6 fév 2026

Qui est Adèle Castillon, l’étoile montante de la pop francophone ?

De ses débuts, adolescente, sur YouTube jusqu’à ses tubes électro-pop au succès international, la jeune chanteuse française partage depuis toujours avec son public ses émotions les plus intimes, ses amours et ses chagrins. Entrée dans la lumière au sein du duo Videoclub, elle amorce en 2022 sa carrière solo, continuant à transformer en chansons les méandres
de son existence. Nommée au titre de révélation féminine aux Victoires de la musique en 2024, l’auteure-compositrice- interprète de 24 ans
a sorti un nouvel album en 2025, Crèvecœur.

  • propos receuillis par Nathan Merchadier

    portraits par P.A Hüe de Fontenay

    réalisation par Rebecca Bleynie.

  • Publié le 6 février 2026. Modifié le 9 février 2026.

    Adèle Castillon, de YouTube aux Victoires de la Musique

    En une dizaine d’années, le visage d’Adèle Castillon, 24 ans, s’est imposé sur nos écrans avec une évidence troublante. On a d’abord découvert une adolescente de 13 ans à l’énergie débordante, filmée dans la chambre de ses parents, sur YouTube. Une gamine prometteuse qui, au fil des années, s’est muée en chanteuse capable de transformer ses journaux intimes en refrains générationnels, comme sur le superbe titre Impala sorti en 2022. Car derrière les vidéos bricolées et les sketchs se révélait, dès ses débuts, son goût prononcé pour le récit, et surtout une voix immédiatement reconnaissable, annonçant dèjà une brillante trajectoire artistique.

    Adèle Castillon n’avait pourtant rien prémédité. “J’ai surtout eu l’impression de saisir les opportunités qui se présentaient, il y a une grande part de hasard dans tout ça”, confie-t-elle par écrans interposés depuis Stockholm, où elle enregistre son troisième album solo, prévu pour 2026. Mais elle l’admet sans détour : “Depuis toute petite, j’ai toujours eu cette envie profonde d’être artiste, d’être reconnue pour ce que je fais.” En 2018, alors que sa chaîne YouTube rassemble déjà plusieurs milliers d’abonnés, elle publie avec Matthieu Reynaud, son premier amour, un clip intitulé Amour plastique sous le nom de groupe Videoclub.

    Ballade synthpop aux accents eighties et au refrain entêtant, le morceau devient un phénomène viral avant l’heure. Quelques années plus tard, il refait surface sur TikTok, ce qui le propulse définitivement au sommet. Il cumule aujourd’hui près de 400 millions d’écoutes sur Spotify.Forcément, un succès d’une telle ampleur dérègle un peu la suite. Il y a toujours une part de moi qui aimerait retrouver une émotion aussi forte, mais j’ai aussi accepté que ce genre de réussite relève presque de l’anomalie.

    Partager mes souffrances, mes problèmes d’addiction ou ma première rupture ne m’a jamais posé de problème.” Adèle Castillon

    Avec son premier album Euphories (2021), Videoclub prolonge le rêve au gré d’une pop acidulée qui capture la fulgurance des premières amours et l’insouciance de la jeunesse. Mais derrière la douceur apparente, le décor se fissure. La séparation du duo marque un point de bascule à la fois intime et artistique. Adèle Castillon vit alors une descente aux enfers marquée par une addiction aux médicaments et une santé mentale fragile.

    Mais, fidèle à elle-même, elle relève la tête. Plutôt que de dissimuler ses fêlures, elle décide au contraire de les aborder frontalement. En 2023, elle signe ainsi un retour fracassant avec Plaisir Risque Dépendance, un premier album solo. Un disque sans featurings, pensé comme un geste d’ancrage dans le paysage musical francophone : “Après Videoclub, il était important pour moi d’arriver, seule, avec quelque chose de très personnel.

    Adèle Castillon – À la folie (2024).

    Des collaborations avec Gazo et Louane

    L’artiste y expose sans fard ses failles : “Il y a des zones de ma vie sur lesquelles je ne suis pas du tout pudique. Partager mes souffrances, mes problèmes d’addiction ou ma première rupture ne m’a jamais posé de problème.” Plus que la question des excès, Plaisir Risque Dépendance documente une transition : “Avec le recul, je pense que ce disque parle surtout de la mort de l’adolescence”, confie la musicienne. Le public suit. Le disque lui vaut une nomination aux Victoires de la musique 2024, catégorie révélation féminine.

    L’année suivante, Adèle Castillon change de tempo. Son second projet baptisé Crèvecœur (qui est aussi le nom de jeune fille de sa mère) est pensé comme une mixtape évolutive, qu’elle publie en deux temps : “J’avais envie d’un cahier de brouillon public, d’un endroit où je pouvais tester, m’amuser et collaborer sans me mettre la pression d’un album.”

    Elle y convoque une foule d’artistes, du rappeur Gazo à Winnterzuko, en passant par Louane ou encore la révélation britannique Declan McKenna. “Rien n’est calculé. La musique vient simplement prolonger la rencontre”, commente-t-elle. Sur scène, la renaissance est spectaculaire. Les salles affichent complet, jusqu’à un Olympia sold out en janvier 2025.

    Une reconnaissance qui n’efface toutefois pas ses doutes face à l’hyper exposition liée aux réseaux sociaux. “Il m’arrive de me censurer par peur de la manière dont mes paroles seront reçues. Mais il faut savoir accepter de ne pas être aimé de tout le monde.” La création reste, quoi qu’il en soit, son principal espace de réparation. “Chaque fois que j’écris quelque chose de juste, je me rends compte que c’est vraiment ce qui me soigne au quotidien.” Au point que sa psy lui demande parfois d’écouter ses morceaux.

    Les vêtements racontent quelque chose. Ils nous donnent de l’assurance.” Adèle Castillon

    Oscillant entre deux mondes – celui de la musique et celui de l’influence – Adèle Castillon cherche à garder sa lucidité et la bonne distance par rapport à la notoriété. “Ces milieux poussent au narcissisme, observe-t-elle. Pour ma part, je cherche à préserver le peu d’intimité qu’il me reste.” En marge de sa carrière musicale, le cinéma est un autre univers artistique qui continue de l’attirer. Révélée à 16 ans dans le film Sous le même toit (2017) de Dominique Farrugia, elle n’exclut pas d’y revenir : “Raconter des histoires, quelle que soit la forme employée, ça m’intéresse toujours.

    Aperçue au premier rang des défilés parisiens, elle ne cache également pas son intérêt pour la mode, un champ artistique et narratif qu’elle voit comme un langage. “Les vêtements racontent quelque chose. Ils nous donnent de l’assurance. Aujourd’hui je me sens mieux dans mon corps. Être bien habillée m’aide à m’accepter.” Un territoire d’expression qu’elle ajouterait volontiers à sa panoplie, avec la sincérité qui la caractérise depuis toujours.

    Crèvecœur (2025) d’Adèle Castillon, disponible.