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Mathias Kiss
Artiste issu de l’artisanat, Mathias Kiss développe depuis plus de vingt ans une œuvre singulière à la croisée de l’art contemporain, de l’architecture et des arts décoratifs. Entre maîtrise technique et déconstruction des formes, son travail interroge le rapport au patrimoine et à la transformation des espaces.
Publié le 28 janvier 2026. Modifié le 20 mars 2026.

Les débuts de Mathias Kiss
Né en 1972 à Poissy, Mathias Kiss développe très tôt un rapport direct à la matière et au geste. N’ayant pas encore l’âge requis pour entrer en apprentissage, il intègre dès 1987 un CPA (cours préparatoire à l’apprentissage), première étape de son parcours dans les métiers d’art. L’année suivante, en 1988, il commence un CAP de peintre vitrier et applicateur de revêtements, se formant ainsi aux techniques traditionnelles du décor et du travail de surface.
Cette formation manuelle rigoureuse l’amène naturellement à intégrer, en 1991, les Compagnons du Devoir, institution emblématique de la transmission des savoir-faire artisanaux. Ce passage fondateur marque durablement son approche : une relation intime au matériau, une exigence extrême dans l’exécution et une compréhension profonde des techniques décoratives classiques, qu’il n’aura de cesse de détourner et de réinterpréter par la suite.
Pendant près de dix ans, il participe à la restauration de monuments emblématiques, notamment à Paris, sur des sites prestigieux comme l’Opéra Garnier ou le musée du Louvre. Cette période constitue une étape fondatrice : non seulement elle lui permet d’acquérir une maîtrise technique exceptionnelle — trompe-l’œil, dorure, faux marbres — mais elle façonne également son regard sur l’histoire des formes et des matériaux. Toutefois, très tôt, Mathias Kiss ressent le besoin d’aller au-delà de la restauration et de questionner les codes mêmes qu’il apprend à reproduire.
De l’artisanat à une écriture artistique affirmée
En 2002, Mathias Kiss fonde son propre atelier, Attilalou, marquant une étape déterminante dans son parcours. À travers cette structure, il intervient sur de nombreux chantiers d’appartements et commence à développer une réflexion plus large sur l’espace, la lumière et la manière dont une œuvre s’inscrit dans un lieu. C’est à cette période qu’il forge ce qu’il définit lui-même comme un « esprit ensemblier », une approche globale où chaque élément dialogue avec son environnement. La notion d’in situ devient alors centrale dans sa démarche, guidant sa façon de concevoir l’art comme une expérience pensée pour un espace précis, et non comme un objet autonome.
À partir de 2008, sa pratique prend une dimension résolument artistique. Il développe une série d’œuvres emblématiques telles que Miroir Froissé, Golden Snake ou encore les Sky Paintings, dans lesquelles il détourne les codes de l’artisanat d’art pour les faire basculer dans le champ de l’art contemporain. Les surfaces se plient, se tordent, se fragmentent, tandis que les lignes droites laissent place à des formes instables, presque mouvantes.
Cette période marque la pleine affirmation de son langage plastique, à la croisée du savoir-faire traditionnel et de la recherche artistique. Son travail est alors présenté dans des institutions majeures telles que le Palais de Tokyo, le Palais des Beaux-Arts de Lille ou encore le Mobilier National, consacrant une démarche singulière où l’héritage artisanal devient un terrain d’expérimentation contemporaine.Ainsi, Mathias Kiss ne rejette pas la tradition ; au contraire, il s’en sert comme point d’appui pour mieux la questionner. Son travail interroge la notion même de perfection et met en lumière la tension permanente entre ordre et déséquilibre.
Une esthétique fondée sur la transformation

Ce qui caractérise profondément le travail de Mathias Kiss, c’est cette capacité à faire dialoguer rigueur et rupture. En effet, sa maîtrise des techniques traditionnelles lui permet toutes les audaces. Les matériaux classiques — bois, plâtre, peinture, feuille d’or — sont détournés. Ses œuvres donnent souvent l’impression d’un équilibre fragile, comme si elles étaient en perpétuelle transformation. Cette instabilité visuelle devient un langage à part entière, une manière d’interroger la permanence des formes et la mémoire des lieux.
Une œuvre en dialogue avec les espaces et les disciplines
Au fil du temps, Mathias Kiss développe une pratique résolument transversale. Ses œuvres s’inscrivent aussi bien dans l’espace architectural que dans le champ de la sculpture ou de la peinture. Les murs deviennent des surfaces actives, les plafonds se transforment en paysages, et l’espace tout entier participe à la narration.
Cette approche immersive invite le spectateur à une expérience physique et sensorielle. Il ne s’agit plus seulement de regarder une œuvre, mais de la traverser, de la ressentir. Ainsi, l’art devient un lieu de passage, un espace de réflexion sur notre rapport au monde et à la matière.
Une actualité récente tournée vers le dialogue des savoir-faire

Plus récemment, Mathias Kiss a prolongé cette démarche à travers une collaboration marquante avec l’hôtel Le Meurice, à Paris, à l’occasion de la semaine de la couture, du 28 au 30 janvier 2026. Dans ce cadre, il a imaginé une scénographie immersive pour les Dîners en Perspectives, transformant une suite du palace en un véritable espace artistique.
À travers cette intervention, il a une nouvelle fois exploré le dialogue entre art, artisanat et expérience sensorielle, tout en mettant en valeur le savoir-faire français dans un contexte contemporain. Cette collaboration illustre parfaitement sa capacité à investir des lieux variés sans jamais perdre la cohérence de son langage artistique.
Une figure majeure de l’art contemporain français
Aujourd’hui, après plus de vingt ans de carrière, Mathias Kiss s’impose comme l’un des artistes les plus singuliers de sa génération. Son travail, à la fois exigeant et accessible, continue d’interroger les notions de patrimoine, de transformation et de perception.