25 juin 2026

Comment le défilé Jeanne Friot dynamite notre conception de l’hystérie

En cette Fashion Week homme printemps-été 2027, Jeanne Friot dévoile un défilé intense entre les murs du Palais de Tokyo. Une collection intitulée Hysteria, où chaque silhouette explore les tensions entre contrainte et libération. Numéro fait le point.

  • par Jasmine Baha.

  • Une mariée prend la fuite au défilé Jeanne Friot

    Après une dernière saison politique et engagée, Jeanne Friot rend cette année hommage à celles et ceux que l’on a réduits au silence, enfermés et muselés, et réduits au terme connoté d’“hystériques”. Ce mardi après-midi, l’attente était donc à son comble pour découvrir la nouvelle collection de la créatrice, présentée entre les murs bétonnés du Palais de Tokyo.

    Fidèle à son univers, elle choisit de nous livrer un défilé foisonnant de références, empreint d’une énergie sans pareille. Et c’est ainsi que ce chapitre s’ouvre sur une silhouette marquante. Des cris retentissent, et une mannequin vêtue une robe à crinoline semble s’enfuir devant nos yeux, fuyant un destin tragique.

    Une image forte et dramatique, qui ouvre le défilé tout en théâtralité. Elle convoque aussitôt dans notre imaginaire collectif certains moments iconiques : le défilé printemps-été 1994 de John Galliano, où Kate Moss prend la fuite en robe de mariée – et auquel Vetements faisait écho en septembre 2024 avec Anok Yai. Au fil de ces références, le défilé de Jeanne Friot se transforme ainsi en une scène de fuite et d’émancipation.

    Un défilé entre aliénation et libération

    Tout au long du défilé, les silhouettes de Jeanne Friot semblent se libérer d’une prison mentale pour se dévoiler au grand jour. Ici, c’est la dualité qui prime. Un aspect représenté par une palette de couleurs radicale, presque exclusivement composée de noir et de blanc.

    Dans la collection, des vestes à épaules XXL arborées de ceintures et de sangles sont portées par les mannequins les mains dans les poches. Sûrement une allusion aux camisoles de forces, ces combinaisons utilisées au sein des hôpitaux psychiatriques au 19e siècle. Désormais abandonnée par les institutions modernes, cette pièce controversée est ici utilisée par la créatrice pour évoquer la contrainte, l’enfermement, mais également la révolte contre les normes.

    Ainsi, Jeanne Friot déploie une fresque psychologique, accentuée par les yeux sanglants et le maquillage dramatique de certaines silhouettes. Une allusion notamment à Marilyn Monroe, mentionnée dans la note d’intention de la créatrice, réduite au silence et à l’isolement au sein de l’asile psychiatrique où elle fût envoyée de force en 1961.

    Les ceintures, encore et toujours un leitmotiv du printemps-été 2027

    Comme chaque saison, Jeanne Friot réinvente également ses classiques, tout en insufflant une forme de radicalité. Un principe fondamental pour la marque, dont l’intention est en effet de proposer un vestiaire polyvalent et intemporel.

    Pour cette collection printemps-été 2027, la créatrice commence donc par réemployer ses mythiques ceintures. Ici, elles se déploient sous forme de tops, mini-jupes jupes ou même sur les chaussures venant ponctuer cette collection. Un élément également présent sur la robe à crinoline, qui donnait le ton à ce vestiaire, instaurant une rupture brutale entre l’onirisme traditionnel de la robe de mariée et la radicalité du tissu déchiré.

    Au fil de la collection, Jeanne Friot redessine aussi les emblématiques bottes chunky, qu’elle fait dialoguer avec les chaussures à talons présents sur certaines silhouettes. Un contraste entre glamour et radicalité, inscrit dans une esthétique résolument contemporaine.

    Quand Jeanne Friot convoque transparence et jeux de matières

    Ce qui retient également notre attention, c’est ce parallèle entre fluidité et force. Ici, la créatrice française joue avec les matières et les tombés pour proposer un vestiaire hybride comme signature d’une identité libérée. Les plissés des jupes et des robes transparentes entrent en tension avec le latex et le métal des accessoires qui ponctuent les silhouettes. Peu à peu, les corps semblent se libérer de cette prison mentale pour renouer avec leur vraie nature

    Pour conclure ce défilé, Jeanne Friot propose une robe aux hanches accentuées, entièrement conçue de plumes noires en latex. Un travail d’orfèvre, signé Matisse Di Maggio, qui évoque la figure du cygne noir, emblème de l’insoumission et de l’émancipation signatures de la collection Hysteria de Jeanne Friot.