-des-Prés, Hatch s’inscrit dans un territoire qu’on pourrait croire saturé, entre grandes galeries, de design ou d’arts primitifs, mais les fondatrices identifient paradoxalement un espace vacant. “Il n’y a pas beaucoup de galeries émergentes dans le quartier”, souligne Giovanna Traversa. Une brèche dans laquelle s’engouffre une programmation qui privilégie l’installation, les formats immersifs et une scène internationale encore peu visible à Paris.

    Le choix d’une programmation internationale

    Au cœur du projet, une ligne claire : interroger “les dynamiques et les tensions qui traversent notre époque”, en particulier les questions d’identité, de migration et de circulation des récits. Une orientation largement façonnée par le travail de Felipe Romero Beltrán, figure structurante de la galerie. “On a construit l’identité de la galerie autour de son travail”, explique Giovanna Traversa.

    Photographe et vidéaste, l’artiste colombien développe une recherche autour des corps en déplacement, des frontières et de leurs porosités. Sa vidéo Instruction, présentée pour la première fois dans un contexte commercial, marque un tournant autant pour l’artiste que pour la galerie.

    À ses côtés, Maria Appleton développe un travail textile fondé sur des superpositions et des jeux de transparence. Plus loin, Laila Tara H, dont le travail convoque un lexique symbolique inspiré des miniatures persanes (ces petites peintures très détaillées issues de la tradition artistique d’Iran), engage un dialogue avec Monir Shahroudy Farmanfarmaian, figure majeure de l’art moderne iranien. Cette mise en regard illustre l’un des axes forts de Hatch : créer des échanges entre générations, pour inscrire les artistes émergents dans une histoire plus large.

    Grandir avec ses artistes

    Cette attention portée au Sud global (Amérique latine, Moyen-Orient, Asie, Afrique) structure désormais la programmation. “L’esprit de découverte et la pluralité des points de vue occupent une place centrale”, expliquent les fondatrices. Plus qu’une simple volonté de représentation, il s’agit d’accompagner les artistes dans la durée, en évoluant avec eux. Giovanna Traversa le rappelle : “On a à peu près le même âge. On grandit ensemble.”

    L’exposition inaugurale “1,2, Glissade et Changement”, avait été pensée comme un geste collectif. Son titre évoque autant les pratiques des artistes invités que le changement d’espace de la galerie, comme une métaphore de transition.

    Un clin d’œil subtil de Giovanna Traversa et Margot de Rochebouët, pour “s’applaudir d’y être arrivées”, en quelque sorte. L’exposition a réuni artistes historiques et nouvelles voix, Maria Appleton, Felipe Romero Beltrán, Laila Tara H, mais aussi Kara Chin, Nada Elkalaawy ou Abul Hisham.

    Reste une question, plus structurelle : celle du marché. Face à un contexte fragilisé, Hatch explore des formats hybrides, à la croisée du premier et du second marché (le marché de la revente d’œuvres).

    Une collaboration avec un art advisor ouvre de nouvelles perspectives, qui permettra de “créer une nouvelle dynamique, avec des pièces plus conséquentes de temps en temps”, nous raconte Giovanna Traversa. Une manière, aussi, d’assumer une maturation. “Hatch, c’est l’émergence. Et à un moment, il faut aussi grandir et rejoindre le deuxième marché”.

    La galerie Hatch au 40 rue Mazarine, Paris 6e.