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Charlotte Cardin, Ronisia… Comment l’Hyper Weekend est devenu un festival important
Pour sa cinquième édition qui se tiendra du 23 au 25 janvier 2026, l’Hyper Weekend Festival promet de très belles surprises dans l’enceinte de la Maison de la Radio à Paris. Alors que l’événement devenu incontournable dans le paysage de l’industrie musicale arrive à grands pas, son fondateur, Didier Varrod, se confie sur sa programmation éclectique et défricheuse, de Charlotte Cardin à Ronisia.
par Nathan Merchadier.
Publié le 23 janvier 2025. Modifié le 7 janvier 2026.

Charlotte Cardin, Ronisia, Marguerite… La programmation de l’Hyper Weekend Festival 2026
En seulement quatre éditions, l’Hyper Weekend Festival s’est imposé parmi les nouveaux rendez-vous musicaux qui comptent sur la place parisienne. Connu pour sa programmation défricheuse et ses créations sur-mesure (Clara Luciani y avait revisité son répertoire dans de sublimes versions symphoniques en 2022), l’événement qui secoue chaque année les murs de la Maison de la Radio (à Paris) célèbrera son cinquième anniversaire du 23 au 25 janvier 2026.
Après avoir programmé sur scène Jorja Smith et la sensation du rap Theodora, le festival présidé par le journaliste français et animateur radio Didier Varrod invite pour sa nouvelle édition la chanteuse Marguerite et l’étoile montante du R’n’B français Ronisia, mais aussi l’auteure-compositrice-interprète française Camille et Charlotte Cardin.
Un concert (attendu pour le 24 janvier) qui devrait faire date car pour la première fois, l’artiste couronnée aux César puis par l’Oscar pour la bande-originale du film Emilia Pérez (2024) sera accompagnée sur scène par l’Orchestre philharmonique de Radio France. L’occasion idéale de célébrer le vingtième anniversaire de son sublime album Le Fil (2005).
Safia Nolin et Youssoupha au programme
Contrairement à certains de ses homologues, le festival ne se contente pas d’aligner des têtes d’affiche : il mise également sur des créations originales. Youssoupha, légende incontournable du rap français, dévoilera Amour Suprême pour Daniel Balavoine, un projet mêlant chanson française et rap qui rendra hommage à la discographie dense du chanteur, tristement disparu il y a quarante ans.
La chanteuse québécoise Safia Nolin, dont l’énergie brute et la poésie magnétique semblent déjà avoir conquis un public fidèle, fera aussi son retour sur la scène parisienne, promettant une performance inoubliable. Enfin, le talentueux chanteur français Sam Sauvage se produira pour un concert intimiste le 23 janvier, au sein du studio 104 de la Maison de la Radio. Une programmation défricheuse et ambitieuse que commente pour nous Didier Varrod.

L’interview de Didier Varrod, fondateur de l’Hyper Weekend Festival
Numéro : Quelle était votre ambition en lançant l’Hyper Weekend Festival en 2022 ?
Didier Varrod : Je n’avais pas envie de créer un festival de plus au milieu de l’offre pléthorique que nous avons déjà en France et qui aboutit à une “festivalisation de la culture”. Je voulais imaginer un festival à une période où les gens ne sortent pas beaucoup et c’était déjà un pari audacieux. Beaucoup de personnes m’ont mis en garde, car ils pensaient que ça n’allait pas marcher. Mon second souhait était de proposer un festival de création, où les artistes ne viennent pas proposer le même concert qu’ils ont imaginé pour leur tournée. Je voulais qu’ils sortent de leur zone de confort afin de proposer une création très personnelle, en se basant sur leur répertoire ou en partant d’une thématique pour éclairer une facette de leur personnalité.
Cela a-t-il été difficile à mettre en place ?
Ça a été un long chemin, car ce n’est pas trop dans les habitudes françaises. Mais nous revendiquons aujourd’hui une singularité absolue par rapport à tous les autres festivals. Je pense même pouvoir affirmer que l’on est l’un des seuls festivals européens qui propose une dimension de création aussi forte. Enfin, j’ai essayé d’imaginer une série de dialogues entre les arts au sein du même festival. Durant l’Hyper Weekend Festival, la musique classique peut rencontrer la pop, mais aussi la mode, la danse ou encore la cuisine…
Qu’entendez-vous par le terme de “festivalisation de la culture” ?
Aujourd’hui, j’ai l’impression que la culture doit être “consommée”. Dans le domaine musical, je ressens une forme de surenchère. Il faut être celui qui programmera en premier “l’artiste du moment”. En l’espace d’une année, on se retrouve parfois avec des artistes qui sont à l’affiche de 15 à 20 festivals. Cela conduit à une certaine standardisation des programmations et c’est en ce sens que j’emploie le terme de “festivalisation de la culture”. C’est malheureusement un phénomène contre lequel on ne peut pas trop lutter, car l’ensemble de l’écosystème de la culture répond à ces normes de formatage et de standardisation. Durant le festival, on imagine des spectacles pour une centaine de personnes donc le rapport à l’artiste et au public est différent.

“Aujourd’hui, j’ai l’impression que la culture doit être “consommée”.” Didier Varrod.
Votre programmation est toujours très avant-gardiste, comment choisissez-vous vos artistes ?
Ce festival est très centré sur la scène française. Et plus précisément sur le secteur des artistes émergents et la programmation est élaborée au gré de mes coups de cœur. Je connais par exemple le travail de l’artiste Mathilda depuis plusieurs années. Mais j’ai attendu la bonne édition du festival pour l’introduire au public. J’aime cette idée d’être au démarrage d’une carrière.
Un an après, que retenez-vous de la quatrième édition du festival qui accueillait Jorja Smith ou encore la révélation fracassante Theodora…
L’an dernier, on a clairement senti qu’on passait un cap dans notre relation avec le public. Le festival est désormais abordé avec un véritable appétit de découverte et une vraie excitation à l’idée d’assister à des concerts d’artistes que l’on ne connaît pas encore. On l’a vu très fortement avec l’Orchestre symphonique de Jorja Smith. Mais aussi avec la création de Voyou autour du répertoire d’Henri Salvador, où le studio a été surchargé. Les concerts gratuits étaient une réussite. Les 17 artistes programmés en accès libre sont devenus un rendez-vous à part entière. Et une singularité du festival. Cela permet au public de vivre pleinement l’Hyper Weekend sans forcément entrer dans les salles payantes.
“J’aime cette idée d’être au démarrage d’une carrière.” Didier Varrod.
Cette année, la programmation de l’Hyper Weekend s’enrichit d’un concert de Camille avec l’Orchestre symphonique de Radio France…
Deux événements majeurs ont marqué 2025 pour Camille. D’abord, les vingt ans de l’album Le Fil, un disque fondateur qui a profondément transformé la pop française, créant un véritable avant et après. Sa liberté et son audace ont ouvert la voie à toute une nouvelle scène féminine. En même temps, Camille a été consacrée par le cinéma. Elle a été couronnée aux César puis par l’Oscar pour Emilia Perez, un moment exceptionnel dans son parcours. Le concert à l’Hyper Weekend s’est donc imposé naturellement, car elle n’était pas revenue avec un nouvel album ou une tournée depuis près de sept ans. L’idée était de lui proposer de redémarrer son actualité artistique dans un cadre à la hauteur de cette année hors norme. Un auditorium, avec l’Orchestre symphonique de Radio France.
“J’ai découvert Marguerite à la Star Academy et j’ai immédiatement senti qu’elle était à part.” Didier Varrod
Au sein de la programmation de la nouvelle édition, il y a une création étonnante : le rappeur Youssoupha réinterprètera le répertoire de Daniel Balavoine…
Cette création est très particulière pour moi. J’ai connu Daniel Balavoine et j’ai travaillé sur son œuvre à travers des livres et des documentaires. En préparant cette édition, je me suis rendu compte que janvier 2026 marquerait les quarante ans de sa disparition. Je ne voulais surtout pas d’un hommage convenu, ni d’une énième tournée nostalgique. Ce que j’avais observé lors de mon dernier documentaire, c’est un lien évident entre Balavoine et la scène rap contemporaine. À l’époque, Youssoupha, Orelsan et Soprano étaient venus témoigner, et quelque chose faisait sens. J’ai alors pensé à Youssoupha. Un choix qui peut sembler à contre-emploi, mais qui est en réalité d’une logique absolue. Balavoine est un chanteur presque impossible à reprendre tel quel. Youssoupha, lui, n’est pas dans l’imitation. Il aborde Balavoine par le texte, l’engagement, la puissance du propos, des territoires très proches de l’histoire du rap.
Du côté de la nouvelle génération, la chanteuse Marguerite, révélée par la Star Academy, présentera une création baptisée “Les fées, les meufs”. Comment cette idée est-elle née ?
J’ai découvert Marguerite à la Star Academy et j’ai immédiatement senti qu’elle était à part. Elle chantait avec et Yseul et Lucky Love, reprenait une chanson peu connue de Clara Luciani… Elle construisait déjà un univers proche des artistes que nous avons toujours accueillis à l’Hyper Weekend. À sa sortie de l’émission, elle dévoilait le morceau Les filles, les meufs, que je considère comme un véritable hymne générationnel. On s’est rencontrés, et elle m’a raconté qu’elle rêvait de jouer ici. Elle était venue au festival lors de la toute première édition, en tant que spectatrice, pour voir Iliona, dont elle était fan, et découvrir November Ultra. Ce que je trouve très beau, c’est cette boucle qui se referme. Cinq ans plus tard, on accueille en tête d’affiche une artiste qui, à l’époque, n’était pas encore sur scène, mais dans le public.
“Charlotte Cardin, par exemple, a accepté de jouer dans un Studio 104 intimiste avant ses grandes dates et les festivals.” Didier Varrod
Vous invitez également Sam Sauvage sur scène. Comment l’avez-vous découvert et qu’est-ce qui vous plaît chez lui ?
Dès son premier EP, j’ai senti que Sam Sauvage avait une personnalité très forte, presque hors normes. Son écriture mêle cynisme jubilatoire et introspection. Et sur scène, il embarque tout le monde, que ce soit devant 15 000 personnes ou dans une petite salle. Il apporte une fraîcheur rare à la pop française, avec une énergie rock qui manquait depuis longtemps. Son album, Mesdames, Messieurs, qui sort en janvier, confirme son talent. Avec des textes engagés, parfois bouleversants comme sa chanson sur les féminicides, et d’autres empreints de distance et d’humour. L’inviter était une évidence, car il incarne exactement cette énergie et cette singularité que l’Hyper Weekend aime célébrer.
Enfin, la star de la pop québécoise Charlotte Cardin se produira sur la scène du studio 104…
Chaque soirée du festival raconte une histoire. Et la soirée du vendredi sera une photographie à l’instant T de la nouvelle pop francophone. Émergente avec Lancelot et Steve Brahim, en pleine explosion avec Sam Sauvage, et déjà marquante avec Charlotte Cardin et Marguerite. Cette programmation, exigeante et créative, mélange découvertes et artistes établis. Charlotte Cardin, par exemple, a accepté de jouer dans un Studio 104 intimiste avant ses grandes dates à Bercy et dans les festivals cet été. C’est la preuve que l’Hyper Weekend est devenu un lieu où émergence et stars reconnues se rencontrent, offrant un panorama complet de la scène actuelle.
L’Hyper Weekend Festival aura lieu du 23 au 25 janvier 2026 à la Maison de la Radio et de la Musique, Paris 16e.