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Que raconte la tendance des bracelets rigides en horlogerie ?
De Cartier à Chanel, en passant par Bulgari et Cartier, les maisons remettent au premier plan un design oublié : la montre jonc. À la frontière du garde-temps et du bijou, ces modèles rigides s’émancipent de la seule fonction utilitaire pour investir un territoire plus joaillier. Mais que révèle cette tendance du rapport contemporain des femmes à l’horlogerie ?
par Benedicte Burguet.

Le retour de la montre à bracelet rigide
Il n’y a pas si longtemps, les maisons horlogères embrassaient sans réserve l’esthétique genderless. En boutique, il n’était pas rare d’entendre les directeurs glisser que “les femmes achètent de plus en plus d’extra-plates, des tailles 38 mm”.
Nouveau manifeste, expression de leur liberté, de leur pouvoir, dans un univers jusque-là éminemment codifié. Face à cette nouvelle approche, les manufactures ont naturellement délaissé les diamètres XXL au profit de boîtiers plus discrets (38, parfois même 36 mm) sur des modèles désormais qualifiés d’“unisexes”. À l’image du parfum, la frontière entre féminin et masculin semblait alors s’affiner.

Mais comme toute tendance, celle-ci a fini par s’essouffler. Un désir en chasse un autre. Les femmes – et les marques avec elles – ont déplacé le propos, renouant avec une horlogerie plus expressive. Avec leur bracelet jonc en or, les montres Baignoire de Cartier et la Première Galon de Chanel, lancée en grande pompe fin 2025, témoignent de ce retour des montres-bijoux. Des pièces plus contraignantes qu’un bracelet cuir seconde peau, mais qui assument précisément cette présence, cette densité au poignet.

L’extrême féminité, nouvelle tendance horlogère
Derrière ce retour de la montre à bracelet rigide, se cache une certaine envie de renouer avec une extrême féminité. “Pour une vision de la féminité universelle, avec un grand F.” souffle-t-on chez Chanel Horlogerie.
Chez Bvlgari, Jonathan Brinbaum, directeur de la Division Horlogère, le confirme aussi avec le lancement de la nouvelle Serpenti Aeterna : “Ce n’est pas tant une montre destinée à une nouvelle génération qu’à une nouvelle vision de la féminité : plurielle, affirmée, souveraine. Une féminité qui n’a plus besoin de se justifier, qui choisit des objets forts, porteurs de sens et de caractère.”

La fusion entre bijou et horlogerie
À travers ces modèles, l’intention est aussi de conjuguer l’utile (donner l’heure) à l’agréable (l’accessoire précieux). Un rapprochement revendiqué chez Chanel pour qui le choix du bracelet rigide est d’abord une affaire de style et de passion.
En effet, Arnaud Chastaingt, Directeur du Studio de Création de Chanel Horlogerie, affectionne depuis longtemps cet exercice. “Ce n’est pas tant une nouvelle manière de porter le temps qu’une façon de faire dialoguer deux arts l’un puisant dans la tradition de l’autre, bien plus ancienne.” affirme-t-on en interne.
Même propos chez Bvlgari :“Aeterna répond à une nouvelle manière de porter une montre : plus instinctive, plus expressive, où le bijou et l’horlogerie se rejoignent sans hiérarchie.” Un fin maillage qui séduit aussi Gucci, lançant cette année deux nouvelles montres à bracelet rigide au sein de la collection Model 2000, née en 1972.

Finalement, cette tendance dit beaucoup de l’évolution très contemporaine du désir féminin : ne plus avoir à choisir. Réunir une montre et un bijou en un seul objet.
Car qui dit montre dit aussi, souvent, difficulté à l’associer à la joaillerie. Les garde-temps supportent mal la promiscuité : les chocs répétés des bracelets accumulés sur un même poignet, la concurrence visuelle, le frottement des matières. Le modèle jonc, lui, résout cette équation. Il s’impose seul, autosuffisant, pensé pour être porté comme un bracelet – et non comme un “outil” à habiller.