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Cannes 2026 : Vassili Schneider et Souheila Yacoub nous racontent le film hors norme L’Âge d’Or
Présenté au Festival de Cannes 2026 dans la section Cannes Classics, L’Âge d’Or, le premier long-métrage du cinéaste Bérenger Thouin, s’impose comme l’un des objets de cinéma les plus intrigants de cette 79e édition. Ce projet hybride et vertigineux, mêlant des images d’archives restaurées et des scènes tournées aujourd’hui, traverse le XXe siècle à travers une grande histoire d’amour incarnée par Vassili Schneider et Souheila Yacoub. Au milieu de l’effervescence de la Croisette, les deux acteurs se sont confiés à Numéro sur ce projet fou et profondément moderne, leur rapport aux films d’époque et cette expérience de tournage aussi libre qu’expérimentale…
propos receuillis par Nathan Merchadier.

L’interview de Vassili Schneider et Souheila Yacoub
Numéro : Pourquoi avoir accepté de vous embarquer dans l’aventure de L’Âge d’Or ?
Souheila Yacoub : Ce qui m’a immédiatement attirée, c’est le sentiment d’être face à un objet de cinéma totalement inédit. J’adore les projets qui prennent des risques. Et derrière la prouesse formelle et technique de ce film, il y a surtout une histoire profondément humaine, le parcours bouleversant d’une femme à travers ses rencontres et ses métamorphoses. Et puis il y a eu la rencontre avec le réalisateur Bérenger Thouin lui-même. Cela faisait dix ans qu’il portait ce projet fou. C’est un artiste rare, extrêmement talentueux, capable de naviguer entre plusieurs disciplines. Je me sens très chanceuse d’avoir participé à ce long-métrage.
Vassili Schneider : Quand j’ai entendu parler du projet, je me suis dit : “Je n’ai jamais vu un film comme celui-là.” Et c’est précisément ce qui m’a donné envie d’y participer. J’ai envie de jouer dans des longs-métrages que j’aimerais moi-même découvrir en tant que spectateur. L’Âge d’Or porte une proposition de cinéma très forte. En lisant le scénario, on sentait qu’il y avait un vrai saut dans le vide. On ne savait pas si cela allait fonctionner, mais il fallait tenter l’expérience. Et en découvrant le film terminé au Festival de Cannes, je me suis dit que cette prise de risque avait fini par payer. À force d’oser, de chercher de nouvelles formes, Bérenger Thouin a réussi à créer quelque chose d’extraordinaire.

L’Âge d’Or, un film hors norme présenté au Festival de Cannes 2026
Il s’agit d’un premier long-métrage particulièrement ambitieux, qui traverse le XXe siècle en mêlant images d’archives et prises de vue contemporaines. En quoi cette construction très spéciale a-t-elle influencé votre jeu ?
Vassili Schneider : Ce qui était très particulier, c’est qu’on tournait souvent des fragments de scènes très courts, conçus pour dialoguer avec des images d’archives déjà existantes. Il fallait constamment jouer avec le vide, imaginer ce qui allait ensuite apparaître à l’écran. Bérenger avait déjà monté le film avant même que le tournage débute, ce qui est presque impensable au cinéma. Lui savait exactement où chaque plan allait s’inscrire, mais nous, acteurs, avancions parfois à l’aveugle. Ça demandait une immense confiance et surtout un énorme travail d’imagination.
Souheila Yacoub : On s’est beaucoup interrogés sur la manière de jouer. Est-ce qu’il fallait assumer un jeu très “cinéma d’époque”, ou au contraire casser ça pour rester au plus proche des archives ? Les personnes que l’on voit dans ces images du début du XXe siècle n’avaient parfois jamais vu une caméra de leur vie. Il y a chez elles une gêne, une maladresse, quelque chose de très brut. Nous devions retrouver cette vérité-là, sinon on aurait immédiatement eu l’impression de sortir du film. Le véritable défi, c’était de faire croire que ces figures d’archives devenaient nos partenaires de jeu. Il fallait être constamment à leur écoute, comme si nous partagions réellement le même espace et le même temps.

“Le fait d’être présenté à Cannes, c’est une immense reconnaissance et une première étape essentielle pour que le film existe auprès du public.” Souheila Yacoub
Le film repose sur un travail d’équilibre permanent entre la mise en scène, les archives, le son, les décors et votre propre jeu d’acteur. Comment trouviez-vous votre place face à ces images déjà existantes ?
Vassili Schneider : Pour nous, c’était presque une expérience de laboratoire cinématographique. Et ce qui est beau, c’est que le film dialogue aussi avec l’histoire même du cinéma. À l’époque, le cinéma était un véritable territoire d’expérimentation. Les pionniers essayaient des choses sans savoir où cela allait les mener. J’ai l’impression que L’Âge d’Or retrouve cet esprit-là, mais avec les outils d’aujourd’hui. Grâce aux nouvelles technologies, on peut restaurer, coloriser, incruster des visages sur des corps filmés il y a plus de cent ans… Finalement, même si ces images appartiennent au passé, ce film n’aurait probablement pas pu exister il y a encore dix ans. C’est ce qui le rend profondément moderne.
Souheila, il s’agit de votre premier grand rôle d’époque. Est-ce que les costumes ou les décors vous ont aidée à entrer dans cet univers ?
Souheila Yacoub : J’avais envie de faire un film d’époque depuis longtemps. Il y avait quelque chose qui me fascinait dans les costumes, les corsets, la manière de se tenir, de parler… Peut-être aussi parce que je viens du théâtre. Mais paradoxalement, on m’a souvent dit que j’étais “trop moderne” pour ce type de rôles. Finalement, L’Âge d’Or était le projet parfait pour entrer dans ce monde parce qu’il brouille les frontières. C’est à la fois un film historique et une œuvre profondément contemporaine, traversée par la technologie et les images d’archives. Ça m’a permis d’habiter cette époque autrement, sans chercher à imiter quelque chose de figé. J’espère aussi que ce genre de film peut élargir les imaginaires et montrer qu’on peut raconter l’Histoire avec d’autres visages, d’autres présences.

Vassili, les films d’époque semblent jalonner votre parcours ces dernières années (Le Comte de Monte-Cristo, La Venue de l’avenir). Comment parvient-on à habiter des époques que nous n’avons jamais connues ?
Vassili Schneider : Ce qui me plaît dans les films d’époque, c’est qu’ils me plongent dans des univers totalement différents du mien. Ça demande beaucoup de recherche, de lectures, de documentation, et paradoxalement, ça aide aussi à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. Au fond, qu’un personnage vive il y a cent ans ou aujourd’hui, le travail reste le même, car il faut trouver son humanité. J’ai eu la chance de traverser plusieurs époques ces dernières années, mais j’essaie toujours de renouveler mon approche. Sur Le Comte de Monte-Cristo, je cherchais à respecter la beauté très littéraire du texte. Sur L’Âge d’Or, au contraire, j’avais envie de quelque chose de plus moderne, presque documentaire par moments, sans jamais jouer “l’époque” de manière figée.

Vous êtes tous les deux des habitués de la Croisette mais il s’agit de votre première apparition commune dans un film de la sélection. Le Festival de Cannes réunit des cinéastes venus du monde entier. En tant qu’acteurs, est-il important pour vous de participer à ce grand rendez-vous du cinéma international ?
Souheila Yacoub : Oui, c’est très important, surtout pour un film comme L’Âge d’Or. C’est un projet ambitieux qui a besoin d’être vu et soutenu. Le fait d’être présenté à Cannes, c’est une immense reconnaissance et une première étape essentielle pour que le film existe auprès du public.
Vassili Schneider : Le Festival de Cannes offre un coup de projecteur énorme. Pour certains films très attendus, ce n’est pas forcément vital, mais pour une œuvre aussi singulière que L’Âge d’Or, cette sélection change tout. Elle vient valider une prise de risque artistique qui n’avait rien d’évident. Et puis, faire une première mondiale ici, c’est une fête immense pour nous. On rêvait de présenter ce film à Cannes, donc forcément, il y a beaucoup de joie et d’émotion.
Avez-vous un souvenir particulièrement marquant du festival à nous partager ?
Vassili Schneider : Hier soir, on a vécu une scène assez surréaliste après la projection…
Souheila Yacoub : Oui ! Nous avons fait la fête sur un bateau avec l’équipe du film, et au moment de partir, les douaniers sont arrivés avec des chiens pour fouiller l’embarcation. On est restés bloqués plus d’une heure sans comprendre ce qui se passait, pendant que le reste de l’équipe nous attendait ailleurs. Sur le moment, c’était un peu absurde… mais avec le recul, ça ressemble finalement à une vraie anecdote cannoise.
Le film L’Âge d’Or de Bérenger Thouin n’a pas encore de date de sortie. Il est présenté en section Cannes Classics au Festival de Cannes 2026.