26 juin 2026

Au défilé 3.Paradis, peut-on encore croire aux utopies ?

Quelques mois après avoir dévoilé au Parc Montsouris une collection particulièrement intime, pensée en hommage à son grand-frère disparu, Emeric Tchatchoua revient cette saison avec une proposition radicalement différente. Pour ouvrir cette seconde journée de Fashion Week à Paris, le fondateur de 3.Paradis investissait le mythique cinéma Max Linder Panorama, au cœur des grands boulevards, afin de présenter Peacemakers, sa collection printemps-été 2027. Une expérience hybride où le cinéma et la mode se rencontrent autour d’un réflexion passionnante sur la paix…

  • par Nathan Merchadier.

  • Le défilé 3.Paradis printemps-été 2027.

    3.Paradis transforme son défilé en film

    Avant même l’apparition du premier mannequin, les invités du défilé 3.Paradis printemps-été 2027 — qui s’est tenu à Paris ce mercredi 24 juin 2026 — découvrent un court-métrage prenant la forme d’un faux documentaire situé dans les années 1980. Mêlant habilement humour, références vintage et archives détournées, le film s’interroge sur l’existence supposée d’une mystérieuse organisation secrète. Les “Peacemakers”, un groupe de justiciers chargé de mettre fin aux guerres à travers le monde.

    L’exercice était hautement périlleux, pourtant, Emeric Tchatchoua s’en sort avec brio. Au cours de ce court-métrage d’une dizaine de minutes, le créateur brouille volontairement les frontières entre fiction et réalité, laissant l’auditoire dans une forme d’incertitude. Car les nouvelles silhouettes de la saison apparaissent déjà à l’écran, laissant imaginer les contours du récit qui va suivre.

    Puis, lorsque les lumières se rallument, les personnages du film semblent littéralement sortir de l’écran. Une horde de mannequins investit alors la scène et les allées obscures du cinéma, donnant vie aux protagonistes aperçus quelques instants plus tôt. Une transition particulièrement réussie qui permet à 3.Paradis de renouer avec l’exercice du défilé, sans pour autant rompre le fil de son histoire.

    La colombe comme symbole de paix universel

    À travers cette collection baptisée Peacemakers, Emeric Tchatchoua poursuit surtout la réflexion humaniste qui caractérise son travail depuis la création du label, en 2013. Dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, le créateur met en scène une jeune génération d’hommes et de femmes, décidée à faire du dialogue et de la coexistence ses principales armes.

    La colombe, symbole récurrent de l’univers de 3.Paradis, s’impose naturellement comme le fil conducteur de cette collection. Elle apparaît sur des tee-shirts où elle remplace le mot “love” dans un graphisme simple et efficace. Mais également sur des bombers noirs ajustés dont les épaules se parent d’ailes déployées.

    3.Paradis, une mode qui croit encore aux utopies

    Si le dispositif narratif capte naturellement l’attention, certaines pièces parviennent également à tirer leur épingle du jeu. C’est notamment le cas d’une veste de biker colorée, aperçue dès le film puis sur le podium. Elle s’impose ainsi comme l’une des créations les plus marquantes de cette collection rafraîchissante et bourrée de références à l’histoire des droits sociaux.

    En clôture du film, l’un des protagonistes prononce une phrase qui résonne encore dans la salle : “La colombe s’est posée et a laissé la paix derrière elle.” À travers cette réjouissante collection printemps-été 2027, Emeric Tchatchoua réussit ainsi le pari un peu fou de transformer l’exercice du défilé en un espace de réflexion privilégié. Tout en posant en filigrane, une question universelle sur la paix, dont l’écho dépasse largement le cadre de la mode