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Le Champs-Élysées Film Festival s’invite sur Internet

Cinéma

Contrainte de s’adapter aux mesures de précaution imposées par le gouvernement, la distributrice et fondatrice du Champs-Élysées Film Festival, Sophie Dulac, a annoncé la semaine dernière que la neuvième édition de l’événement dédié au cinéma indépendant américain et français se tiendrait en ligne du 9 au 16 juin. L''ensemble des films en compétition seront accessibles gratuitement. 

Jeff Goldblum à Paris, invité d'honneur de la 8e édition du Champs-Elysées film Festival en 2019.

Alors que sa sélection de films en compétition n’a pas encore été révélée, le Champs-Elysées Film Festival a annoncé jeudi dans un communiqué de presse que sa 9e édition ne se tiendrait pas comme prévu du 16 au 23 juin, mais se déroulerait entièrement en ligne et gratuitement, accessible dans toute la France depuis son site Internet. Événement important dans le champ du cinéma indépendant français et américain, le Champs-Elysées Film Festival accueille chaque année 25 000 spectateurs dans les salles de la plus belle avenue du monde : le Balzac, le Marignan, le Lincoln et le Publicis Cinéma. 

 

L’année dernière, le jury présidé par le réalisateur Stéphane Brizé (La Loi du marché, En guerre) récompensait deux premiers long-métrages: Pahokee d’Ivete Lucas et Patrick Bresnan ainsi que Vif Argent de Stéphane Batut. Entre projections des films en compétition, avant-premières, masterclasses, soirées et DJ sets, le festival se fait chaque année le lieu d’un dialogue enrichissant entre les productions indépendantes françaises et américaines. Les sélections mettent notamment en avant la jeune création, dans le but de soutenir de nouveaux artistes émergents. La programmation de cette année sera révélée mi-mai.

 

Les réalisateurs Stephen Frears et Edgar Wright, invités d'honneur de cette année, interviendront en direct avec les internautes lors de masterclass en ligne. Le festival sera lancé le 9 juin avec au programme de ce rendez-vous, une performance musicale de l’artiste Barbara Carlotti à 19h suivie de la projection en avant-première du film Jumbo de Zoé Wittock avec Noémie Merlant et Emmanuelle Bercot, à 20h30 toujours depuis le site du Festival.

 

Champs-Elysées film Festival, 9e édition en ligne du 6 au 19 juin 2020 sur le site de l’événement. 

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  • Plongée dans l’underground trash de Bucarest avec sa jeunesse abandonnée

    Dans les tunnels souterrains de Bucarest, des centaines de mineurs tentent de survivre. Pendant six années, Joost Vandebrug a filmé ces sous-sols insalubres, et la vie de ces jeunes hommes esseulés, qui tentent de survivre auprès d’une étrange figure paternelle nommée “Bruce Lee”. Fruit de ces longues années de reportage, le documentaire “Bruce Lee and the Outlaw” dévoile des images troublantes. Il est disponible sur la plateforme MUBI jusqu'au 11 mai.

    Le long de tunnels désaffectés, des centaines d’enfants fuient la violence, la prostitution et le froid, entassés sous terre. Pendant six années, de 2011 à 2017, le réalisateur néerlandais Joost Vandebrug s’est plongé dans les tunnels de Bucarest, où des centaines d’enfants esseulés ont trouvé refuge auprès d’un homme surnommé “Bruce Lee”.

     

    Ces mineurs isolés ne sont pas un phénomènes nouveaux pour la Roumanie, mais témoignent des cicatrices encore vives du communisme. En 1989, Nicolae Ceaușescu, dictateur communiste depuis plus de trente ans, est chassé du pouvoir puis exécuté par un mouvement révolutionnaire. La Roumanie opère alors une transition vers la démocratie et l’économie de marché. Envers d’un avenir qui semble alors meilleur, la fin du régime communiste révèle l’existence d’innombrables orphelinats, dans lesquels près de 100 000 enfants vivraient dans des conditions inhumaines, entre violence et sous-nutrition.

    Nicu, dans “Bruce Lee and the Outlaw”

    30 ans après la fin de la dictature, ces enfants ont grandi mais d’autres les ont remplacés, sans que les conditions dans les orphelinats semblent s'être améliorées. Et dans Bruce Lee and the Outlaw, la plupart de ces jeunes de moins de 18 ans ne sont pas orphelins mais fuient les coups d’une famille qui ne pouvait pas subvenir à leurs besoins. Parfois, ils ont voyagé des centaines de kilomètres depuis tout le pays pour arriver à Bucarest, où la seule structure d’insertion semble être la gare du Nord, dans laquelle errent des centaines d’enfants esseulés.

     

    En 2011, Joost Vandebrug voyage en Europe de l’Est, lorsqu’il arrive dans cette fameuse gare. Là, il fait la rencontre d’un jeune garçon, dont il fait le portrait, et qui lui propose de découvrir l'endroit où il habite. C’est ainsi que le réalisateur pénètre les tunnels souterrains de la capitale roumaine, un monde parallèle, peuplé de gamins esseulés et d’adultes toxicomanes qui tentent malgré tout d'y survivre. Jusqu'en 2017, le réalisateur vient régulièrement dans ces souterrains pour y capturer des instants de vie et construire son documentaire, Bruce Lee and the Outlaw.

     

    Dans ces sous-sols insalubres, un certain “Bruce Lee” – scarifié et peinturluré d’un liquide argenté –, a construit un refuge informel et y accueille des centaines d’enfants. Important trafiquant de drogue aux yeux des autorités locales, il est aussi une figure rassurante pour tous ces enfants qui l’appellent “papa”. Entassés dans ces tunnels exigus, presque tous ces jeunes essaient de vivre grâce à de petits sacs en plastique dans lesquels ils respirent. À l’intérieur, un liquide argenté nommé Aurolac, peinture toxique procurant les mêmes effets que la colle à rustine, et dont “Bruce Lee” s’enduit le corps et le crâne.

    “Bruce Lee”, dans “Bruce Lee and the Outlaw”

    Bien au-delà d’un sujet sensationnaliste, Bruce Lee and the Outlaw évoque surtout le passage à l’âge adulte d’un jeune garçon n'ayant jamais connu la naïveté enfantine. Avant de rencontrer “Bruce Lee”, Nicu avait fui un père violent, et vivait de la mendicité et de la prostitution – comme environ 1500 autres enfants à Bucarest. À l’origine centré sur la vie des enfants dans les tunnels, le documentaire bascule après la rencontre du réalisateur avec ce jeune garçon.

     

    Joost Vandebrug brise la distance instaurée au début du tournage quand soudain, il découvre la maladie de Nicu. Avec l’aide d’une travailleuse sociale, Raluca, il le conduit à l’hôpital. Diagnostiqué positif au VIH et à la tuberculose, le jeune garçon sera soigné pendant 6 mois, accompagné les deux premières semaines par le réalisateur, que Nicu a rebaptisé “Girafe”. Brisant la neutralité propre au documentariste, Joost Vandebrug raconte une histoire dans laquelle il s'est lui-même impliqué. Bruce Lee and the Outlaw révèle ainsi le quotidien des compagnons de misère, et la vie dans ces tunnels qui continuent de fasciner et d'attirer des centaines d'enfants errants, à l'image de Nicu, qui, alors même qu'il n'y vit plus, ne peut s'empêcher d'y retourner. 

     

    Bruce Lee and the Outlaw, de Joost Vandebrug est disponible sur MUBI jusqu’au 11 mai.

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