1 mars 2026

Chez Ferragamo, style marin et Années folles

Au défilé Ferragamo automne-hiver 2026-2027, Maximilian Davis revisite la mode Années folles, décennie qui a vue naitre la maison italienne, à travers la figure du marin.

  • par La rédaction.

  • Maximilian Davis sur le départ ?

    Durant les quelques semaines qui ont précédé ce défilé Ferragamo automne-hiver 2026-2027, une rumeur agitait les réseaux sociaux. Celle du départ de son directeur artistique, Maximilian Davis, nommé en 2022. Selon les dires des internautes, le créateur anglais serait pressenti pour remplacer Pieter Mulier chez Alaïa. À savoir, le 30 janvier 2026, ce dernier se faisait débaucher par Versace, rachetée par Prada, où officie Raf Simons, son mentor. Si la maison Ferragamo a officiellement démenti l’information, certains voient dans cette collection un chant du cygne.

    Durant les semaines ayant précédé ce défilé Ferragamo automne-hiver 2026-2027, une rumeur persistante a parcouru les réseaux sociaux et les cercles de la mode. Celle d’un possible départ de son directeur artistique, Maximilian Davis, nommé en 2022. Selon les spéculations, le créateur britannique aurait été pressenti pour succéder à Pieter Mulier chez Alaïa.

    Un scénario d’autant plus crédible que le 30 janvier 2026, ce dernier était annoncé chez Versace, maison récemment rachetée par Prada, où officie Raf Simons, son mentor de longue date. Une redistribution des cartes qui a nourri les fantasmes d’un mercato créatif infini. Si la maison Ferragamo a rapidement et fermement démenti toute information allant dans ce sens, le doute s’est installé.

    Pour certains observateurs présents à la Fashion Week de Milan, cette collection dense et introspective, aurait alors des allures de chant du cygne. Serait-ce un geste de synthèse, presque testamentaire, où Maximilian Davis semble condenser avec une intensité particulière sa vision de l’héritage, de la migration et de l’émancipation. Qu’il s’agisse d’un vrai point d’orgue ou d’une simple projection collective, pour le moment, la question demeure en suspend.

    Ferragamo dans l’ombre du speakeasy

    Ainsi, à travers ce défilé Ferragamo automne-hiver 2026, Maximilian Davis poursuit son voyage introspectif en même temps qu’il affine sa vision de l’héritage de la maison. À première vue, le décor feutré, presque clandestin, suggère immédiatement un speakeasy des années 1920. Au sein de cet espace de transgression douce et de liberté nocturne, les hiérarchies s’effacent et les identités se recomposent à la lueur d’un verre et d’un regard.

    Le marin, un transfuge de classe

    Généralement, lorsque la mode convoque l’imaginaire des Années folles, elle se réfère presque systématiquement à la figure de la garçonne ou à celle de l’artiste bohème. Des archétypes séduisants, mais souvent attendus. Le marin, en revanche, apparaît comme bien plus chargé symboliquement. Il représente la liberté, le voyage, l’accès à la modernité, mais aussi le transfuge de classe, celui qui quitte son milieu d’origine pour en conquérir un autre.

    Une figure que la littérature et le cinéma ont durablement ancrée dans l’imaginaire collectif. On pense à Martin Eden, héros éponyme du roman de Jack London (1909), marin autodidacte mû par une ambition sociale dévorante. Ou encore à Jack Dawson (Leonardo DiCaprio), personnage central de Titanic (1997), passager de troisième classe dont la trajectoire amoureuse et sociale se joue sur le pont d’un paquebot en partance vers un monde nouveau.

    Bien que rarement évoqué par l’industrie, ce sujet sensible qui lie Salvatore Ferragamo à Maximilan Davis, se voit aborder par ce dernier avec délicatesse. “C’est quelque chose que Salvatore et ma propre famille ont vécu ; il a quitté son domicile en Italie pour l’Amérique avant de revenir, et ma famille a déménagé de Trinidad et de Jamaïque à Manchester”, explique-t-il. “Ils ont tous traversé l’eau pour découvrir de nouveaux départs.”

    Le vêtement comme outil d’émancipation ?

    Tandis qu’il convoque cette figure du marin, Maximilian Davis ne parle plus seulement d’esthétique, mais évoque une élégance forgée par l’expérience plutôt que par l’héritage. Et ce désir d’ascension, doublé d’un déplacement (géographique ou social) rappelle l’histoire de Salvatore, ce jeune italien qui, en 1915, à l’âge de 17 ans, est parti tenter sa chance aux États-Unis. Quelques années plus tard, il deviendra le créateur de chaussures du Tout-Hollywood.

    Tandis que plus d’un siècle plus tard, Ferragamo est devenue une marque de luxe à part entière, le marin dépeint par le créateur anglais ne se résume plus à un costume ou un symbole. Au contraire, il devient l’avatar anachronique d’un monde où la mobilité sociale et la réinvention de soi se conjuguent au présent. Au sein de cette collection automne-hiver 2026-2027, chaque bouton déplacé, chaque fermeture ouverte, chaque maille piquée de chiffon raconte un parcours de vie, autant qu’une traversée tumultueuse.

    Une touche de glamour

    Face à cette rigueur revisitée, les silhouettes du soir surgissent comme une touche d’insouciance. Des robes en velours lamé métallisé, des jacquards floraux et des drapés mouvants qui rappellent l’évolution des volants couture. Les manteaux cocon enveloppent le corps avec une douceur presque protectrice, superposés à des robes longues qui glissent et captent la lumière.

    C’est dans cette rencontre entre jour et nuit, fonction et ornement, que la collection trouve son point de tension. Pour Maxmilian Davis, comme du temps du speakeasy, les mondes se croisent, s’inspirent et se nourrissent, sans jamais s’annuler. “C’est une tentative de traduire l’imaginaire du passé”, explique le créateur de mode. “À l’époque, tout aurait été vibrant, mais aujourd’hui, nous le voyons à travers le voile de l’histoire.” Cela laisse à penser que la mode n’existe peut-être qu’à travers une vision fantasmée du passé, du présent et du futur.

    Tous les looks du défilé Ferragamo automne-hiver 2026-2027