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Rencontre avec Agathe Rousselle, la star de Titane à l’affiche d’A Second Life
Agathe Rousselle, révélation de Titane palme d’Or à Cannes 2021, revient sur grand écran avec A Second Life, le nouveau film de Laurent Slama actuellement au cinéma depuis le 10 juin. Dans ce drame immersif tourné en plein Paris pendant les JO 2024, l’actrice incarne une jeune femme malentendante en quête de renouveau. Rencontre avec l’actrice aussi talentueuse que charismatique.
par Ambra Flora.

Agathe Rousselle, la révélation du film Titane
Révélée par Titane de Julia Ducournau, Palme d’or du Festival de Cannes 2021, Agathe Rousselle s’est imposée dès son premier rôle comme une actrice singulière. Depuis, elle enchaîne des projets éclectiques, du film Stranger (2024) de Jehnny Beth et Iris Chassaigne à Cash (2023) de Jérémie Rozan, avec Raphaël Quenard, en passant par Cassandre d’Hélène Merlin (2025).
Autre partition atypique ? Elle est à l’affiche, depuis le 10 juin 2026, du long-métrage A Second Life de Laurent Slama. Agathe Rousselle interprète Elisabeth, une jeune femme malentendante en proie à la dépression, travaillant comme hôtesse pour des locations de courte durée durant les Jeux Olympiques de Paris 2024.
Sa rencontre avec Elijah, jouer par Alex Lawther (The End of the F***ing World), un Californien solaire et très différent d’elle, déclenche une errance à travers une capitale à la fois chaotique et festive le jour de la cérémonie d’ouverture des JO. Mais lorsque Elisabeth perd son appareil auditif, elle se retrouve contrainte de se confronter au monde et aux autres. Résultat ? Ce film nous offre un récit sensible sur la confiance, la différence et l’amitié. À cette occasion, l’actrice de 37 ans revient sur les coulisses du projet ainsi que sur son parcours…
L’interview d’Agathe Rouselle, star du film A Second Life
Numéro : Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans le film A Second Life ?
Agathe Rousselle : C’était un challenge pour plein de raisons. C’est un film qui a été tourné caméra à l’épaule, dans Paris, sans autorisation, en 15 jours, avec vraiment très peu de moyens. Il n’y avait pas de maquillage, pas de coiffure, pas de loge, ni de voiture. On faisait tout à pied, en métro ou en scooter… Le plateau, c’était Paris. Tout était bloqué par rapport à la circulation, alors que d’habitude, sur les tournages, quand tu changes de décor, tu y vas en voiture. Et on bougeait toujours tous ensemble. Mais comme tout le monde était fatigué, ça donnait beaucoup d’énergie au groupe. Pendant les Jeux Olympiques 2024, cet été-là, il faisait chaud. Tout ce contexte-là était très contraignant, mais aussi, intéressant. Et ce qui m’a aussi donné envie, c’est le rôle, qui était un vrai rôle de composition, puisque je joue une personne malentendante.
Comment était l’ambiance durant le tournage ?
L’énergie du groupe était très importante. Et je pense que c’était une volonté de Laurent Slama, le réalisateur, de donner beaucoup de place au collectif. C’est une chose à laquelle il tient beaucoup. Tout le monde mettait la main à la pâte. C’était assez joyeux et il y avait une très bonne ambiance. C’était assez électrique.

Un personnage de jeune femme dépressive et malentendante très touchant
Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans le personnage d’Elisabeth ?
Je pense que ce qui m’a touchée le plus, c’est qu’elle est très dure, cynique et sarcastique. Et c’est ce qui lui donne de l’énergie, c’est sa tristesse, parce qu’elle puise là-dedans alors qu’elle est vraiment en dépression. Elle n’a plus goût à grand-chose, mais sa colère lui donne un peu de fuel. Et on comprend, à la fin du film, quand sa coquille craque un peu, qu’en fait, elle veut la même chose que tout le monde. Elle veut être aimée, avoir des amis, faire des choses. J’ai trouvé ça beau, cette coquille se fissure au fur et à mesure. Dans les dernières scènes, c’est quelqu’un qui revit.
Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?
La préparation d’un personnage, c’est un truc qui m’intéresse beaucoup. Presque autant, d’ailleurs, que le moment du plateau. Lors de ma préparation, je me suis surtout concentrée sur la surdité. La dépression, c’est un sujet que je connais bien, donc je n’ai pas eu besoin de me documenter. Donc j’ai dû faire beaucoup de recherches, notamment avec deux personnes malentendantes qui sont actrices dans le film. Rose Paynel (qui joue une cliente Airbnb) et Zoé Bessemont de Seineville (qui incarne l’audioprothésiste). Elles m’ont expliqué ce qui se passe quand on est malentendant. Zoé m’a montré un dispositif qu’elle avait créé pour expliquer les vibrations sur le corps, ce que ça fait quand on ne peut pas bien entendre, mais qu’on perçoit quand même les vibrations.

En tant que personne entendante jouant une personne malentendante, y a-t-il eu d’autres choses que vous avez dû étudier ?
Je ne voulais surtout pas être caricaturale et je ne voulais pas que ça sonne faux. J’avais peur d’être illégitime, alors j’ai regardé des personnes malentendantes interagir. Elles ont une attention particulière. Si elles te regardent, elles te regardent vraiment, parce qu’elles peuvent lire sur tes lèvres, observer tes expressions… Elles vont prendre tous les indices qu’elles peuvent pour comprendre ce que tu dis.
Agathe Rousselle face à l’acteur anglais Alex Lawther
Il y a peu de personnages avec une déficience auditive au cinéma. Avez-vous regardé d’autres films comme Sound Of Metal (2019) ?
J’avais déjà vu Sound of Metal, que j’ai adoré. J’avais trouvé le traitement du son incroyable et le travail de l’acteur Riz Ahmed était vraiment intéressant. J’ai beaucoup pensé à lui pour ce film. Même si ce n’est pas du tout le même personnage. Il y a un lien concernant la question de l’isolement que ça provoque.
Comment s’est passé votre collaboration avec l’acteur anglais Alex Lawther ?
C’était génial, justement parce que c’est un acteur anglais. Et les Britanniques sont vraiment des bons acteurs ! Il est très technique et très juste. Nous nous sommes rencontrés sur le tournage et c’était vraiment un plaisir. C’est quelqu’un qui te donne beaucoup, donc ça donne envie de plus donner. Car quand tu joues avec des gens très forts, ça te force à être meilleur.

Des choix de rôles aux airs de challenges
Comment choisissez-vous vos projets et vos rôles en général ?
Il faut que le film ait du sens pour moi, c’est-à-dire qu’il résonne quelque part. Ou que ce soit un vrai challenge et qu’il y ait tout à faire. Ce qui est aussi passionnant. Mais dans tous les cas, il faut qu’il y ait du désir. Je me tourne beaucoup vers des productions étrangères parce que les propositions viennent surtout de l’étranger. Je parle couramment anglais comme c’est le cas dans le film A Second Life. L’international me va très bien, car ma culture est plus anglo-saxonne que française. Mais j’aimerais bien travailler davantage en France.
La transformation physique est-elle un facteur important pour vous dans ce choix ?
Je trouve ça intéressant de se transformer. C’est même l’une des choses que je préfère. C’est pour ça que Titane, m’avait tant excitée. Je savais qu’il y allait avoir des prothèses, que j’allais changer de visage, et que j’allais devoir me raser la tête…. Et pour Titane, je pensais à Charlize Theron lors de ma préparation qui s’était métamorphosée pour Monster.

L’alter ego de Kurt Cobain dans Last Days
Titane a marqué beaucoup de gens. Est-ce que ce rôle vous habite encore ?
Non ! Évidemment, c’est le rôle pour lequel je suis le plus connue. Quand les gens me connaissent, c’est pour ce film. Mais j’ai laissé ce rôle en terminant le film. Et heureusement, parce que c’était quand même un personnage très abîmé et très violent. Par contre, j’ai été avec ce personnage pendant six mois, quasiment, parce qu’il y avait toute la préparation, tout le tournage. Donc, non le film ne me lâche pas parce que, pour l’instant, c’est ce que les gens ont vu et c’est ce qui revient.
Quels sont vos derniers projets ?
J’ai joué How To Make Gravy, qui est sorti il y a deux ans en Australie, où il a bien marché, puis on m’a proposé Low Orbit, après Titane, qui ne s’est jamais fait pour faute de fonds. Quant à 12-12-12, c’est une série Apple TV avec Jamie Dornan (Cinquantes Nuances de Grey) et Anthony Mackie (Captain America, 8 Mile), dans lequel je tiens le premier rôle féminin. Cela parle d’un braquage et je joue le rôle de la copine du braqueur et la mère de son enfant par ailleurs.

“J’aimerais bien jouer un rôle de psychopathe comme Charlize Theron dans Monster.” Agathe Rousselle
Il y a aussi le projet Last Days, réalisé par Matt Copson ?
Last Days, c’est un projet auquel je tiens beaucoup. À l’origine Last Days (2005), c’est le film de Gus Van Sant. Il est sorti quand j’avais 17 ans. C’est un long-métrage que je suis allée voir trois fois au cinéma et que j’avais adoré. J’avais même acheté la BO. En 2022, Matt Copson, qui est un artiste plasticien à l’origine, a collaboré avec un ami compositeur de musique contemporaine. Et ensemble, ils ont écrit un livret d’opéra basé sur ce film. Et on m’a proposé le rôle principal de cet opéra, qui s’est joué à Londres au Royal Opera House en 2022. On a fait quatre dates. Ça marchait bien et on a refait une date à LA. Et là, ils ont joué sans moi, car j’étais enceinte. Puis, on a tourné un long-métrage inspiré de cette expérience à Londres. Dans le film, j’ai toujours le rôle principal, qui est celui de Blake, qui est une évocation de Kurt Cobain lors des derniers jours de sa vie.
Quel rôle aimeriez-vous incarner par la suite ?
J’aimerais bien jouer un rôle d’époque dans un film comme Orlando (1992) par exemple, avec Tilda Swinton. Je pense que personne ne me voit faire un truc pareil. En réalité, tous les types de rôles peuvent être intéressants si le scénario est bien, si on y met du sien et si les personnages sont bien développés. J’aimerais aussi jouer une vraie méchante. Une méchante qui réfléchit. Un rôle de psychopathe comme celui de Charlize Theron dans Monster. Je trouve ça assez génial.
A Second Life (2026) de Laurent Slama, actuellement au cinéma.