Artiste

Oscar Murillo

Oscar Murillo, né en 1986 à La Paila, Colombie, incarne une création contemporaine en tension permanente. Il mêle peinture, performance, installation et participation.

Publié le 12 septembre 2025. Modifié le 20 mars 2026.

Les débuts d’Oscar Murillo

Oscar Murillo grandit dans une petite ville de la région du Valle del Cauca, marquée par l’économie de la canne à sucre. Sa famille quitte la Colombie pour s’installer à Londres alors qu’il a dix ans, ouvrant son regard sur une culture plurielle. Il étudie au Cardinal Pole Catholic School à Hackney, puis poursuit un BA en beaux-arts à l’University of Westminster, obtenu en 2007. Ensuite, il complète sa formation par un MFA au Royal College of Art, diplôme acquis en 2012. Pour subvenir à ses besoins, il enseigne brièvement et travaille comme installateur dans des galeries de l’est londonien. Ces expériences l’ancrent dans une pratique concrète, nourrie par l’observation du milieu artistique.

Praxis multimédia et engagement

Murillo développe une pratique ouverte, inventive et profondément collective. Il utilise de grands formats peints, objets, toiles noires, argile, textiles ou vidéos. Ces matériaux se mêlent pour produire des œuvres vivantes, souvent conçues avec des communautés locales. Ainsi, l’art s’inscrit dans la vie quotidienne, loin d’un espace réservé aux seuls initiés.

Dès 2013, il lance Frequencies, un projet participatif invitant des milliers d’élèves à griffonner ou écrire sur des toiles brutes placées dans leurs classes. Progressivement, cette archive s’élargit à plus de trente pays et rassemble aujourd’hui plus de 40 000 œuvres. En exposant ces traces collectives dans des musées et biennales, Murillo souligne l’importance de l’éducation et du geste partagé. Le projet incarne sa conviction : l’art doit naître du dialogue entre individus et communautés.

Thèmes et esthétiques

Ses créations interrogent le capital global, les migrations et les inégalités sociales. Il travaille la toile comme une surface vibrante : gestes rapides, taches colorées, matières superposées. Toutefois, cette intensité plastique n’exclut pas une réflexion critique. Murillo intègre dans ses installations des ouvriers ou assistants, rappelant que la création dépend aussi de gestes invisibles.

Il aborde également le colonialisme et ses séquelles. L’œuvre The Coming of the Europeans (2017) illustre cette réflexion, exposée lors de grandes foires internationales. En associant monumentalité et critique politique, il provoque des lectures multiples. Ses toiles et performances traduisent une tension fertile entre fragilité humaine et violence des systèmes économiques.

Expositions majeures

À partir de 2013, Murillo s’impose dans les galeries et musées internationaux. Ses œuvres apparaissent chez David Zwirner à New York, Londres, Hong Kong et Paris. Elles sont aussi montrées au Saint Louis Art Museum, au Fondazione Memmo de Rome, au Mori Art Museum de Tokyo et au Aspen Art Museum.

Son parcours comprend aussi des participations à de grandes biennales : Venise (2015), Aichi (2016), Sharjah (2017). Avec Artangel, il expose dans son ancienne école à Hackney, renforçant le lien entre mémoire intime et reconnaissance mondiale. Grâce à ces multiples contextes, son art touche autant le grand public que les spécialistes.

Récompenses et reconnaissance

En 2019, il reçoit le prestigieux Turner Prize, partagé volontairement avec trois autres artistes. Ce geste symbolique exprime sa conviction que l’art appartient au collectif. La critique souligne sa capacité à renouveler la peinture tout en gardant un engagement social fort.

Ses œuvres entrent dans des collections majeures : le MoMA à New York, The Broad à Los Angeles, le Pérez Art Museum Miami, le S.M.A.K. à Gand ou encore le Moderna Museet à Stockholm. Ces acquisitions, loin d’être de simples gestes institutionnels, confirment l’importance durable de sa contribution à l’art contemporain et consacrent sa place parmi les artistes les plus influents de sa génération. De surcroît, elles garantissent la visibilité continue de ses travaux, permettant à de nouvelles générations de les découvrir et de les interpréter. Ainsi, son œuvre ne se limite plus aux temps forts des expositions temporaires : elle circule, se réactive et se recontextualise à travers ces collections internationales, affirmant son statut d’archive vivante et de langage universel.

Style et impact culturel

Murillo transforme la peinture en archive vivante. Chaque toile devient la mémoire d’un geste, d’un corps ou d’une communauté. Il refuse la séparation stricte entre studio et musée : l’atelier devient mobile, poreux, social.

Son impact dépasse la peinture. Il inspire des artistes, des urbanistes, des penseurs critiques, sensibles à sa manière de faire dialoguer l’individuel et le collectif. Son approche démontre qu’une œuvre peut dénoncer l’exploitation économique tout en séduisant par une force visuelle indéniable. Cette alliance entre esthétique et engagement l’impose comme une voix singulière du XXIᵉ siècle.

Héritage et perspectives

Oscar Murillo a redéfini le rôle de l’artiste. Il ne se contente pas de produire des objets : il crée des situations collectives et des archives vivantes. Il unit mémoire, politique et beauté plastique, rappelant que l’art reste un outil de transformation.

À l’avenir, ses projets devraient s’étendre à de nouveaux territoires. En défendant la diversité culturelle et la participation active, il propose un art capable de réinventer les liens sociaux. Chaque nouvelle installation, chaque projet collaboratif confirment son ambition : faire de l’art un outil de mémoire collective et de transformation concrète. Ainsi, Murillo ne cherche pas seulement à représenter le monde, il tente de le modifier. Son avenir artistique semble inscrit dans cette tension fertile entre beauté et engagement.