6 mars 2026

3 choses à retenir du défilé Schiaparelli

Alors que le Victoria and Albert Museum de Londres inaugurera, le 26 mars 2026, une exposition dédiée à l’œuvre et à la vie d’Elsa Schiaparelli, le créateur Daniel Roseberry profite de son défilé automne-hiver 2026-2027 pour rendre hommage aux codes incontournables de la maison de mode, à l’instar du trou de serrure. Numéro vous en livre les clés de compréhension.

  • Par Camille Bois-Martin.

  • Le trou de serrure, motif incontournable de la maison

    Depuis sa fondation par Elsa Schiaparelli en 1927, la maison de mode française développe ses créations à partir de motifs iconiques, qui ont jalonné son histoire. Parmi eux, on retrouve notamment la serrure, imaginée à l’origine pour décorer un fermoir de sac à main en 1931, qui s’inscrit au sein des nombreux autres symboles surréalistes convoqués par la créatrice, proche notamment de Dalí et de Meret Oppenheim.

    Dans le sillage de la rétrospective dédiée à la créatrice qui ouvrira ses portes le 26 mars prochain au Victoria and Albert Museum, Daniel Roseberry souhaite lui aussi rendre hommage à ce riche héritage. Au sein de son défilé automne-hiver 2026-2027, il réinvente ainsi l’emblématique motif au gré de ses accessoires et de ses vêtements.

    Témoin du savoir-faire séculaire des ateliers Schiaparelli, la serrure se déclinait déjà, auparavant, en tire-zip sur des bombers, en ornement sur la pointe d’un escarpin ou encore sur la boucle d’une ceinture et d’un collier… Aujourd’hui, il se dévoile au gré d’un décolleté sur une robe longue près du corps en cachemire camel à manches longues. Ou encore sous la forme d’un rivet sur le revers d’une veste droite en laine et soie, également visible dans le dos.

    Une mode nourrie de contradictions

    Plus que des symboles ou des motifs incontournables, Schiaparelli se démarque par son histoire avant-gardiste. Dans les années 1930, alors que la mode est régie par de nombreuses codifications qui empêchent toute innovation, la fondatrice de la maison remet en question ces conventions. Elle appréhende alors le vêtement comme un médium, à l’instar d’un tableau ou d’une sculpture. Ainsi orne-t-elle les poches de ses robes de poignées de tiroir, brode un homard sur le bas d’une robe immaculée

    La mode est un secteur qui pèse 2 000 milliards de dollars, mais c’est aussi le bastion ultime de l’expression de soi.” écrit alors Daniel Roseberry dans sa note d’intention. “Cette tension entre la mode et le commerce, entre la mode et la fabrique du rêve, entre ce que devrait être une robe et ce qu’elle peut être […] a inspiré toute la collection. Chaque pièce, chaque accessoire présente une contradiction apparente.”

    Une contradiction que le créateur américain traduit au gré de ce qu’il décrit comme une “maille impossible” : juxtaposant des mailles torsadées Aran à des panneaux de tulle, il crée ainsi l’effet d’un tissu lourd qui semble, pourtant, flotter sur le corps. Bordés de mailles, ces looks façonnent une silhouette fascinante, qui paraît ne tenir qu’à un fil…

    Le trompe-l’œil, signature de Schiaparelli

    Autre signature de l’histoire de la maison de mode parisienne, le trompe-l’œil irrigue depuis toujours les collections Schiaparelli, qu’elles soit signées d’Elsa (influencée par les Surréalistes) comme de Daniel Roseberry. Si on le retrouve explicitement à la faveur d’imprimés créant ici l’impression d’une fourrure sur une robe fourreau noire, là sur un look dont les motifs reprennent les courbes du corps féminin, le créateur pousse l’illusion jusque dans les matières.

    Au gré, notamment, d’un tissu plissé dit “écorce d’arbre” en mélange de soie, recouvert d’un laminé transparent. Les robes et les ensembles dévoilent des découpes en spirales, offrant l’impression d’une structure régie par des baleines, alors même qu’elles restent fluides et malléables. Il dévoile également des silhouettes noir brillant, dont l’effet cuir n’est en réalité qu’une laine de soie imprimée. “Le genre de travail en trompe-l’œil qui a toujours défini la maison.” conclut-il ainsi dans sa note d’intention.

    Tous les looks du défilé Schiaparelli automne-hiver 2026-2027