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Rencontre avec Anamaria Vartolomei, héroïne de la Résistance dans La Bataille de Gaulle
Révélée dans le film L’Événement (2021) d’Audrey Diwan, Anamaria Vartolomei poursuit depuis quelques années son ascension avec une exigence remarquable. Ce mercredi 3 juin 2026, l’actrice franco-roumaine brille à l’affiche du blockbuster historique La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer d’Antonin Baudry (présenté hors-compétition au Festival de Cannes), dans lequel elle prête ses traits à une jeune résistante guidée par son désir de liberté. À l’occasion de la présentation du film sur la Croisette, la star s’est confiée à Numéro sur ce personnage inspiré des grandes figures féminines de la Résistance, son rapport à l’engagement et la manière dont le cinéma dialogue avec son époque. Rencontre.
propos receuillis par Nathan Merchadier.
L’interview d’Anamaria Vartolomei, héroïne du film La Bataille De Gaulle
Numéro : La Bataille de Gaulle est une fresque historique d’une ampleur rare dans le cinéma français, qui a été présenté au Festival de Cannes 2026. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre cette aventure ?
Anamaria Vartolomei : Lorsque j’ai reçu le scénario, je l’ai lu avec beaucoup de curiosité, car je connaissais finalement assez peu cette période de la Résistance. J’ai découvert un monde épique, peuplé de héros qui s’ignorent, de figures parfois solitaires, mais portées par une volonté collective de sauver et de reconstruire un pays. Ce qui m’a aussi intéressée, c’est le mélange des genres. Car il y a de la gravité, mais aussi des moments plus légers, presque de la comédie. C’est un film historique, mais qui laisse aussi une place à la fiction, notamment à travers mon personnage. Le réalisateur, Antonin Baudry, nous a dit qu’il avait fait ce long-métrage pour l’adolescent qu’il était. Et j’ai retrouvé ce sentiment dans sa manière de diriger, dans sa passion et dans l’intensité qu’il apporte sur le plateau.
Vous y incarnez le personnage de Livia, une jeune femme qui choisit d’entrer dans la Résistance au début de la guerre. Comment avez-vous construit ce rôle ?
Ce qui m’a tout de suite intéressée chez Livia, c’est son audace et son désir de vivre pleinement. Elle a 17 ans au début du film et part avec son frère sans savoir exactement ce qui est arrivé à leurs parents. Et on peut imaginer qu’elle a dû très vite endosser des responsabilités beaucoup trop grandes pour son âge. Il y a chez elle quelque chose de très fort, car elle refuse de subir. Elle a envie d’habiter le monde, même si cela implique de prendre des risques et d’en assumer les conséquences. Cette forme d’élan vital, presque instinctif, m’a beaucoup touchée. Pour construire le personnage, je me suis aussi appuyée sur des figures historiques et des biographies de femmes résistantes comme Germaine Tillion, Lucie Aubrac, Berty Albrecht ou Danielle Casanova. Cela m’a permis de nourrir le personnage de Livia et de m’inscrire dans une réalité plus large de cette époque.

“Durant le tournage, il y avait un esprit de troupe très fort et quelque chose d’assez ludique.” Anamaria Vartolomei
Le casting de ce long-métrage est impressionnant. On y croise Niels Schneider ou encore Benoît Magimel…
On ne s’est pas tous croisés sur le tournage, car nos trajectoires dans le film ne se rejoignent pas. Mais il y avait chez tout le monde le sentiment de participer à quelque chose de rare et de très ambitieux. Nous avions une grande confiance en Antonin Baudry, et on voyait à quel point tout était extrêmement maîtrisé. Des costumes aux décors en passant par le travail de l’image et du son… Tout contribuait à donner l’impression d’une véritable machine de cinéma. Il y avait un esprit de troupe très fort et quelque chose d’assez ludique dans la manière de travailler. Antonin tenait un cadre précis, mais il nous laissait aussi une vraie liberté pour proposer, improviser et apporter un peu de fantaisie.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec Florian Lesieur, l’une des révélations de ce film poignant ?
J’ai beaucoup tourné avec Florian Lesieur que je ne connaissais pas du tout avant le tournage. J’ai vraiment aimé travailler avec lui parce qu’il est très investi, très sérieux dans sa manière d’aborder le projet. C’est quelque chose que j’apprécie des acteurs qui ne sont pas dans une logique de “faire un film parmi d’autres” mais pour qui il y a un véritable enjeu. Il est aussi très créatif, et c’était un vrai plaisir de construire une relation de jeu avec lui. Il y a notamment cette séquence où nos personnages vont jusqu’au seuil d’un baiser, en laissant planer la question de savoir si c’est une histoire d’amour ou non. Et je trouve que le choix d’Antonin de s’arrêter avant est très fort. Car cela rend leur relation encore plus juste.

“Il y a toujours, dans le cinéma, cette envie de revenir à des figures du passé pour mieux comprendre le présent.” Anamaria Vartolomei
Cette année au Festival de Cannes, de nombreux films interrogent la guerre, le fascisme et la collaboration. Était-ce troublant de se replonger dans ces récits au moment où des tensions politiques ressurgissent partout en Europe ?
Si plusieurs films sur la Résistance étaient dans la sélection du Festival de Cannes cette année, ce n’est pas un hasard. Il y a toujours, dans le cinéma, cette envie de revenir à des figures du passé pour mieux comprendre le présent. Les cycles historiques se répètent, d’une certaine manière, et s’appuyer sur ces récits permet aussi de se construire aujourd’hui. Et j’aime cette idée de raconter l’histoire de personnes qui se dressent contre une forme d’oppression et qui luttent pour une liberté. Même si le contexte n’est évidemment pas le même, notamment en Europe, où la guerre est revenue dans notre champ de vision, il y a une résonance évidente. Et je trouve que c’est aussi ça, la force du cinéma : permettre de dire les choses autrement, sans discours frontal, en passant par des histoires et des personnages.
D’autres films, dans lesquels vous avez joué, parlent aussi du présent à travers le passé…
J’ai plutôt le sentiment que les films arrivent toujours au moment où ils doivent arriver. Ou en tout cas à un moment qui leur donne une résonance particulière. Je pense à L’Événement (2021) d’Audrey Diwan, qui est sorti dans un contexte où les droits des femmes étaient de nouveau remis en question dans certains pays. Il a pu, à certains endroits, être perçu comme un objet d’appui, presque comme un étendard dans ces luttes. C’était un peu la même chose avec Maria (2024) de Jessica Palud, autour de la figure de Maria Schneider, qui est sorti dans un contexte post-#MeToo, soit à un moment où la parole se libérait et où ces récits participaient à interroger des rapports de pouvoir très ancrés dans le cinéma…

“Au Festival de Cannes, on a le sentiment de pouvoir défendre les films dans ce qu’ils ont de plus artistique, de plus pur.” Anamaria Vartolomei
Vous êtes devenue, au fil des années, l’un des visages familiers de la Croisette…
Venir à Cannes est déjà, en soi, un privilège. Quand un film est sélectionné ici, c’est quelque chose de rare et précieux. Donc, on arrive surtout avec beaucoup d’envie et de fierté. C’est aussi un endroit très particulier, où il n’y a que des passionnés de cinéma. On a le sentiment de pouvoir défendre les films dans ce qu’ils ont de plus artistique, de plus pur.
Ressentez-vous encore une forme de vertige, de pression en arrivant à Cannes ?
La pression dépend des moments. Quand on est en “hors compétition”, comme pour La Bataille de Gaulle, il y a surtout de l’excitation. On a hâte de voir les réactions, de découvrir comment le film va être reçu. C’est souvent là que tout commence pour un projet. C’est son premier élan. Et puis, au fond, c’est surtout un plaisir d’être là et de partager cet amour du cinéma.
La Bataille De Gaulle : L’âge de fer (2026) d’Antonin Baudry, actuellement au cinéma.