25 fév 2025

À la Fashion Week de Londres, trois créatrices de mode explorent le désir

À la Fashion Week de Londres automne-hiver 2025-2026, les défilés des créatrices de mode Dilara Findikoglu, Di Petsa et Simone Rocha explorent le désir féminin.

  • par Léa Zetlaoui

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  • Que reste-t-il de la Fashion Week de Londres ?

    En moins de cinq ans, la Fashion Week de Londres a perdu de son prestige. Fragilisées par la pandémie de Covid-19 et le Brexit en 2020, les marques britanniques subissent en 2024 un nouveau coup dur. La raison ? La fermeture de MatchesFashion, le site de vente en ligne spécialisé dans le luxe, comme le souligne FashionNetwork.

    Peu importe. Car malgré le ciel gris qui s’abat sur la mode britannique, certaines marques parviennent à attirer sur elles la lumière. Parmi les défilés de mode qui ont marqué cette Fashion Week de Londres automne-hiver 2025-2026, trois créatrice de mode tirent leur épingle du jeu.

    Si leurs univers créatifs diffèrent, Simone Rocha, Dilara Findikoglu et Dimitra Petsa partagent cette saison un point commun. Leurs collections, à la fois sensuelles et subversives, explorent le désir féminin sous diverses facettes.

    Dilara Findikoglu marche dans les pas de McQueen et Margiela

    Sans aucun doute, Dilara Findikoglu est aujourd’hui l’une des figures incontournables de la Fashion Week de Londres. Mais son influence ne s’arrête pas là. Aussi, avec ses collections décadentes, punk et imprégnées de références historiques, elle s’érige comme l’héritière naturelle de Lee Alexander McQueen. À l’instar du légendaire créateur de mode écossais, disparu en 2011, la designer anglo-turque a étudié la mode à Central Saint Martins.

    Diplômée en 2015, elle lance sa marque éponyme dès l’année suivante. Depuis, celle qui a collaboré avec John Galliano pour son ultime défilé chez Maison Margiela ne cesse de faire parler d’elle. Notamment, grâce à sa vision éminemment féministe et sans compromis. Deux aspects qui font cruellement défaut à l’industrie de la mode contemporaine.

    Intitulé Venus in Chaos, le défilé Dilara Findikoglu automne-hiver 2025-2026 invite les femmes à l’insurrection tandis qu’une sensualité puissante et assumée émanait de chaque silhouette. Ainsi les pièces évoquent la chair et la peau, le corps et l’organique, à travers des corsets et pantalons en cuir lacés aux allures d’armures, des broderies faites de coquillages et de fibres.

    Bien que les références à Alexander McQueen (les pantalons taille basse et les inspirations historiques), Martin Margiela (la veste en cheveux) et Olivier Theyskens (la robe tatouée), soient parfois trop évidentes, la puissance de cette collection force l’admiration. Car soyons honnêtes : l’industrie de la mode attend désespérément celui ou celle qui saura prendre la relève de ces génies disparus.

    Un défilé Di Petsa entre désir et subversion

    C’est en 2020 et grâce à la chanteuse Yseult que l’on a découvert Di Petsa. Lors de sa performance pour Colors, la diva française arborait une des robes blanches effet mouillé devenues signature de la marque. Avec sa marque sensuelle lancée en 2019, Dimitra Petsa, a rapidement séduit les sœurs Kardashian et Gigi Hadid.

    Mais six ans plus tard, et alors que s’estompe l’énergie des débuts, la créatrice grecque, également diplômée du Central Saint Martins, doit se renouveler. D’autant que les maisons Dior et Margiela ont proposé des silhouettes en tulle façon divinité grecque, similaires aux siennes.

    À travers son défilé Di Petsa automne-hiver 2025-2026 intitulé Reflections of Desire, Dimitra Petsa explore l’amour sous toutes ses formes. Du romantisme à la sexualité divine, en passant par la littérature érotique et la théorie du désir. À l’instar du défilé Dilara Findikoglu, femmes et féminités occupent une place centrale.

    Les looks de mariée sont sensuels, voire érotiques, et célèbrent deux centres du plaisir, de l’émotion et du pouvoir : la poitrine et le bassin. Le corps matérialise le désir, tandis que la lingerie en dentelle devient bijou. Ainsi drapée autour du corps, elle devient une parure. Climax du défilé Di Petsa, l’extase naturellement. Car qui pourrait résister à une telle expression du plaisir que procure la mode ?

    Le romantisme de Simone Rocha flirte avec le BDSM

    Il existe deux types de créateurs de mode : les prolixes, qui aiment raconter leurs collections, et les laconiques, qui préfèrent laisser parler leurs créations. Sans aucun doute, Simone Rocha appartient à la seconde catégorie. Mais est-ce vraiment un problème ?

    Connue et adoubée par l’industrie de la mode, la créatrice irlandaise qui a lancé sa marque en affiche un parcours exemplaire. En moins de quinze ans, Simone Rocha a su imposer une silhouette signature, entre poésie et impertinence. Pour ce défilé automne-hiver 2025- 2026, Simone Rocha confie à VogueRunway s’inspirer d’une conversation avec son ancienne directrice, Miss Ruddock, qui lui avait raconté la fable du Lièvre et de la Tortue. Naturellement, elle s’identifie au second personnage de la célèbre fable de Jean de La Fontaine

    Mais tandis qu’elle refuse de s’exprimer plus amplement sur sa collection, soyons libre de livrer notre propre interprétation. Fidèle à son style romantique, Simone Rocha s’aventure sur un terrain nouveau et subversif. La fausse fourure, ainsi que le cuir et les chaines épaisses confèrent à sa collection des références au style BDSM plutôt inattendues de sa part. Ce qui n’est pour nous déplaire.