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Au défilé Jean Paul Gaultier, l’ombre transgressive de Marlene Dietrich
Au défilé Jean Paul Gaultier automne-hiver 2026-2027, Duran Lantink s’impose avec une collection forcément transgressive où plane l’ombre de Marlene Dietrich.
par Delphine Roche.
La voix de Marlene Dietrich accompagnait le défilé Jean Paul Gaultier automne-hiver 2026-2027, le second de son directeur artistique Duran Lantink. Placé sous le signe d’une audace festive célébrant la fluidité contemporaine des genres, le premier opus du Néerlandais avait surpris une partie de la critique de mode, qui réclamait une garde-robe plus sérieuse.
Duran Lantink s’impose chez Jean Paul Gaultier
Lauréat en 2024 du prix Lagerfeld du Prix LVMH, le créateur a démontré, depuis son apparition sur les podiums parisiens, son talent de maître botaniste capable d’hybrider des vêtements pour faire surgir de nouvelles typologies de pièces, versatiles et novatrices. Du vestiaire, les mutations gagnaient bientôt le corps même par l’intermédiaire de prothèses et de paddings qui effaçaient la limite entre anatomie et habillement. Lors de la nomination de Duran Lantink, les attentes étaient donc immenses.


Marlene Dietrich, icône de genre
Indice de sa réussite, le défilé présenté dimanche 8 mars était accueilli par plusieurs salves d’applaudissements. Lors de ses années d’exercice, l’immense couturier Jean-Paul Gaultier était en effet parvenu à tisser un lien affectif unique avec le public. Il s’est d’ailleurs taillé une place à part dans le paysage de la mode grâce à sa capacité à conjuguer l’humour et la virtuosité, le clin d’œil savoureux et la connaissance ultra-précise des classiques masculins et féminins. C’est précisément à cet endroit que Duran Lantink a frappé, développant un esprit de subversion tissé au sein d’un vestiaire riche de propositions.
Inspiré par la figure de Marlene Dietrich – icône qui, il y a près d’un siècle, transgressait les limites des genres et cultivait un trouble unique – le défilé célébrait le jeu, la capacité de s’inventer en toute liberté. Une façon unique de marier la performativité théâtrale des générations actuelles et l’art des renversements propre à l’histoire de la maison qui a transformé les sous-vêtements en vêtements, les vestes masculines de mafieux ou de banquier en pièce féminine…

Mode malicieuse et subversive
Surpris de constater d’importantes lacunes dans les archives de la maison, précisent les notes, Duran Lantink a compris que la raison de ces absences résidait dans l’attitude profondément irrévérente de Jean-Paul Gaultier envers ses propres créations, que le couturier n’hésitait pas à réutiliser dans des collections ultérieures, préfigurant la vague de l’upcycling – qui figure au cœur de la démarche de son successeur désigné. Des vestes tailleur à taille étranglée, ainsi que de nombreuses pièces équipées du mythique corset de la maison, témoignent d’une fidélité rigoureuse du jeune prodige au maître. Ailleurs, des pièces techniques d’outerwear fusionnent avec des manteaux de drap de laine.


Une série de robes spectaculaires voit ses proportions radicalement redéfinies, équipée de poignets mousquetaires XXL et d’un plastron montant sous le menton. Cow-girl, femme fatale, alpiniste ou torero, une galerie de personnages prend son élan et assume son sens du décalage. Sur une combinaison seconde peau en velours, une suggestion de slip et de soutien-gorge déborde largement de la silhouette, comme si le genre était définitivement devenu lui-même un accessoire, une prothèse extérieure au corps.
Complétant ce tableau libérateur et jouissif, des colliers et bracelets évoquant des pneus en caoutchouc équipent les silhouettes. Pourquoi ? “Parce qu’après tout, pourquoi pas ?”, semble nous lancer malicieusement Duran Lantink qui a assurément trouvé ses marques de la plus belle des façons.
Tous les looks du défilé automne-hiver 2026-2027





































