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Cannes 2026 : Judith Godrèche et Annie Ernaux, soudées pour le film Mémoire de fille
Judith Godrèche et Annie Ernaux adaptent le roman de la Prix Nobel de littérature, avec Tess Barthélémy, fille de la réalisatrice, dans le rôle principal. Notre critique en direct du Festival de Cannes 2026.
par Olivier Joyard.

Judith Godrèche met en scène Annie Ernaux
“Nous battre pour exister en tant que sujets libres”. La scène de la Salle Debussy, où se tient la compétition Un Certain Regard du Festival de Cannes, a accueilli ces mots intenses de Judith Godrèche, venue présenter Mémoire de fille. Ce deuxième long-métrage (après Toutes les filles pleurent en 2010) est surtout le premier film de sa nouvelle vie, après les révélations sur les violences sexuelles qu’elle a subies adolescente.
Dans Mémoire de fille, l’actrice-réalisatrice adapte le récit autobiographique d’Annie Ernaux, publié en 2016 après des décennies de gestation. L’écrivaine y raconte son premier été loin de sa mère, en 1962, alors qu’elle avait 17 ans. Monitrice de colonie de vacances, la jeune femme d’origine modeste entre dans la sexualité de manière brutale et imprévue, auprès d’un homme dont elle tombe amoureuse, sans réciprocité. Également présente au Festival de Cannes, Annie Ernaux est montée sur scène pour remercier Judith Godrèche d’avoir redonné vie à un épisode fondateur de son existence – et finalement, du féminisme contemporain.
Mémoires de fille, l’autobiographie d’Annie Ernaux
Plus de cinquante ans après les faits, Ernaux a en effet mis des mots sur ce bouleversement intime – qui s’apparente à des viols –, comme beaucoup de victimes l’ont fait à l’occasion du mouvement MeToo, juste après elle. Le film de Judith Godrèche a conscience que ce qui a été vécu dans un certain monde n’a pas forcément été perçu dans sa vérité. En filigrane, elle fait de son héroïne une fille d’aujourd’hui, plongée dans la réalité d’hier.
Dans son aspect purement historique – costumes, références culturelles –, Mémoire de fille est parfois un peu empesé, ne parvenant pas à se défaire des passages obligés de la fiction d’époque. Mais l’émotion affleure, puissante. Surtout quand Judith Godrèche touche au sujet qui l’occupe vraiment : montrer comment le désir d’une jeune femme se confronte à la violence, principalement masculine. Puis à la honte. Les scènes clefs accompagnent l’héroïne “sortant” d’elle-même pour accueillir son amant. Un processus de dissociation largement documenté à propos des victimes de violences sexuelles.

Mais, le film va au-delà de l’étude clinique d’un cas malheureusement commun. Et finalement, il se déploye un discours sur la manière dont Annie, le personnage, va réussir à comprendre ce qui lui est arrivé. Et se construire comme future artiste, femme et sujet.
À la fin des deux heures que dure Mémoire de fille, un passage de témoin a lieu entre mère et fille, peut-être aussi une forme de réparation. Judith Godrèche, qui a débuté dans le cinéma en subissant l’emprise d’un réalisateur, écrit ici une autre histoire pour sa fille, beaucoup plus douce.
Mémoire de fille (2026), de Judith Godrèche, en salle le 30 septembre 2026. Présenté dans la sélection Un Certain regard au Festival de Cannes 2026.