5 mars 2026

Balmain : que faut-il retenir du premier défilé d’Antonin Tron ?

Ce mercredi 4 mars 2026, Antonin Tron présentait son premier défilé pour la maison Balmain. Nommé en novembre dernier, le créateur  par Antonin Tron, une collection automne-hiver 2026-2027 comme un retour aux codes de la maison.

  • par Léa Zetlaoui.

  • Ces derniers mois, les Fashion Weeks ont été marquées par l’arrivée de nouveaux directeurs artistiques à la tête de grandes maisons. Suite à leurs premières collections, deux tendances se dessinent : être en rupture ou continuité avec leur prédécesseur. Ce mercredi 4 mars 2026, alors qu’il présente son premier défilé Balmain, Antonin Tron préfère une troisième alternative. À savoir, revenir aux fondamentaux.

    Pierre Balmain, un couturier discret

    C’est en 1945 que Pierre Balmain fonde sa maison de couture. Quelques mois avant que Christian Dior ne révolutionne la silhouette féminine avec le New Look (1947), Balmain participe à redéfinir la mode de l’après-guerre. Chacun à sa façon, les deux créateurs vont ainsi impulser un retour au luxe et à l’élégance, après des années de privations.

    Architecte de formation, son style, à la fois sobre et subtil séduit naturellement une clientèle huppée — reines, princesses, aristocrates et intellectuelles — attachée à une élégance davantage discrète qu’excentrique.

    Comme le rapporte le livre Le Musée de la mode, le magazine Vogue dira de lui qu’il crée des “robes de circonstance”. Pleinement conscient de la place qui est la sienne, il reconnaît avec humilité se distinguer de certains de ses contemporains. “À défaut d’être comme Schiaparelli, Courrèges ou Dior, ceux qui ont révolutionné la mode, je resterai celui qui a le courage de refuser,” avoua-t-il.

    Renaissance et révolution d’une maison parisienne

    À l’instar des maisons Balenciaga, Schiaparelli ou Courrèges, suite à la disparition de son fondateur en 1982, la maison va perdre en notoriété, sans pour autant s’éteindre. Il faut attendre 2006, et l’arrivée de Christophe Decarnin pour qu’elle retrouve enfin tout son panache. Tandis qu’il transpose et détourne les codes de Pierre Balmain pour les adapter à la mode contemporaine, ce dernier va également définir un nouveau luxe : audacieux, sexy, et surtout, très onéreux.

    Cinq ans plus tard, quand Olivier Rousteing, auparavant directeur du studio de création, se voit nommé directeur artistique, Balmain atteint des sommets de popularité inédits. En témoigne l’émeute qu’a provoqué sa collaboration avec H&M en 2015. Âgé de seulement 25 ans, le premier créateur noir à la tête d’une grande maison imagine des collections à l’opulence baroque, qui séduisent les plus grandes stars à travers le monde, de Beyoncé à Kanye West et Kim Kardashian. Proche des célébrités qu’il habille, il fait partie du club très privé des personnalités les plus suivies d’Instagram, cumulant plus de 9,7 millions de followers. Cependant, rien n’est immuable. Et le départ d’Olivier Rousteing, inattendu, mais prévisible, illustre surtout les difficultés d’une industrie à rester pertinente. 

    Une nouvelle ère avec Antonin Tron

    Qualifier de difficile le défi que relève aujourd’hui Antonin Tron avec Balmain serait un euphémisme. Diplômé de l’Académie Royal des Beaux Arts d’Anvers, il affiche sur son CV des maisons aussi prestigieuses que Louis Vuitton, Givenchy, Balenciaga et Saint Laurent. Avec sa marque Atlein, lancée en 2016, il sera récompensé par l’ANDAM en 2017 et 2018. Loin d’être un outsider, le créateur français de 42 ans demeure néanmoins plutôt discret. Un trait de personnalité qu’il partage avec le fondateur de la maison dont il a repris les rênes.

    Mais ce n’est pas leur seul point commun. Comme l’expliquent les notes du défilé, Antonin Tron “s’identifie à une maison qui, selon lui, a dès ses débuts exalté une vision architecturale et sublime du corps féminin, reflétant un monde nouveau pour les femmes, axé sur le dynamisme, la sensualité et une opulence résolument moderne dans sa sobriété.” On ajoutera que, réalisée en moins de six mois, cette collection automne-hiver 2026-2027 représente davantage un avant-propos qu’une véritable déclaration d’intention.

    Retour aux codes de la maison

    Revisitant les codes emblématiques de Balmain, cette collection automne-hiver 2026-2027 puise sa sensualité dans la collection printemps 1946 et ses drapés dans celle de 1953. En parallèle, la veste pilote, symbole de liberté et d’émancipation, devient un leitmotiv.

    Chers à Pierre Balmain, les imprimés animaliers, tigres, léopards et crocodiles, sont réinterprétés avec subtilité, brodés à la main sur des organzas translucides ou des cuirs souples, et accompagnés de plumes légères, exaltant le savoir-faire historique de la maison. On note également que dans la lignée de Decarnin et Rousteing, Antonin Tron travaille également les matières précieuses, mais avec plus de retenue. Satin, velours et jacquard se décline dans des palettes nocturnes, ponctuées de violets et de verts profonds.

    Entre fluidité et structure, puissance et délicatesse, ce premier défilé Balmain signé Antonin Tron parvient à insuffler une nouvelle vie aux archives de la maison. Une approche qu’il qualifie “opulence minimale” dans une interview pour le magazine Vogue, et à travers laquelle il réinterprète l’héritage, pour une femme à la fois élégante, libre et contemporaine.

    Tous les looks du défilé Balmain automne-hiver 2026-2027