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Au défilé Courrèges, les corps se cachent et se dévoilent
Au défilé Courrèges automne-hiver 2026-2027, Nicolas di Felice fête ses cinq ans avec une collection géométrique qui dévoile et cache les corps. Ou quand la mode se vit à l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.
par Delphine Roche.


Le tic-tac obsédant d’une pendule précède et accompagne le défilé Courrèges automne-hiver 2026-2027. Le temps qui semble aujourd’hui compté, avant la catastrophe, avant la fin du monde, trouve ici un écho dans la cadence des journées typiques d’une femme citadine. Les sons des pas des mannequins, amplifiés, donnent la mesure du défi : penser à échelle humaine quand tout semble nous déborder, nous échapper.
Courrèges, éloge de la géométrie
Dans les années 60, André Courrèges fondait et développait sa maison de mode avec l’ambition d’accompagner les femmes au quotidien. Ingénieur de formation, et passionné de sport et d’architecture, il mettait au point une grammaire de formes simples, épurées et géométriques. Le contexte de son époque, optimiste et révolutionnaire, se distingue certes en tous points de celui que nous connaissons actuellement. Et c’est à l’aune des nécessités actuelles que Nicolas Di Felice poursuit, dans cette collection présentée à la Fashion Week de Paris, sa réinterprétation du vocabulaire Courrèges.
Nettes et souvent dépourvues de toute accessoirisation, les silhouettes radicalisent la géométrie 60’s tout en s’en libérant. Les manteaux coupés au-dessus du genou, les robes chasubles ou chemises, la récurrence des poches plaquées poitrine, professent une élégance intemporelle et presque utilitaire. Les jupes droites à pressions et les très beaux pantalons droits libèrent le corps et le pas, résolu. Des détails sportifs, tels un body zippé façon scuba diving, appuient l’allure active de la collection.


Nicolas di Felice, affine sa vision
Surtout, Nicolas di Felice affine encore son propos sur le caché-dévoilé, la protection et l’exposition du corps. Dans une palette de noirs, gris et blancs optiques, les textures mates ou brillantes invitent ou renvoient le regard. Le vinyle signature de la maison est particulièrement frappant dans une silhouette en all over alliant un pantalon et une tunique enfilée sur un col roulé. Les maxi cols contrastent avec les fentes de robes fourreaux soyeuses qui révèlent les jambes.
Faire bouger les lignes
À l’époque d’Instagram, de la reconnaissance faciale et de l’IA, les notions mêmes de corps, de nu et de sensualité se sont totalement recomposées. Révéler sa peau ne saurait être anodin, et les frontières du pudique et de l’impudique ne sont plus affaire humaine, mais purement algorithmique. Parallèlement à cette évolution, les femmes post mouvement MeToo prennent résolument en main le discours sur leur propre performance de genre. La sexualité et le corps sont des enjeux, et c’est justement dans ce moment de frictions que Nicolas Di Felice semble chercher, une nouvelle fois, à déplacer les lignes, de façon littérale.
Le blanc Courrèges
Comme s’il proposait alternativement un positif et un négatif photographiques, le créateur faisait défiler pour son final une armée de déclinaisons blanches des silhouettes noires qu’il avait montrées juste avant. Il réitérait aussi un geste qui, dans son défilé automne-hiver 2023, signifiait de façon puissante la tension entre pudeur et dévoilement. Ainsi, une simple bande de tissu barrant des seins par ailleurs nus, comme pour échapper à la censure d’Instagram. C’est dans ces renversements incessants toujours placés sous les auspices d’une géométrie précise que le directeur artistique cherche et trouve un espace de jeu qui résonne avec les questionnements actuels.
Tous les looks du défilé Courrèges automne-hiver 2026-2027































