22 jan 2026

Artiste à suivre : Matthias Odin et son Paris de bric et de broc à la galerie Peter Kilchmann

Numéro art avait repéré le jeune artiste français Matthias Odin il y a un an dans une exposition de la célèbre art advisor Patricia Marshall au sein de son espace No Name. Un gage de qualité. Il a droit aujourd’hui à un solo show à la galerie Peter Kilchmann à Paris. La critique d’art et commissaire Anya Harrison nous décrypte ses créations.

  • Texte par Anya Harrison

    Introduction par La rédaction.

  • Parmi les expositions à ne pas rater en ce début d’année, l’exposition de Matthias Odin, intitulée “Rue de Paris”,  à la galerie Peter Kilchmann s’impose. Le jeune artiste français y présente jusqu’au 27 février 2026 un ensemble d’œuvres d’art réalisés selon ses propres mots de « bric et de broc“, assemblages d’objets et de photographies trouvés dans la ville Lumière et dans les lieux qu’il a habités.

    Depuis sept ans, l’artiste travaille ainsi Paris comme d’une matière vivante, jamais simple décor, toujours traversée et recomposée. Son œuvre se déploie comme une traversée intérieure de la ville, entre errance et architecture. Ainsi, l’œuvre inaugurale de l’exposition trouve dans son origine dans un cadre et une photographie de la tour Eiffel trouvés dans un hôtel parisien abandonné. Ses sculptures se dévoilent alors comme des strates de la ville, des accumulations d’objets qui en montrent la construction et la déconstruction permanente. 

    Mathias Odin transforme l’expérience vécue en matière artistique

    Pour son projet de fin d’études à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, en 2023, Matthias Odin a présenté l’endroit où il avait vécu et dormi, et qui avait clandestinement existé pendant trois mois à l’intérieur de son atelier, dans les locaux de l’établissement. Ce qui pourrait apparaître comme un fait parfaitement anecdotique est en réalité une dimension de la pratique artistique de Matthias Odin, qui se prolonge vers des projets curatoriaux, parfois avec le collectif Ygrèves, cofondé alors qu’il était encore étudiant en art, et où la porosité, les rencontres fortuites, l’infiltration illicite et l’errance – évoquant une « dérive” d’inspiration situationniste – occupent une place centrale. 

    Travailler avec ce qui reste : fragments, gestes et matériaux trouvés

    Odin travaille avec des matériaux trouvés et récupérés, des fragments d’existence et des gestes subtils, à partir desquels il crée des sculptures, des assemblages et des installations, mais qui peuvent aussi lui inspirer des textes. Ensemble, ils forment ce qu’il appelle des “écosystèmes affectifs”, tout aussi susceptibles d’apparaître dans des espaces éphémères, désaffectés ou inhabités, d’où émane un air de secret (entrepôts ou squats), que dans des contextes institutionnels (le FRAC Ile-de-France, l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne ou la Galerie Peter Kilchmann).

    Entre le cœur et les murs”, sa première exposition

    Pour “Entre le cœur et les murs”, sa première exposition personnelle dans une institution, qui s’est tenue en milieu d’année dernière à l’espace projet du FRAC Ile-de-France, l’artiste a fait converger ces deux environnements dans un jeu de transparences, de superposition et de déplacement, où sa présence revêtait un aspect fantomatique.

    Sur l’un des murs, deux chaises pliantes étaient suspendues à l’envers, un gant de protection pendait à une baguette en matériau de récupération, tel un membre disjoint ou une prothèse, des végétaux en plastique vert posés en équilibre sur sa paume retournée. Ailleurs, une porte de douche en verre se dressait verticalement, sa surface encore constellée des traces d’eau séchée, avec une autre “main” appuyée contre la paroi de verre, comme prisonnière d’un espace-temps différent.

    “Matthias Odin. Rue de Paris”, exposition jusqu’au 27 février 2026 à la Galerie Peter Kilchmann, Paris 3e.